‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 112 sur 352 · Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, p

la possédait, avec ses titres de prélat, d'ancien ministre, et de la veille encore, chef du Conseil de la reine, agréé comme tel par le roi ^. Bien avant même, à ces Etats de 1614 où il avait débuté dans la vie politique, n'était-ce point lui qui avait demandé, au nom de son Ordre, la continuation de la Régence, et servi elïicacement la cause de la Royauté ? Depuis, n'avait-il pas toujours confondu dans sa fidélité au principe supérieur du droit divin, les intérêts du roi et de sa mère avec une rigueur persistante de vues qui avait été l'étai inébranlable d'une diplomatie exposée à tous les chocs ?

Le ton général du factum reflète cette autorité ; l'on y sent la maîtrise d'un homme qui a été mêlé dans un poste supérieur aux événements, et y a eu sa part importante de responsabilité qu'il ne cherche pas à dissimuler ; loin de là, il semble la revendiquer, tout en la justifiant. D'un bout à Fautre, du reste, il domine son sujet, et sans défaillance, sans se départir de cette ligne de conduite que nous venons de signaler; l'allure n'est point celle d'un pamphlétaire, mais d'un conseiller respectueux de la volonté royale ; loin de se laisser aller à la passion ou à l'aigreur, il garde toujours la pondération que lui impose ce rôle délicat de médiateur qu'il a librement accepté au début de la rupture entre le roi et sa mère, dans un audacieux défi à la violence des passions opposées qui viendront assaillir des deux côtés sa diplomatie et se briser sur elle. Seule, une souplesse comme celle de Richelieu et un sens des écueils développé comme le sien étaient capables de garder l'équilibre dans ce factum où un mot imprudent pouvait le perdre ; seul, Richelieu a pu se jouer des difficultés que présentait un tel programme : réunir dans une apologie commune le roi et la reine mère, justifier la politique passée de celle-ci par ses services rendus au roi, mais tout en reconnaissant ses fautes, et en les expliquant, sans un mot de blâme, par des nécessités extérieures, et;^ des défaillances de caractère dues à des sentiments de sexe respea^^tables; faire à la fois le procès du maréchal d'Ancre, exécré du roi, et satisfaire ainsi aux rancunes de ce dernier, présenté comme un justicier énergique, mais sans effleurer d'un reproche la reine présentée comme la victime de son ancien favori ; atteindre indirectement par ricochet, mais sûrement, son propre ennemi person-

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