‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 128 sur 352 · Avenel, Lettres .. t. I, inlrod., p. lxxv · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres .. t. I, inlrod., p. lxxv

3. Valentin, op. cit., p. 61 etsuiv. Cet auteur a aussi étudié la question secondaire de bibliographie ; Avenel est d'avis que le livre, composé à Avignon, fut imprimé hors de cette ville que Richelieu quittait un mois après Tobtention du privilège, 17 fév. 1619 ; l'abbé Joly noie comme première édition celle de Poitiers en 1621, chez Antoine Meusnier, opinion contredite avec vraisemblance par l'abbé Valentin.

4. Catal. Faultrier, Dupin, Richelet. (Joly, Etages de quelques auteurs, Dijon, 1742, p. 292.)

notes marginales qui leur sont exclusivement réservées. Or, ce n'est pas dans son évéché, où Richelieu était absorbé par ses occupations d'ordre pastoral, politique et mondain, et en proie à des préoccupations continues soit personnelles comme intérêts matériels, soit professionnelles, disciplinaires ou administratives, qu'il a pu trouver le temps de composer un traité de ce genre, aussi complet et aussi suivi, et d'élaborer seul, car elle porte sa marque d'un bout à l'autre, cette œuvre de longue haleine, mûrie, écrite avec un calme, on pourrait presque dire avec un recueillement qui contrastent avec l'allure vive, rapide et primesautière de son œuvre antérieure de Luçon et même de Coussay ; nous avons déjà noté cette caractéristique dans la Briefve instruction, et elle devait aussi se rencontrer dans ce catéchisme diocésain aujourd'hui disparu. L>' Instruction du chrestien sent au contraire l'étude dans le loisir, non seulement par sa complexité, avec cette dualité qui la destine à la fois aux pasteurs et aux fidèles, aux croyants éclairés et aux « plus simples », mais par ces deux dévotionnaires de la fin * qui sont comme l'émanation d'une piété contemplative. Cette dernière particularité est même tellement en désaccord avec le caractère positif et combatif de Richelieu que c'est dans l'isolement seul et dans un milieu fermé à tous les bruits du dehors que l'on peut trouver l'explication d'une manifestation aussi opposée comme forme à son tempérament normal de lutteur. L7n.s/r«cfzo/i du chrestien a bien été composée à Avignon et son examen achève de le prouver, en permettant de préciser et les circonstances spéciales qui ont motivé sonéclosion, et le véritable but de sa composition.

Richelieu subit à Avignon un exil forcé autrement pénible que celui de Coussay ou de Luçon ; là au moins, il était encore chez lui, dans son diocèse, à portée de ses relations ; sur ce sol étranger, où il est maintenant relégué, sa disgrâce a pris une forme définitive et éclatante ; non seulement il est irrévocablement banni delà cour, mais chaque heure de plus le sépare davantage de la reine mère, sa protectrice, qu'il sait entourée d'une camarille qui lui est hostile et contre laquelle il ne peut plus lutter ; il est dépaysé sur cette terre où il sent dans l'espionnage qui l'entoure le poids de la haine qui le poursuit. Son moral est

1. Instruction du chrestien, édil. do 16.32, Paris, p. 284 el suiv.

encore affecté par son affaissement physique ; sa santé déjà chancelante subit la répercussion du climat énervant du Comtat nouveau pour lui. Des préoccupations d'ordre pécuniaire s'y ajoutent ; il a dû recourir à la bourse de son confesseur l'abbé Mulot ', puis aux bons offices des prêteurs sur gages d'Avignon dont il se souviendra plus tard ; en voilà bien assez pour expliquer de reste l'atmosphère de sombre tristesse dans laquelle son esprit replié en lui-même use son énergie sur son propre découragement ; il pense à la mort, en a-t-on justement conclu, et en effet tout ce qu'il écrit dans cette période a le caractère très accentué de dispositions dernières. Le Capiit apologeticiim 2, une justification de sa politique, mais dans un sens exclusivement personnel, comme s'il ne s'agissait que de préserver sa mémoire devant la postérité, a toute l'allure d'un testament destiné au roi et au public ; sa lettre au chapitre de Luçon 3 n'est autre qu'un testament à la fois matériel et spirituel ; V Instruction dii chrestien rentre dans le même cycle qu'il complète, et rapproché des deux premiers documents, donne l'impression d'un dernier adieu à son diocèse, d'un véritable testament mystique.

Un détail puisé par M. Hanotaux dans une étude malheureusement inédite ^'' et signalé par lui avec une réticence significative que nous n'imiterons point, autorise à pousser plus avant la recherche : à un moment donné, Le Masle, le secrétaire et confident de Richelieu, vient, sur son ordre, de résilier le bail de sa maison. N'CvSt-ce point tout dire? Jusque-là Richelieu a lutté, avec sa ténacité ordinaire qui l'empêche de se rebuter, devant les premières difficultés ; ne pouvant plus rien du côté du roi, il a essayé de faire intervenir la cour de Rome, en faveur de son évêché privé de pasteur (une obsession dont la trace se retrouvera plus tard dans sa persistance à insister sur la nécessité de la résidence des évêques ^) ; de ce côté aussi, il a échoué. Dans son désespoir angoissé, devant cette situation sans issue qui élève une barrière infranchissable à la ligne de sa vie politique, dans son isolement rendu plus sombre par ces hautes

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