‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 137 sur 352 · Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. I, p

toire anonyme contre Luynes et le gouYernement, paru en 1619, un peu avant son retour de l'exil ' et dont la violence faisait ressortir le ton modéré et soumis de sa Restauration de l'Etat qui avait été en grande partie la cause de sa disgrâce; celui-là n'était rien moins qu'un appel aux armes, et gros de menaces, surtout par un passage où l'auteur agitait le drapeau de la Réforme pour rallier à la cause de la reine mère les ambitions de tous les mécontents; plus tard, dans la réimpression qui en était faite en 1624 dans le Recueil de Liiynes, le paragraphe était supprimé, probablement à l'instigation de Richelieu, qui voulait faire disparaître toute trace de compromission de la reine mère avec les protestants, mais en 1619, il servait trop bien ses intérêts, en montrant à ses ennemis, qui étaient ceux de la reine mère, toutes les ressources dont celle-ci pouvait disposer.

Richelieu ne gagnait pas seulement en autorité auprès de la Cour, en exagérant les difficultés que présentait sa mission d'apaisement ; elles le rendaient d'autant plus indispensable, et couvraient par avance vis-à-vis du roi tous ses actes d'hostilité quels qu'ils fussent, comme une conséquence forcée de la situation créée par son éloignement ; le fait seul d'avoir été rappelé auprès de la reine mère à laquelle le P. Arnoux avait fait signer quelques mois auparavant un désaveu profondément humiliant et pour elle et pourlui, et qui les annihilait tous deux, lui donnait une force singulière, dans cette situation de médecin méprisé puis rappelé auprès d'un malade désespéré, et auquel tout était désormais permis, pour employer une de ses figures favorites.

Ces remarques donnent la clef de sa conduite et expliquent sa politique pendant la période aiguë à laquelle on a donné le nom de Guerre entre Louis XIII et Marie de Aféc/zczs; on lui a reproché à tort sa duplicité, car ce jeu de bascule était, autant qu'à lui, nécessaire à la reine mère continuellement bernée par des promesses, et sans cette tactique, ils eussent été indéfiniment tous les deux les dupes de Luynes. Il lui fallait régulariser et pour ainsi dire justifier vis-à-vis du roi le parti de la guerre tout puissant auprès de la reine, parti qui était sa raison d'être, et en s'attachant plutôt qu'à la dissimuler, à exagérer même son importance;

1. Mathieu de Morgues, Vrais et bons advis de François Fidèle, 1631, p. 12. (Diverses pièces pour la défense de la Reyne mère,... Anvers, 1643.)

si son but était de rester seul l'arbitre autorisé des rapports du roi et de sa mère, son premier souci pour cela n'était-il pas de laisser subsister ce qui donnait au parti de cette dernière assez de poids pour ne pas être traité comme négligeable, ce dont il avait été, du reste, une première fois, la victime ?

Richelieu avait besoin de toute sa diplomatie et la plus subtile, pour conserver son équilibre dans une situation aussi délicate ; la complaisance avec laquelle il en a donné la relation dans ses Mémoires, et la satisfaction avec laquelle il a enregistré le triomphe de sa politique aiguisée montrent assez les difficultés avec lesquelles il avait été aux prises et qu'il était loin d'avoir surmontées en se jouant, comme il semble avoir voulu le faire croire. ]

En arrivant à Angoulême, Richelieu se trouvait avec une situation personnelle à reconquérir, devant les éléments nouveaux qui l'attendaient ; le coup d'audace romanesque qui avait abouti à l'évasion de la reine mère de Blois, avait introduit auprès d'elle un facteur inattendu avec le duc d'Epernon : c'était une complication nouvelle ajoutée aux prétentions ambitieuses de Ruccelaï et autres, déjà accrues par le départ de Richelieu, et d'autre part, s'il y avait unanimité autour de la reine pour condamner la politique de temporisation de ce dernier, taxée de tiédeur et de trahison et pour se jeter dans les résolutions extrêmes, il y avait lutte d'influences personnelles, dans le milieu de ces conseillers brouillons entre lesquels elle était tiraillée.

Après s'être fait rechercher par ceux-là même inquiets de sa première attitude d'expectative réservée et muette, Richelieu, reçu d'abord « assez froidement » ^, les usait l'un contre l'autre, et s'attirait ainsi des droits à la reconnaissance de la reine, débarrassée par lui d'énergumènes compromettants; devenu sinon seul arbitre entre celle-ci et la cour, un rôle trop dangereux par ses responsa- j bilités, au moins premier conseiller autorisé, il régularisait les hostilités devenues nécessaires contre Luynes, tout en s'imposant par les tempéraments à apporter dans cette lutte.

Les procédés dilatoires de Luynes, après le traité d'Angoulême,

1. Malhieu de Morgues, Très-humble Remonstrance au Ro^ (Div. pièces pour la défense de la Rcj'uc-mère..., Anvers, 1G43, p. 20.)

avaient achevé de le convaincre que de nouvelles négociations n'amèneraient jamais qu'une réconciliation boiteuse, dans laquelle il risquait fort d'être sacrifié; ce qu'il dit lui-même « de la puissance des favoris dont il y avait beaucoup à craindre ' », en faisant allusion à l'entourage de la reine mère, laisse en effet supposer que son influence auprès d'elle avait considérablement diminué depuis son départ pour l'exil ; deux lettres de lui et de son frère, placées par Avenel vers le milieu d'avril 1619 ^, semblent bien le confirmer. Son intérêt immédiat était donc de se ranger au parti de ceux qui ne voyaient de salut pour la reine que dans les armes etl}' poussaient, mais il ne pouvait le faire qu'en paraissant y céder comme obligé et contraint ^.

Ce parti des résolutions violentes qu'il avait à réfréner faisait d'autant plus sa force que, grâce à lui, il avait barre sur Luynes; celui-ci, qui le sentait, restait bien toujours le maître, tant qu'il se contentait d'opposer à son ennemi la force d'inertie, mais cette attitude passive, malgré la supériorité apparente qu'il en tirait, était en réalité un indice de sa terreur à croiser le fer avec son adversaire, autrement que sur le terrain diplomatique. Un factum curieux ^, paru l'année précédente, prémunissait le favori contre le danger d'une solution par les armes; elle lui montrait qu'il avait tout à perdre et rien à gagner dans une lutte aussi impie entre mère et fils, et lui rappelait ironiquement l'explosion de joie des mécontents de la cour, avides de troubles, à la nouvelle de l'évasion de la reine mère du château de Blois, événement qui faisait présager d'un appel à la force.

Richelieu devait donc porter le premier coup, comme il l'avait déjà fait avec cette Restauration de VEstat qui lui avait valu l'exil à Avignon ; mais cette fois, il attendait son heure, avec une patience bien mûrie.

L'occasion avait d'abord semblé propice à l'apogée des excès de

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