Ibid., p
disait-il, leur avait faites tant de fois sur ce sujet » ; la tiédeur de ses sympathies personnelles en faveur de ses clients se manifeste là avec une ironie supérieure dont la finesse est noj'ée dans la violence de sa riposte. Les Jésuites sont accusés d'être « useurs d'équivoques », puis de « rechercher le tumulte » ! La page de réplique ^ n'est-elle pas de l'AvTippoirov tout pur,' mais traduit par la plume d'un maître diplomate ? Richelieu ne se prononce plus, il ne nie même pas, mais il articule énergiquement le même grief contre les accusateurs, comme pour les renvoyer dos à dos : les protestants n'en font-ils pas autant et même plus ? Et il leur oppose leurs propres subtilités théologiques d'un raffinement dangereux, leurs contradictions continuelles, l'humeur inquiète, brouillonne et remuante de Luther et de ses disciples... N'est-il pas permis de s'imaginer Richelieu pensant à part lui, en écrivant ces lignes, comme son maître du Perron, que les Jésuites sont « trop ambitieux, entreprenants sur tout ^ » et « se mêlant de trop de choses""^» dans sa divination d'homme d'Etat qui prévoit la nécessité de certains tempéraments incompatibles avec leur autoritarisme ? Car il connaît déjà les Jésuites et leur besoin d'action universelle et internationale justifiée par leurs traditions de lutte contre un ennemi international aussi, mais toujours changeant et se dérobant sans cesse ; il reconnaît implicitement la nécessité de cette discipline, l'une des forces de l'Eglise, qui seule est capable d'assurer l'unité de direction dans la mêlée, mais il sent aussi son danger pour l'équilibre délicat qui assure l'harmonie du temporel et du spirituel où il voit la formule nationale ; peut-être pressentil déjà qu'il aura à lutter un jour contre cette force à laquelle il demandera même son concours, non pour l'annihiler, mais pour la maîtriser...
Richelieu présentait enfin l'Eglise gallicane ^ comme prête à répondre au défi porté par les ministres au clergé pour une dispute publique devant le roi : il était le moindre de ses prélats^ rappelait-il incidemment à ce sujet; cette mention, la seule note personnelle de l'ouvrage, rapprochée du souvenir de la conférence de Fontainebleau dont son maître et ami avait été le vainqueur,