Le Manifes'e, p
pre conduite, dont la défense de la reine n'a été en réalité que Taccessoire obligé, sinon le prétexte ; ne se défend-il pas du reste de vouloir faire une apologie de la reine mère, « laquelle, dit-il, n'en a nullement besoin » ^ ? Sous la forme éminemment respectueuse dont il la justifie par sa faiblesse avec une sorte d'indulgente bonhomie qui dissimule l'ironie froide dont il est coutumier, l'on sent qu'il ne veut pas laisser ignorer qu'il a conservé tout son empire sur ce caractère primesautier, impulsif et sans esprit de suite, toujours disposé à suivre aveuglément les conseils de ceux qui ont su la dominer au début; l'on sent qu'il veut faire comprendre, sans le dire, que son influence est restée la même sur cette « colombe sans fiel et sans rancune » ; il veut, en un mot, qu'on n'oublie point que pour ce qui la regarde, il est encore et toujours, malgré son éloignement, le maître de la situation.
Cette insistance sur ce point a encore un autre motif ; elle va lui permettre de traiter naturellement, sans effort et presque sans transition gênante, le sujet le plus épineux et le plus délicat de son factum, celui où il va se trahir le plus, malgré ses précautions, comme l'auteur de ce plaidoj'^er. La générosité aveugle et la faiblesse de la reine mère, voilà qui va lui servir à expliquer la fortune inespérée et scandaleuse du maréchal d'Ancre et de sa femme ; il se gardera de prononcer ce nom abhorré de Louis XIII pas plus qu'il ne l'a fait dans Vlnstruclioii à Scliomberg ; comme dans celle-ci, il les désigne sous la même épithète générique, quelque peu méprisante, d' « estrangers » '^, un terme qui rappelle à la fois l'origine de leur fortune et aussi de leur impopularité. Ainsi qu'il le fera plus tard, dans ses Mémoires, il les montre « enyvrés de leur fortune, aveuglés en leur ambi- « tion, se rendant odieux parleur abus de pouvoir etd'authorité 3», et cela par l'excès de bontés de la reine mère, « déportant (( ses bienfaicts à des personnes si peu capables de mesurer leur <( bonheur, et non pas par aucune mauvaise affection qu'elle ait « jamais eue envers cet état ^. »
La reine mère avait été leur victime, par cet excès de bonté ;