‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 103 sur 352 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. AvTtppoTrov... « On dit aussi que les ministres se soubscrivent Pasteurs de l'Eglise Réformée »..., p. 6. (Cf. Pitard, l'Innocence deffendue, p. 3.) « Les mi- « nistres de la religion prétendue réformée ont advancé que les Jésuites se € disent Compagnons de Jésus... » p. 7 (Cfr. Pitard, p. 18). — ... « fléchir le genouil »... p. 8 (Cf. Pitard, p. 19.) — « Ceux qui n'approuvent pas les façons c des uns et des autres disent que Clodius accuse les paillards et Catilina Cethe- « gus »... p. H. Cf. Pilarcî p- 2 5.1

dente du second ; nous en citerons plus loin quelques exemples, mais il convient d'insister encore à nouveau sur l'intérêt de r AvTippoTTov qui apportait dans ce grave débat la note pimentée de la satire personnelle.

Sous sa forme gouailleuse, l'AvTLppoTcov était bien dans le vrai en traitantles Jésuites et les Protestants d'ennemis inséparables ; il aurait même pu aller plus loin, dans ses remarques, en faisant ressortir, par exemple, leur communauté de vues, de procédés, et de but dans leur lutte. Institués pour combattre la Réforme, les Jésuites puissamment armés contre elle par leur discipline et leurs statuts, lui avaient, en effet, en portant hardiment la lutte sur son propre terrain, emprunté son objectif de la conquête de l'élite^. D'un côté, leur méthode de prosélytisme par l'enseignement répondait directement au procédé d'infiltration des idées protestantes par la chaire dans les centres intellectuels ; de l'autre, leur culture, leur savoir en théologie, leurs études spé ciales les rendaient particulièrement redoutables aux protestants dans les controverses, où ils excellaient, au dire même de leurs ennemis ^ ; d'après Richelieu, c'était même le motif de la haine que ceux-ci leur portaient '^. Or, sur ce double terrain, les Jésuites venaient tout récemment de marquer quelques points, ce qui explique la recrudescence des attaques de leurs adversaires ; aux Etats de 1614, ils avaient regagné le droit de cité, grâce au Clergé de France qui avait demandé et obtenu le rétablissement de leurs Collèges * ; un des leurs, qui continue la tradition de

1. Cf. Jessen, La morologie des Jésuites, 1593. Ils se le reprochaient mutuellemeat avec acrimonie.

2. Le franc et véritable discours au roy, sur le restablissement qui luy est demandé pour les Jésuites, 1602, p. 6.

3. « La cause de la haine que les ministres leur portent (aux Jésuites) est « parce que leur institut les oblige à une particulière profession des lettres, et « leur donnant toutes les commodités nécessaires pour s^y rendre excellens» « ils sont d'ordinaire plus capables que les autres de confondre leurs erreurs. {Mémoires, t, I, p. 22.) Richelieu visait probablement encore indirectement les Jésuites dans cette remarque sur « la doctrine tout à fait nécessaire en ce « Royaume auqueul l'ignorance des plus vertueux Religieux du monde peut « être aussi préjudiciable à quelques âmes qui ont besoin de leur érudition, « comme leur zèle et leur vertu sont utiles à d'autres et à eux-mêmes ». {Test. poL, 1. 1, chap. II, section VIII, p. 164.)

4. « 26. — Qu'attendu le fruit que font journellement les Pères Jésuites, tant « à l'advancement de la religion que l'instruction de la jeunesse, il plaise à <i V. M. que leur collège de Clermont de Paris leur soit redonné arec leurs « anciennes fondations, et les vouloir conserver et prendre en vostre protection

Bcllarmin ^, et promène sa dialectique partout où il sait trouver un adversaire disposé à accepter son défi, le fameux Veron, vient, à l'occasion de sa conférence à Amiens, en 1615, avec le ministre Adrian Hucher ^^ de publier sous forme d'essai sa Méthode de controverse, qui aura jusqu'en 1637, 21 éditions.

Ils avaient eu, du reste, une large part dans la polémique de presse soulevée à l'occasion des Etats de 1614, auxquels il faut encore nous reporter pour tâter le pouls de l'opinion ; les arrêts du Parlerjient contre les livres de Mariana, à cette époque, et là question du mariage d'Espagne qui était regardé comme leur œuvre n'y avaient pas peu contribué ; il n'est guère de pamphlets de l'époque, ou sérieux ou bouffons, où ils ne figurent point ^ ; leur

a et qu'il en soit basti d'autres dans chacune des bonnes villes de ce Royaume, « ausquels ils seront demandez par le consentement desdites villes, et se soub- « mettant par eux aux loix, statuts de l'université. En marge. Accordé. (Cahiers généraux des articles résolus et accordez entre les Députez des 3 Estais, Paris, 1615, p. 11 et 12)

1. Disputationes Roberti Bellarmini Politiani S. J. de conlroversiis christianœ fidei, aduersus hujus temporis Hœreticos. tribus lomis comprehensœ... Ingolstadt, 1592.

2. Feret, Un curé de Charenton au XVJÎ^ siècle, Paris, 1881. Prat, Recherches hist. et crit. sur la Compagnie de Jésus- t. IV. p. 30 et suiv.

3. La chemise sanglante de Henri IV (Edit. 18G0, p. 16, 89; attribuée à Périsse, un ministre huguenot, leur reprochait énergiquement la mort de Henri IV; il faut citer à côté, la Rencontre de Henry le Grand au Roy touchant le voyage d'Espagne (1615) dirigé aussi contre le clergé, le maréchal d'Ancre et les cardinaux Sourdis et Du Perron ; les Alarmes (1615) évoquant surtout la Pyramide de Chastel ; le Caton français au Roy (1614) attribué à Gillot, l'ancien antiligueur (p. 31 à 33), l'un des factums les plus remarquables qui avait 7 éditions en 1614 et que réfutait Pelletier, l'ancien ministre converti, avec L'image de la France présentée aux Estats, où il exposait un plan de réformes intéressant. L'ombre de Henry le Grand au Roy, postérieur à ce dernier, les malmenait singulièrement (p. 83) ; entre temps, Jean du Perron le frère du Cardinal prenait leur défense avec son Apologie pour les 'Jésuites (1614) traduite en latin en 1615, et presque immédiatement suivie par L'anaiomie de la lettre déclaratoire du P. Coton (Smal, escossais, Padua, 1615), Notons en passant un renseignement économique intéressant sur les Communautés de l'époque, que nous fournit l'Apologie : le coût annuel de la nourriture et entretien de chaque religieux, y compris l'habillement, chauifage, frais de maladies et « nécessités humaines » était de 200 francs (p. 78 et 79) ; joignons y ici celui que donne le P. Richeome sur la dépense annuelle d'un étudiant à Paris ; elle s'élevait de 50 à 100 escus. (Remerciement avec une enseigne de treize pierres précieuses présentées au Roy... liordeaux, 1615, p. 174.) D'autres factums purement satiriques étalaient naïve- Hicnt leurs passions ; citons du côté des protestants la Remonstrance d'un politic aux trois Estats qui constatait amèrement le succès des prédications des Jésuites (p. 7), et du côté de ces derniers, des libelles soit politiques tels que la Remonstrance aux wnlcontens (1614), soit purement confessionnels, comme lOracle de

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nom ne se prêtait que trop, il est vrai, à réveiller le sentiment national, qui l'accolait au souvenir de la Ligue et de l'assassinat de Henri IV, une légende créée par leurs ennemis et soigneusement entretenue par les protestants '. Ces derniers y avaient, il est juste de le dire, peu de peine, tant rares étaient les contemporains, et Richelieu ne faisait pas exception, à y avoir échappé. Tout récemment encore, après l'assassinat du maréchal d'Ancre, ils continuaient, par la même tactique, à solidariser avec lui l'Ordre des Jésuites dans la haine populaire ^ ; nous avons mon-

Charenton sur les soubcons d aujourd'hui (1614) et Les Pardons et indulgences de plénière rémission de coulpe et de peine octroyées par le Pontife Charnier (1614).

Il convient de remarquer que la sijéculation avait une large part, dans 1 avalanche incessante des pamphlets sur les Jésuites ; les « bons livres à l'usage du « temps qui court où chacune se plaist à la médisance >) alimentaient avec assez de fruit les boutiques des libraires pour justifier la saillie de M^ Guillaume sur l'un d'eux : « Mon capitaine, je vous prie d'une chose, busquez à sa porte pour « sçavoir si en faict de marchandise réglée et en traffic honneste et appi-ouvé. « il ne voudroit rien vendre contre les Pères Jésuites, sachez demandez s'il a « point quelque Anticotton de fraische mémoire, quelque plaid oyé de nouvelle « impression, quelque Toquesainct à prendre mouches à la pippée, quelque « chose nouvellement iinprmiée ; car je vous jure qu'en toutes les compagnies « où l'on se trouve, l'on ne parle maintenant d'auti'e chose, et le monde est « friand de ce qui parle des Jésuites, comme une Truye en couche de laict « doux ; on les tient au cul et aux chausses, de telle sorte que je ne scay ce « qu'ils pourront devenir ceste année. » [Le voyage de M^ Guillaume en l'autre « monde vers Henry le Grand, Paris, 1612, p. 23.)

1. Ils retendaient même à tous les catholiques qu'ils gratifiaient du sobriquet de Ravaillac (Merc. fr., t. VIII, 1621, p. 218 et 220) ; les Jésuites, à leur tour, faisaient ressortir la nationalité étrangère de la plupart des ministres prolestants, qui s'en réclamaient, du reste avec leur parti, au point de vue politique (Ri cheome, Remerciement avec une enseigne de treize pierres précieuses... 1618, p. 122 ; Perroniana, p, 160.) En réalité, les Jésuites n avaient pas épousé les passions populaires de la Ligue ; parmi les prédicateurs qui les excitaient et les entretenaient, l'on ne compte qu'un très petit nombre de ses membres. Labitte {Les Prédiciteurs de la Ligue) mentionne seulement Claude Mathieu, Guinceslre, Commelet et Pigenat ; d'après Dazès(Dei; Jésuites ligueurs, 1765), Claude Mathieu mort en 1587, n'aurait pu mériter son sobriquet posthume de « courrier de la Ligue », et Odon Pigenat aurait été confondu avec son frère le docteur ; les deux autres, suivant Labitte, se ralliaient des premiers à Henri IV dès son mouvement d'évolution vers le catholicisme ; quant à Guignard et Guéret, dont les noms, surtout celui du premier, condamné sans preuves et pendu lors de la réaction, reviennent fréquemment dans les pamphlets du temps, ils payaient chèrement 1 impopularité de leur ordre, due aux mêmes causes que celle des protestants : les uns et les autres trop raffinés pour le peuple se présentaient à lui comme une aristocratie théocratique nouvelle d'origine étrangère et ne parlant pas sa langue.

2. Dans cet ordre d'idées, l'un des pamphlets les plus typiques est le Dialogue de la Galligaya et de Minoquin esprit follet, qui luy ameine son mary. La ren-

tré plus haut comment ils avaient également englobé l'évêque de Luçon avec ses collègues Barbin et Mangot dans cette coterie présentée par eux comme ennemie de l'Etat et conjurée à sa perte ; Richelieu ne l'avait pas oublié, et cette considération influait peut-être sur l'attitude qu'il prenait vis-à-vis des Jésuites, pour ncpoint paraître se solidariser avec eux, tout en les défendant des accusations des protestants.

Celles-ci n'étaient autres que la réédition des lieux communs mille fois réimprimés dans les factums protestants contre les jésuites : leur titre de « compagnons de Jésus », leur serment d'obéissance aveugle à un chef étranger « qui est et a toujours esté « subject du voj d'Espagne »; leur condamnation parle Parlement comme ennemis de l'Etat et delà vie des rois, et corrupteurs de la jeunesse ; leur doctrine sur le droit des Papes de dégrader, faire tueries Rois, ou transporter leur Couronne. Ils évoquaient enfin les arrêts de la Cour condamnant au feu certains de leurs livres approuvés par le général de leur Ordre et nombre de leurs Docteurs ; et après le narré de l'incident du tableau du collège de La Flèche, ils se lamentaient de voir que sans s'être rétractés, ni avoir fait aucun désaveu public de leurs livres et de leurs doctrines, « ils ont, disaient-ils, l'oreille de nos Rois, fouillant les « secrets de sa conscience et approchant le plus près de sa perce sonne K »

Avec la dél^nse des Jésuites, Richelieu entrait sur un terrain glissant ; il avait d'abord à compter malgré lui avec son antipathie naturelle pour eux, due à ses convictions de Sorbonnien ; leur personnalité mise à part, il se retrouvait là en présence de l'éternelle et épineuse question des rapports du spirituel et du temporel ; enfin au point de vue politique, il avait un intérêt majeur à éluder toute compromission avec l'Ordre, dont le nom était syno-

c outre dudit esprit avec V Auge gardien de monsieur le Prince. Avec les figures, Paris, Jean Sara, 1617. Une figure (p. 13) y représente le Fantasme de Concini, à mi-corps, la figure rasée, et les cheveux courts, vêtu d'un habit de moine, les bras ouverts dans l'attitude de la prédication. Dans un autre pamphlet {Confessions secrètes de la marquise d'Ancre), le maréchal avoue sa complicité dans l'assassinat de Henri IV, avec Ravaillac, le P. Coton et l'Ordre des Jésuites. 1. Les principaux points de la foy...^ p. 174.

nyme d'alliance espagnole, et à réserver l'avenir. Malgré ces considérations, il n'en était pas moins leur champion ; cette situation délicate explique son changement d'allure, dès qu'il entame cette question : son jeu devient alors plus serré, son argumentation plus sobre, avec une circonspection et un laconisme inusités ; on sent qu'il se surveille et qu'il a fait appel à toutes les ressources i de son ingéniosité. Dès le début, pourtant, il prend position, et ^ avec une franchise brutale destinée à prévenir toute équivoque ; ; sa déclaration est à citer textuellement ; il ne peut mieux dire que s'il défend les Jésuites, c'est uniquement à cause de la religion, et en raison del'animosité des Protestants à leur égard.

« Vous pensez nuire aux Jésuites et vous leur servez grande- « ment ; n'y ayant personne qui ne recognoisse que ce leur est « grande gloire d'estre blasmez de la mesme bouche, qui accuse (( l'Eglise catholique, rejette les bonnes œuvres, calomnie les (( saincts, fait injure à Jésus-Christ, et rend Dieu coupalble. Ce (( leur est véritablement chose avantageuse, nous le voyons par « expérience, en ce qu'outre les considérations qui les doivent « faire estimer de tout le monde, beaucoup les ayment particu- « lièrement, par ce que vous les haïssez ^ »

Il gardera cette attitude jusqu'à la fin du chapitre, et en se cantonnant dans le terrain religieux où on le sent à l'aise ; là même, sa préoccupation est de mettre le moins possible en cause les Jésuites qu'il défend, et de réfuter les accusations portées contre eux par des arguments généraux et non d'espèce, sans sortir des limites fixées par ses adversaires. Si d'aventure même, il est amené à justifier l'Ordre sur une question politique, il le fera, non point tant en cherchant à l'innocenter et en faisant son panégyrique qu'en montrant par une riposte d'offensive foudroyante que les protestants méritent eux-mêmes les reproches qu'ils adressent à leurs adversaires ; lorsqu'il ne peut recourir à ce procédé, et qu'il lui faut répondre à une assertion directe, affectant même indirectement la politique, il le fait alors sèchement, sans commentaires, et sans relever les sous-entendus, avec un laconisme hautain ; il marque ainsi nettement son parti pris de couper court à la discussion, et sa volonté de ne point se mêler aux dessous d'une querelle auxquels il est étranger.

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