‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 141 sur 352 · Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. II, p

DU CAIlDiAA!, DR RICHELIEU 197

qu'en ait dit Mathieu de Morgues déclarant plus tard qu'il l'avait écrit « sur son ordre », et « que M. le Cardinal approuva grandement cet escrit ^ ». Cette affirmation renferme une part de vérité, mais elle prouve surtout que Richelieu instruit par l'expérience, et par les suites de sa Reslaiiration de lEsUv , bien qu'anonyme, a voulu dégager par avance sa responsabilité en faisant ce nouveau geste, et qu'il a pris ses précautions pour qu'elle fût rejetée éventuellement sur un autre ; nous avons déjà vu quelque chose d'analogue avec la Briefve et facile instriiclionpoiir les confesseurs endossée pn\" Flavigny ; mais ici le procédé est on ne peut mieux caractérisé, et il vaut d'être signalé, car l'on en verra plus loin d'autres exemples. De Morgues n'a été que son instrument docile, tout dé signé pour cette tâche par sa vanité aveugle et son dévouement exubérant et irréfléchi pour sa maîtresse ; sa déclaration contraste du reste singulièrement avec le soin que Riclielieu a pris d'autre part dans ses Mémoires, d'en laisser toute l'initiative à la reine mère ; nous avons exposé plus haut les raisons qui lui com mandaient une réserve excessive et lui interdisaient toute manifestation aj'ant un caractère personnel ; dans cet ordre d'idées, le soin avec lequel la moindre allusion le concernant a été évitée dans ce factum suffit à prouver, en dehors de tout autre argument, la part qu'il y a eue.

Ce n'est pas à dire pour cela que celle de Mathieu de Morgues ait été nulle ; son aveu est même d'une sincérité naïve, car si, d'après lui, il mettait en relief la confiance que Richelieu lui témoignait, il montrait par là d'autre part aussi qu'il avait bien été

1. « Vous dites, qu'il est un faiseur de libelles diffamatoires : vous devriez en « coller quelqu'un. Monsieur le Cardinal en sçauroit bien des laouvelles, ayant « esté le seul homme qui a employé la plume de Sainct Germain ; qui n'a ja- « mais rien escrit touchant les affaires publiques, que deux pièces. Tune par « ''ordre du Cardinal, et l'autre par son instante prière. La première sur les « Vei'itez Chrestiennes, l'an 1620 pour soustenir que la Reyne avait sujet de se « ;.laiiidre de ceux qui lui avoient ravy l'éducation de ses Enfans, à laquelle « Dieu l'obligeoit de veiller et de quoy personne ne pouvoit la dispenser, sans « faire paroistre le péché qui lui donnoit l'exclusion. Monsieur le Cardinal ap- « prouva grandement cet Escrit qui fut le Manifeste d'Angers. Peut-estre qu'il « appelle maintenant libelle diffamatoire, ce, qu'il a pris en autre saison pour « un ouvrage remply de raisons divines et humaines, et qui a servy à son des- « rein ; mais sa puissance lui donne de si bons préservatifs qu'il ne craintpoint « de condamner toutes ses vieilles actions pour déguiser les nouvelles. »

[Reparties sur la Response à la très-humble, très -véritable, et très importante remonstrance au Roy, 1632, p. 18 et 19.)

réellement la dupe de celui-ci, en acceptant d'être tenu pour l'auteur d'un factum où il y avait si peu de lui. Il y avait pourtant quelque chose ; si de Morgues l'a écrit sous l'inspiration, l'on pourrait plutôt dire sous la dictée de Richelieu, celui-ci avait trop d'intérêt à le persuader qu'il n'en était rien, pour ne pas l'avoir laissé y mettre du sien. Aussi .n'y a-t-il rien d'étonnant qu'on y constate parendroits la trace de la plume de l'aumônier de la reine mère ; l'une d'elles, et la plus typique, est certainement la comparaison tirée du zèle d'Abisaï pour David contre Semeï^,une figure historique affectionnée de l'écrivain ^, que l'on retrouve également, par une coïncidence remarquable, aux premières lignes de VAdvis d'iin théologien sans passion écrit plus tard par lui exactement dans les mêmes conditions que les Veritez chrestiennes ^. Il serait peut-être possible, assurément, de trouver d'autres notes personnelles de Morgues dans cette dernière œuvre, mais quel que soit leur nombre, leur valeur disparaît devant la tenue de l'ensemble ; or, celui-là porte tout entier la griffe de Richelieu seul ; allure, fond et style, tout y est de lui ; rien dans l'œuvre antérieure de Morgues ne permet de lui attribuer ce développement régulier et méthodique des 3 points de cette thèse d'école présentée sous la forme voulue d'un sermon, avec une rigueur de dialectique qui rappelle celle des Principaux points de la foy ; ici, nous devons anticiper, car l'œuvre capitale de Mathieu de Morgues n'apparaîtra à son rang chronologique qu'à la fin de cet ouvrage ; l'aumônier de la reine mère est incapable d'une œuvre suivie comme celle-ci avec un enchaînement aussi solide, et « d'un style aussi serré » qui la fait presque échapper à l'analyse. Le sien est prétentieux, embarrassé, à moins qu'il n'improvise, comme dans l'AvrippoTrov, auquel cas sa phrase cette fois désordonnée mais naturelle est hachée, comme des éclats de voix fougueux, le tour brusque et inégal, dans une

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