Ibid., p
4. Elle est de M. Duhamel, archiviste départemental du Vaucluse.
5. Test, pol., t. I, chap. ii, secl. I, p. 108 ; sect. IV, p. 138.
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murailles qui lui cachent la France, privé du secours moral de ses frères qui le laissent sans nouvelles et ne reviennent point de Paris, Richelieu se sent irrémédiablement perdu. Mais s'il est hanté de l'idée d'une fin prochaine, comme le marquent tous ses actes, ce n'est point celle de la mort ; chez un homme de sa trempe, le découragement même le plus profond se manifeste par autre chose que par une abdication volontaire de ses énergies sans but défini ; le renoncement en a un pour lui vers lequel il concentre toutes ses idées, et ce but lui est tout indiqué par ses convictions religieuses, ses études théologiques, ses premières inclinations, sa vie pastorale. Il pense non pas à la fin matérielle, dont l'heure lui est inconnue, mais à la fin du cloître, à ce tournant de la vie où toute espérance terrestre semble l'avoir abandonné et lui être désormais interdite...
Ses occupations extérieures reflètent le même état d'esprit que son travail de cabinet ; il ne fréquente plus que des religieux, délaissant même la compagnie de ses frères dont Taffection l'a accompagné dans l'exil ; s'il n'est pas apocryphe, le mot qu'on lui prête ^ et qui indiquerait dans cette attitude un calcul profond n'a pu être prononcé dans ce sens par un diplomate comme lui ; il correspond plutôt à un mouvement d'amertume profonde et de désespoir farouche, à moins qu'il ne soit de la première période de son séjour à Avignon, alors qu'il n'avait point encore perdu tout espoir de retour. 11 se réfugie dans la prière et dans la société de quelques moines, il s'habitue déjà à sa cellule...
Sa correspondance, très ralentie à cette époque, nous fournit peu d'éléments ; toutefois la plupart de ses rares lettres d'Avignon ou sont adressées à son frère Alphonse, alors religieux à la Grande- Chartreuse, ou ont trait à lui ; elles accusent toutes une préoccupation du même ordre, et leur ton même prend une signification particulière ; il y règne pour celui qui en fait le sujet une sollicitude inaccoutumée, avec une nuance de vénération pour son « religieux mespris des choses humaines )) qui fait pressentir la prochaine confraternité du cloître; mais les trois documents que nous avons cités permettent mieux encore de surprendre ses projets.
Le Caput Apologeticiim, utilisé par Richelieu dans ses Mémoires^,
1. Fontena3'-Mareuil, Mémoires, rdit. Mîchaud. p. 138. 1>. T. I, p. 494 a suiv.
peut être à la rigueur regardé comme le schéma d'un factum destiné au roi ; aussi le laisserons-nous de côté, bien que sa tournure testamentaire n'en soit pas moins indéniable. En revanche, la lettre préparée pour le chapitre de Luçon est autrement et particulièrement typique ; la forme sous laquelle il y dispose de ses livres en sa faveur reviendra précisément sous sa plume dans son testament définitif passé à Narbonne en 1640, lorsqu'il léguera sa bibliothèque à la Sorbonne ; il termine par quelques conseils qui ont plus spécialement trait aux rapports des chanoines de Luçon avec leur évêqne ; ce passage où il évoque son successeur ne renferme aucune plainte ni récrimination ; mais la seule note d'amertume dans ce souhait d'un évêque résidant a un caractère de trop d'actualité pour ne pas répondre à une détermination arrêtée et immédiate, sans idée de retour, et sans escompte d'aléas futurs...
h' Instruction du Chrestien ne laisse pas une impression différente; la note la plus caractéristique qui a été bien souvent signalée est cette recommandation de l'auteur aux prières des fidèles qui revient invariablement à la fin de chaque lecture; l'on y a vu une pensée touchante répandant sur toute l'œuvre un « véritable parfum de foi et d'humilité ^ » ; c'est possible, mais il y a autre chose dans ce cri répété qui ressemble à un sanglot; c'est plus que le suprême adieu d'un père spirituel à ses enfants, devant la menace d'une fin hâtive, voulant, quoique résigné à l'oubli terrestre, rester relié aux siens par la communauté de la foi ; c'est la manifestation d'une volonté immédiate, réfléchie, mûrie et irrévocable, dans laquelle s'affirme une dernière fois la vitalité intellectuelle et morale de la personnalité qui va disparaître dans un anonymat sublime. Elle apparaît encore dans ce souci d'assurer la pérennité de son œuvre, ainsi que son efficacité, par les recommandations minutieuses faites aux curés pour la diction et la lecture dans la chaire.
Dans l'œuvre due à la retraite volontaire de Coussay, nous avons fait remarquer l'absence intentionnelle presque complète de la note personnelle ; l'énergie de l'auteur s'est, pour ainsi dire, toute extériorisée dans les Principaux points de la foy. Ecrite au lende-
1. Mgr Perraud, Le Card. de Richelieu, évêque, théologien et protecteur des Lettres, 1882. p. 26.
main de la chute de Richelieu, elle répondait à la fois, comme nous l'avons vu, à un besoin et de dépenser son activité dans ses loisirs forcés, et de protester, par instinct ou par calcul, contre la méconnaissance de sa valeur; ce besoin était là d'autant plus intense que son tempérament de lutteur était exacerbé par le dépit de se voir écarté, et par la volonté de se raidir contre une disgrâce imméritée, tout en s'effaçant avec soin pour ne point donner prise à un reproche de menée ambitieuse...
Maintenant, c'est l'inverse; Richelieu est rentré en lui-même pour écrire ces pages où ses dernières énergies extérieures achèvent de se fondre; il y est resté en tête à tête avec sa conscience et avec sa foi, sans souci du reste, dans une sorte d'abdication volontaire de sa personnalité et de son tempérament, mais qui n'a pas été sans lutte; là aussi est une cause de cette tristesse qui y règne d'un bout à l'autre et qui est soulignée par le développement exagéré des parties consacrées à la mort, au jugement dernier ' et à la résurrection de la chair ^; la façon même dont ces deux derniers points y sont traités frappe dans cette œuvre populaire d'où l'érudition théologique est bannie ; la recherche du détail précis apparaît là comme la preuve d'une obsession de l'auteur qui a voulu s'y livrer pour lui-même plutôt que pour ses lecteurs, et satisfaire à sa propre curiosité et à sa conscience en donnant un corps tangible à ce qui ressort du domaine de l'inconnu mystérieux de l'au-delà.
Mais cette tristesse, comme nous l'avons déjà dit, est habituelle chez Richelieu; sa Constatation ne serait donc pas d'un grand poids dans le cas présent pour notre hypothèse, s'il ne s'y joignait d'autres éléments qui détonnent avec le caractère normal de l'auteur. Dans la partie purement didactique, il a sacrifié, sans mesure et sans considération d'ordre littéraire, à ses traditions d'études ; la forme classique de la dispute scolastique adoptée par lui, correspond du reste à son caractère raisonneur et naturellement pratique fermé au sentiment; il n'en est que plus étrange de constater fréquemment, parsemés dans l'ouvrage, des élans de sensibilité affectueuse et des accents d'attendrissement réel ; ceux-là sont si rares partout ailleurs et si nouveaux sous sa plume,