Instruction du chrestien, p
travail, il en offrait des exemplaires, une fois édité. Rien de pareil avec Vlnstruclion du chrcslien, pour lequel il cherche l'obscurité. La préface est datée du 1" septembre, l'approbation du 20 octobre 1618 ; l'ouvrage n'est édité qu'en 1621 , alors qu'il peut croire que l'oubli s'est fait sur son exil.
Aubery, son apologiste, semble obéir à un mot d'ordre, en écrivant contre la vérité qu'il ne pouvait ignorer, que l'ouvrage a été seulement achevé à Avignon. D'autre part, si l'on recourt au témoignage de l'auteur lui-même, il faut lire dans la Lettre déchiffrée, une véritable autobiographie, ce que Richelieu a écrit ou fait écrire sous ses yeux de ses deux ouvrages les Principaux points de la foy , les premiers, y sont présentés comme une œuvre de « haut vol », dont la valeur littéraire et la force sont mises complaisamment en relief ; quant à l'Instruction du chrestien, elle y est traitée non pas avec dédain, mais comme une œuvre sans prétention et sans mérite littéraire, destinée aux humbles, et qui tire sa valeur de l'effort nécessaire à un esprit élevé pour arriver à ce but ; l'insistance dans ce sens est telle dans la Lettre déchiffrée qu'on y sent comme un malaise et aussi un besoin de justification dans les éloges donnés à une œuvre d'accents aussi simples et presque naïfs.
Un détail curieux du séjour de Richelieu à Avignon a été conservé par la Chronique des Carmes déchaussés de cette ville ; l'un d'eux, le P. Jean-Marie de Sainte-Ursule, originaire de Fribourg et qui avait servi dans les milices génoises, fort réputé pour sa sainteté, lui aurait, sur sa demande, prédit un prompt retour à la fortune et en aurait eu la divination dans une extase, à la suite d'ardentes prières à Dieu dans ce but * ; il n'y a rien que de très possible dans l'anecdote, étant donnée la croyance de Richelieu « aux présages, prédictions et vues extraordinaires ^ » ; mais il faut, semble-t-il, ne l'accepter
1. Recueil des divers brefs et extraits mortuaires. (Archiv. de Vaucluse, Fonds des Carmes déchaussés d'Avignon, n° 1.) Ce document nous a été obligeamment communiqué par M. Duhamel, le savant archiviste de Vaucluse auquel nous exprimons toute notre reconnaissance.