‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 135 sur 352 · Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, p

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qu'avec une conliance très limitée, et se garder surtout d'y voir dans l'esprit de l'évèque exilé une preuve de l'obsession continue de la fin de l'exil, et du retour à la faveur. Quelques années plus tard, dans l'avalanche de pamphlets qui s'abattaient sur le Cardinal, l'un d'eux lui lançait un trait qui semble prouver au contraire que Richelieu a bien eu réellement à Avignon la hantise du cloître.

L'allusion est quelque peu obscure et le sujet en est soi-disant tiré d'une Chronique des Frères mineurs, alors qu'il est consigné en réalité dans celle des Carmes déchaussés ; mais aucune de ces deux remarques n'infirme la valeur de ce témoignage ; l'allusion devait être on ne peut plus transparente pour les contemporains, surtout du monde religieux auquel appartenait l'auteur du pamphlet, et cette situation même lui imposait la précaution de bienséance élémentaire de dissimuler le véritable théâtre de l'incident.

Il montrait d'abord « un cardinal cjue l'on espère voir se ceindre « assez fortement de la cordelière des Frères mineurs, pour en rester « élevé au-dessus de la terre, et ravi hors de lui-même en odeur de « suavité pour l'édification des passants », puis après cette équivoque subtile qui comparait la cordelière monachale à la corde de Judas, il représentait le même personnage fuyant devant « une outre de genièvre » parce qu'il ne peut, ajoutait-il, (( supporter la présence de ce sot religieux^».

Il est hors de doute, d'après la nature du pamphlet en question, que Richelieu seul était ainsi désigné avec ses aspirations passagères à la vie du cloître, sa période de piété contemplative, et cette note comique des importunités de ce moine indiscret qu'il cherchait à éviter ; ce témoignage malveillant, il est vrai, mais certainement puisé à bonne source par un contemporain ({ualifié et bien placé, mérite une autre créance que le dire inté-

1 . « Et speramus, quod brevi noster \'^enerabllis Gardinalls eamdem attinget ;;erfectionem, stringendo se fune Fraloruni Minorum, ul nianeat elevatus et raplus extra se, in odorem suavitatis et edifîcaiionem transeunliuni » (Resolutiones Magistrales Quœstionuin quodlihchcorum .. . 1()26, p. 7.) « Habetur in Chronico F. F. Minorum. . quod Doemon seniel fiigit B. .luniperum ad 7 miliaria : roga- :< tus causam, ail, quia non possum ferre piesentiani slulti illlus Fratris : Quoe- « ritur, utrum etiam istius Doemoni filii et nepotes, et affines, usque ad quar- « tum gradum adhuc fugiant monachos ? Res. Ultimum ex illa stirpe adhuc '( vivere et esse divitem Ecclesiasticum » (Ibid., p. 9 )

ressé de la chronique d'un Ordre voulant se conserver un protecteur puissant ; l'appareil merveilleux avec lequel ce dernier est trop bien présenté achève même de le rendre fort suspect ; et son détail final, ce cadeau offert généreusement au couvent par l'exilé rentré en grâce, cette barrique de vieux vin accompagnant une bourse bien garnie, rappelle trop bien, dans sa naïveté, la face rubiconde de l'ancien reître maraudeur vigoureusement évoquée par le pamphlétaire.

La nuée de pamphlets parue postérieurement contre Richelieu que nous verrons plus loin, ne nous a livré que ce seul souvenir de son séjour à Avignon ; mais il est significatif, et a d'autant plus d'importance dans son véritable sens, que, durant cette période, les ennemis de Richelieu scrutaient avec soin les moindres incidents de sa vie privée pour les rendre publics, en les présentant dans leurs libelles de façon à le couvrir ou d'odieux ou de ridicule.

Cette épreuve suprême qui a failli annihiler Richelieu, en l'enlevant au monde, va en tout cas lui servir de leçon ; désormais il ne se livrera plus. U Instruction du chrestien est le dernier ouvrage où il aura laissé courir sa plume, sans la surveiller ; il continuera à écrire, mais sans effusion et dans des conditions tellement spéciales et différentes de son ouvrage d'Avignon, que celui-ci occupe dans son œuvre une part exceptionnelle largement justifiée.

Avignon aura été son école de la vie ; l'exil l'aura trempé, et encore plus la crise psychologique où il a sondé le néant des choses humaines et où il a été à deux pas du cloître.

Ce n'est cependant pas la dernière œuvre qu'il signera ; nous allons tout à 1 heure en voir une autre de lui, parue sous son nom, mais celle-là dans un but tout opposé, par calcul, pour lui servir de témoignage et comuiandce par sa situation ambiguë de médiateur entre le roi et sa mère ; après celle-là, il empruntera toujours la plume ou le nom d'un tiers pour conquérir l'opinion, ou se justifier devant elle.

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