‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 139 sur 352 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

DU CARDINAL DE RICHELIEU l95

Elle se plaignait, en effet, clans une lettre ouverte intitulée Vérilez chrt'stiennes au roy très-chrestieriy sortie en apparence de la plume de son aumônier, Mathieu de Morgues, mais écrite en réalité par Richelieu et sur sa seule initiative, comme on le verra plus loin.

Le moment était loin où Richelieu présentait au roi avec la Restauration de r Estât une justification timide de sa propre politique en s'abritant derrière la reine mère qu'il sacrifiait ; sous ce rap port, la comparaison de cet ouvrage avec les Veritez très-chrestieiines est singulièrement instructive ; elle montre, parce changement de tactique, combien l'exil d'Avignon a mûri son esprit et aiguisé sa diplomatie. Maintenant, il n'est plus question de lui ; il se garde bien de retomber dans sa première faute en mettant en avant sa personnalité, et en essayant de se disculper de ses relations avec le maréchal d'Ancre ; il n'évoque plus le passé, et il ne réveille que par de très vagues réminiscences le souvenir de la Régence et de l'ancien favori. C'est la reine mère seule qu'il met en avant délibérément, en développant ouvertement et sans ambages la thèse de la nécessité de son rappel auprès du roi. Le ton a changé, et en même temps qu'il élève le niveau de la question, ses arguments présentés dans une manière incisive sont d'ordre supérieur ; il invoque la dignité de la Couronne, son prestige compromis devant l'étranger par cette situation ambiguë de la mère et du fils, la force des liens du sang, les obligations naturelles qui justifient les plaintes de la reine contre ceux qui lui ont ravi l'éducation de ses enfants et qui compromettent les intérêts dynastiques par leurs violences et leurs rapines « en abusant de l'oreille du roi ». Les allusions discrètes à l'ambition et au danger des favoris sont maintenant remplacées par un véritable réquisitoire contre Luynes ; il le montre au roi, comme se dressant toujours entre lui et sa mère, celle-ci ne voulant pas tromper et voulant se garder d'être trompée plus longtemps, « toutes les bonnes paroles et les « belles lettres étant toujours suivies d'actions contraires » ; il fait ressortir la modération de la reine, dont la vertu s'emploie à tempérer l'ardeur de ses partisans indignés ^ ; en résumé, il portait à Luynes un véritable défi, en continuant à s'adresser au roi ; la reine mère n'avait-elle pas « sujet de se défier de ceux qui avaient

Page 1