‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 109 sur 352 · V. supra, p · texte numérisé non relu

V. supra, p

4. Avenel, Lettres.. , t I, p. 607. Avenel date cette lettie du milieu de 1619, par erreur, penson -nous. li est plus logique de la placer en 1617, car elle ne peut s'appliquer qu'à une œuvre de controverse comme celle-ci, et non à uoe œuvre didactique comme V Instruction du Chrestien qui parut seulement vers 1621. La même remarque s'applique à la lettre précédente qu'Avenel date de la raê.Tie époque. D après Avenel, elle aurait été écrite de Paris parce que Richelieu s'y excuse de n'y avoir pu visiter son corresj)ondaut avant son départ de cette ville ; ce regret ainsi ex^îrimé n apporte, semble-t-il, aucune preuve dans ce sens.

ô Mémoires, t. I, p. 473

6 Ibid .. '< Plus cotte- acl!<ju nie donna de réputation, plus elle me chargea >■ d'envio... »

catholicisme, ultramontains et gallicans, en un bloc sans fissures.

Le livre de Richelieu était une victoire, car il restait sans réplique de la part des ministres de Charenton ; ceux-ci continuaient cependant la polémique, mais uniquement avec le P. Arnoux, et sans sortir, cette fois, du terrain théologique, moins dangereux pour eux que celui de l'histoire ; dans leur longue riposte au jésuite, ils n'accordaient que quelques lignes, à la fin de leur ouvrage, à l'Evêque de Luçon ' .

Une année plus tard, en 1G19, deux de leurs confrères répondaient, chacun isolément et en son nom, aux Principaux points de la foy ; l'un d'eux était l'ancien adversaire de Richelieu dans le Poitou, Pierre de la Valade -, ministre de Fontenay-le Comte, dont l'ouvrage était bien inférieur, d'après Bayle, à celui du second, David Blondel ^, ministre de Houdan ; celui-ci, le seul que nous ayons pu consulter, englobait en plus dans sa riposte Vialar, Raconis, Pitard et Claude de Malingre ; s'il prc-

1. « De mesme façon sommes-nous traittez par Monsieur l'Evesque de Luçon « en son livre qu'il a fait contre nostre Epistre dédiée au Roy En la 10" page, « il met nostre religion en douze articles qu il a foi-gez sur quelques passages de « nos autheurs qu'il a tronquez, et qui au bout ne disent pas ce qu'il veut. Ce « que nous prenons pour une justification de nostre cause, puisque personne ne « nous ose rencontrer de front, ny venir droit à nous, mais tous gauchissent et « prennent un biais à costé et deschargent leur cholère non contre nostre reli- « gion, mais contre une autre qu'ils ont forgée à leur plaisir ». [Fuites et évasions du Sieur Arnoux jésuite. Traicfé auquel sont examinées If s causes pour lesquelles il refuse de respondre aux 17 demandes des Pasteurs de l'Eglise de Pa ris..., Charenton, 1618, p. 54 et 55.) Leurs adversaires y répondaient par Le Moulin de Charenton sans farine, ou Discours contre les thrasonismes, impudences et hérésies de Pierre du Moulin, ministre du village de Charenton^ contenues en son libelle des fuites et évations du P. Arnoux Paris, 1618.

2. Pierre de laVallade, Apologie pour Messieurs les Ministres du Saint Evangile de Paris, addressée au roi, opposée au livre qu'a produit contre eux Armand Jehan du Plessis de Richelieu evcsque de Luçon : contenant la décision sommair'des principales controverses de ce temps touchant la religion par l'autorité de lEf criture, le tesmoignage des anciens docteurs de V église. Avec une briève défense dc$ reproches qui sont faits à ceux de la Religion à Voccasion des troubles et guerro. arrivées en France, en Allemagne, en Angleterre, Ecosse et Danemark ; extrait ' pour la plupart de l'histoire de Jacques Aug. de Thoa, président en la cour du Parlement de Paris ; ou bien des propres historiens allègues et receus par le sieur Evesque de Luçon, La Rochelle, 1619 ; in-4''.

3. Modeste déclaration de la sincérité et vérité des églises réformées de France opposée aux invectives de MM l'Evesqve de Luçon ; Vialar prieur de Bue . Raconis professeur en théologie. Pitard chanoine de Xaintes, etc .. par David Blon^ del, ministre de la parole de Dieu en l'église réformée de Houdan, Sedan^ Jar. non, 1619 in-S'^.

liait de préférence à partie Pitard et Raconis, celui-ci surtout à titre d'ancien coreligionnaire et d'adversaire moins redoutable, en l'opposant même à Richelieu, c'est à ce dernier qu'il faisait les honneurs de la réplique, en mettant en vedette son nom sur le titre. Bien que l'examen de cet ouvrage sorte de notre cadre, quelques particularités en sont à noter comme reliées plus intimement à celui de Richelieu ; Blondel citait textuellement de lui deux longs passages sur le reproche de rébellion systématique qu'il avait fait aux protestants et qui les avaient plus particulièrement touchés ; mais au lieu d'attaquer, à son tour, il se contentait de réfuter les arguments historiques de son adversaire par des citations empruntées presque uniquement à l'histoire de Thou, source plus que suspecte. Sur deux autres points, il se retranchait dans une défensive qui était un aveu de défaite ; il s'agissait des auteurs protestants que Richelieu avait montrés attentant par leurs doctrines à l'autorité royale..., « si quelques esprits ulcérez « ont voulu faire de la France un roj-aume électif, disait-il, nous « n'avons pas autorisé tels écrits ni toléré la hardiesse de ceux « qui y ont pris de Tesbat... nous avons donc juste sujet de nous a plaindre du tort que le sieur Evesque de Lusson fait à quelques- « uns des nostres Calvin, Bèze et Witaker. »

Les protestants n'avaient pas été moins sensibles à l'emploi qu'avait fait Richelieu de V Apologie de Breerley ; Blondel protestait contre la falsification d'une sentence de Calvin, mais tout en reconnaissant les excès de langage de Knox, Goodman et Buchanam relevés par le controversiste anglais, et dus à des moments de colère et à des accès de violence qui ne les empêchaient pas, ajoutait-il, d'être trois grands personnages.

L'ouvrage de Blondel est autrement intéressant au point de vue du jugement des protestants sur la défense des Jésuites par Richelieu ; il nous apprend que celui-ci était un des rares, pour ne pas dire le seul, à l'avoir faite aussi complète, et sans laisser de côté aucune des accusations portées contre eux : « il n'y a, dit Blondel, « que le seul évcque de Lusson qui cherche (en faveur des accusez) « des excuses de leur liberté à tromper leurs juges par équivoques « es accusations de Wiclef et de Bucer », et plus loin : « ce sont là « les défenses du sieur évesque de Lusson pour la société préten- « due de Jésus, car, quant à ceux qui se sont chargez de leur ren- « dre le même office, outre ce dernier advocat, ils aiment mieux le

(( soulagement de leur personne que la descharge de leurs clients. « Le sieur de Raconis, au lieu de respondre à ce qu'il a laissé, se « repose dans le silence. Le sieur Prieur de Bu renvoyé la palce lette aux accusez, et s'estomaque seulement de ce que les nos- « très ont escrit des Jésuites parricides placés entre les martyrs « de l'Ordre au collège de La Flèche en Anjou, où nous le ren- « voj^ons à l'évesque de Lusson, qui sçait bien ce qui en est, pour (( apprendre à arguer de faux les choses publiques et notoires à « tous. Le sieur Pitard (pour son regard) confesse son igno- « rance K.. »

En résumé, malgré leur forme scolastique particulière qui devrait plutôt les faire classer hors de pair dans les sermons, les Principaux points de la foy représentent l'œuvre maîtresse de Richelieu dans le cycle que nous étudions, c'est-à-dire durant sa vie de combat ; jamais il n'a manifesté aussi librement ses énergies, ses tendances, ses idées que dans cet ouvrage qu'il a pensé et écrit pour la lutte, dans la solitude, en face de lui-même, alors qu'il sentait sa personnalité compromise, et qu'il éprouvait le besoin instinctif d'affirmer sa vitalité et sa valeur sur l'unique terrain qui lui restait accessible, et où il se sentait un maître, celui de la théologie et de la controverse. Il serait exagéré d'ajouter qu'on y retrouve l'homme d'Etat prématurément mûri par un trop court passage au pouvoir ; on y surprend en revanche le diplomate rendu plus circonspect par sa chute imprévue ; s'il est bien difficile de définir exactement le but très complexe de son labeur acharné de six mois, l'on ne peut moins faire que de reconnaître la puissance de sa dialectique mise au service d'une conviction passionnée sur l'un des points qui fera la base de sa politique future vis-à-vis des protestants, comme aussi de constater sa réserve au sujet des Jésuites, dont il semble prévoir déjà l'inimitié.

1. Quelques années plus tard, le P. Véron reprenait le procès dans ses controverses, mais uniquement au point de vue religieux, Richelieu était du reste alors cardinal, et son nom était accolé à ce titre à celui du cardinal du Perron. (Apologie pour nos seigneurs les Cardinaux du Perron et de Richelieu contre la Vallade, ministre de Fontenag, David Blondel, ministre dOudan. — II* partie de la nouvelle méthode. . Paris, 1623.)

CHAPITRE V L'exil a Luçon. — La restauration de V Estai et le P. Joseph.

La retraite volontaire de Richelieu à Coussay avait été pour ses ennemis un succès que ne soulignait que trop ironiquement pour lui la lettre du roi * approuvant sa résolution 2. Son exil à Luçon achevait de leur donner satisfaction ; il leur fournissait le moj en de soustraire la reine mère à son influence immédiate et de lui imposer à sa place comme chef de son conseil un de leurs affidés, le sieur de Roissy ^ ; il leur permettait d'arracher son approbation à une série de mesures dirigées contre ses propres créatures ; telles étaient entre autres le remplacement de M. de Brèves, gouverneur de Monsieur ^, le refus opposé au baron du Tour de récompenser la charge de capitaine de ses gardes au baron de Thémines qui l'avait agréé ^. Dans ses Mémoires^ Richelieu ne dissimule point l'amertume que lui causaient ces actes sj^stématiques qui tendaient à l'annihiler auprès de la reine mère, et à ruiner son autorité dans cette petite cour où son absence laissait le champ libre à ses ennemis personnels ; son dépit se changeait en un froissement profond d'amour-propre traduit par un accent inusité d'indignation, le jour où l'on voulut achever de le discréditer en tant qu'homme d'Etat, en faisant désavouer par la reine mère un passé politique qui était aussi le sien ; « ce n'est pas assez, « s'exclame-t-il, qu'elle approuve les actions des autres : on « veut lui faire confesser qu'elle s'est mal gouvernée en l'adminis- « tration des affaires de l'Etat, qu'elle a gâté ce qu'elle a con- « serve 6... »

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