‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 126 sur 352 · Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. II, p

2. Bibl. hist , 20.718 Barbier, Dict. des anonymes, 10.151. Cl. Perroud a adopté sans discussion cette attribution. {Essai sur la vie de Mathieu de Morgues, Le Puy, 1865, p. 22.)

Bientôt, nous aurons l'occasion de préciser les caractéristiques du pamphlétaire comme écrivain ; qu'il nous suffise de dire ici que sa verve toute d'inspiration naturelle et sans frein était incapable de s'accommoder à la souplesse réclamée par un plaidoyer pareil, et que sa plume n'a jamais connu ni la subtilité, ni la finesse qui courent d'un bout à l'autre dans ce factum.

Plus tard, alors qu'il était devenu l'ennemi de Richelieu, et qu'une polémique haineuse les mettait aux prises, de Morgues avouait avoir écrit « sur l'ordre » de ce dernier deux pièces dont une que nous verrons dans un chapitre prochain ; mais il ne soufflait mot de la Restauration de l'Estat ; ce silence s'explique d'autant mieux que cet ouvrage n'était au fond qu'une apologie de Richelieu aux dépens de la reine mère ; si le pamphlétaire aurait pu trouver là une occasion facile d'exercer sa verve contre l'ingratitude de son ennemi, il avait encore plus d'intérêt à laisser dans l'ombre sa part de collaboration dans une œuvre où sa maîtresse était ainsi sacrifiée. Quoi qu'il en soit, on ne peut moins faire que reconnaître que ce silence implique une collaboration à un titre quelconque de Mathieu de Morgues, aussi faible qu'elle soit et nous devons nous contenter de signaler ce point comme acquis pour les historiens que tenterait une étude plus fouillée de la question.

La plume de Richelieu va nous fournir l'occasion de le suivre à Avignon dans l'exil; une remarquepréalable est toutefois ici nécessaire. L'ordre chronologique rigoureux que nous nous sommes imposés commande seul la place du chapitre suivant ; en réalité, il n'y a pas d'interruption dans la ligne de conduite de Richelieu ; le séjour d'Avignon ne la modifiera pas plus que la crise violente qu'il va y traverser et qui sera toute passagère. Elle subsistera sans changement et seulement avec quelques variantes dans le procédé jusqu'au traité d'Angoulôme conclu en 1620, après le traité de Pont de Ce ; ses idées d'alors s'enchaînent d'une façon régulière avec celles que nous venons de voir, comme si rien ne s'était passé dans l'intervalle ; nous nous retrouverons à ce moment en présence d'une autre œuvre de lui, conçue d'après les mêmes idées, et inspirée parles mêmes vues, qui viendra encore renforcer les arguments en faveur de l'attribution que nous lui avons faite

de ce factum méconnu si important. Les variantes des différents textes des Me/nozres permettent de « surprendre, autant que pos- « sible, derrière les gestes des collaborateurs du cardinal, les ins- « tructions de leur maître » ; à ce titre, elles présentent un haut intérêt ; comment donc évaluer celles de la Restauration de l'Estat, un ouvrage de polémique, où c'est le maître lui-même qui, dans Tune des périodes les plus critiques et les moins connues de sa vie nous livre ainsi sans intermédiaire « les états successifs de sa pensée'?».

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