‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 104 sur 352 · Les principaux points de la foy..., p · texte numérisé non relu

Les principaux points de la foy..., p

L'examen de quelques détails de sa controverse mettra mieux en relief son art subtil à se mouvoir au milieu des méandres périlleux de cette question qui touchait à la fois à ses convictions, à ses intérêts et aux rapports délicats de l'Eglise et de l'Etat ; cette diplomatie raflinée est d'autant plus curieuse à observer qu'elle se dissimule sous une argumentation aussi incisive que simple en apparence, qu'il n'est pas moins intéressant de rapprocher de celle des deux auteurs que nous avons cités.

Le premier grief que les Protestants faisaient aux Jésuites était leur titre de Compagnons de Jésus ; après une longue exposition des on-dit sur ce point, de Morgues, dans son AvTippoTrov, concluait finalement contre ses anciens confrères, avec leurs adversaires ; Richelieu, au contraire, défendait l'Ordre de ce reproche en rappelant que son véritable titre était Compagnie de JésuSj de même quePitard, mais en plus que celui-ci, il accusait à son tour vigoureusement les protestants de s'arroger eux-mêmes le même titre « qu'ils estimaient arrogant. »

On voit apparaître ici sur le vif, dès le début, la tactique générale que nous avons signalée ; elle était d'accord avec son tempérament combatif et l'allure naturellement agressive de sa plume. Mais elle ne se limite pas exclusivement à l'offensive et Richelieu sait la varier à propos suivant le terrain de la lutte. Ce premier grief était d'ordre purement ecclésiastique, et même quelque peu secondaire ; aussi lui consacre-t-il un développement relativement exagéré. L'accusation sera-t-elle d'ordre politique, en partie seulement ou même simplement tendancieux, Richelieu tombera dans un laconisme outré. Tel était le cas de la seconde qui portait sur le serment d'obéissance aveugle et sans aucune exception à un général toujours subject du roy d'Espagne ; le sous-entendu n'était que trop clair et équivalait à un réquisitoire contre le but pratique, les intrigues, et les menées politiques de l'Ordre. Pitard y avait répondu en justifiant le serment par des considérations d'ordre à la fois religieux, politique et social, tirées de la nécessité d'une dis:cipline rigoureuse dans les familles, communautés, armées, Etats, sociétés, et il le conciliait tant bien que mal avec

l'obéissance due au pouvoir temporel ^ De Morgues, au contraire, avait abondé dans la thèse protestante, en montrant le danger du serment, dans la pratique, au point de vue politique 2. Quanta Richelieu, il se gardait bien de mettre le doigt dans l'engrenage, comme ses deux confrères ; il n'examinait lesermentd'obéissance qu'au point de vue théologique, sans particulariser, et dans un paragraphe distinct, il réfutait simplement en deux lignes, par un démenti sec et catégorique, l'assertion erronée des Protestants sur la nationalité du général des Jésuites ^.

Le procédé s'accentue dans les parties qui suivent, et d'autant plus quelles correspondent à des points plus délicats, à des questions plus irritantes. Les Protestants invoquent-ils les arrêts du Parlement contre les Jésuites ? D'un seul mot, Richelieu couvre ces derniers de l'immimité supérieure de l'autorité royale :

« Le rétablissement de l'édit du Grand Henri, vérifié partons (( les Parlements de France, ce qui justifie assez le zèle de cet (( Ordre envers les roys, son affection envers l'Estat, et l'avan- « tage que reçoit la jeunesse du soin qu'elle prend de son ins- « truction *. »

La doctrine des Jésuites « touchant la puissance qu'ils attri- « huent aux papes sur les roys » avait fait couler des torrents d'encre et donné lieu aux polémiques les plus passionnées. Du Perron et après lui Pelletier avaient sacrifié Mariana en 1614 ; Pitard tombait lui aussi dans le piège et plaidait coupable en reconnaissant les fautes de «quelques particuliers ))et(( quelque défaut en matière d'estat » ; de Morgues se livrait à cette occasion contre les Jésuites à une diatribe furieuse. Richelieu, plus avisé, coupait court et sans discussion aux récriminations des ministres protestants ; la déclaration publique et solennelle en 1610 du général des Jésuites, Aquaviva, engageant tout l'Ordre, n'était-elle point là, et du reste, cette doctrine n'était-elle pas celle du Concile de Constance, dont se réclamait, avec la Sorbonne, le clergé de France tout entier ^ ?

Il était encore plus expéditif sur l'un des derniers griefs, pour lesquels il renvoyait les protestants «aux réponses que les Jésuites,

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