‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 142 sur 352 · Veritez chrestiennes. ..^ p · texte numérisé non relu

Veritez chrestiennes. ..^ p

2. Mathieu de Morgues, /îoyo/e Pyramide dressée à l'henreuse mémoire de feue la Serenissime Royne Marguerite, Duchesse de Valois..., Paris, 1615, p. 24. Frais et bons advis de Francis Fidèle, 1631, p. 5. (Div. pièces pour la défense de la Reyne-mère..., Anvers, 1643.1

3. Quelques années plus tard, dans un pamphlet contre le Cardinal, de Morgues relevait une erreur commise par son adversaire, Hay du Chastelet, dans l'emploi de cette comparaison. Jugement sur la Préface, 1631. (Div. pièces pour la défense de la Reyne mère..., Anvers, 1643, p. 47.)

sorte de griserie de sa parole, avec des saillies pittoresques, souvent brutales, d'un goût parfois douteux, des termes triviaux, des « mots bas», une suite de ses prédications populaires probablement, qu'un adversaire lui reprochera plus tard * ; il a pu dans la circonstance veiller sur les écarts de sa plume, de même que Richelieu a pu les maîtriser, et élaguer, mais c'est là une hj^pothèse absolument contredite par la tenue de l'ouvrage ; seule, la diplomatie géniale de Richelieu a pu apporter cette modération continue dans l'âpreté rigoureuse qui y court d'un bout à l'autre, de môme que développer sa thèse avec assez de force pour n'avoir pas besoin d'articuler les conclusions qui s'imposent d'elles-mêmes, une tactique fréquente chez lui, lorsqu'il se contente d'énumérer sans déduction tous les éléments d'une question à résoudre.

Les Véritez chrestiennes sont en réalité un chef-d'œuvre, comme pamphlet, dans leur forme perfide de sermon défendant les intérêts de la reine mère au nom des principes religieux et des sentiments naturels les plus respectables, et faisant ressortir sur ce terrain, comme au point de vue politique, tout l'odieux de la conduite du favori ; aussi comprend-on que de Morgues désigné quasi-officiellement comme son auteur, et acceptant ce rôle, ^ ait tenu plus tard à s'en attribuer tout le mérite et à en revendiquer la paternité : son aveu de la part qui y revenait à Richelieu, n'avait d'autre but que de lui en laisser toute la responsabilité et de montrer que lui seul dirigeait, à ce moment, la politique de îa reine.

Il est même permis de généraliser sur ce point, et avec toute vraisemblance ; de par son caractère et sa situation auprès de la reine, de Morgues a dû être pendant cette période un auxiliaire

1. « Et je te prie, que lit-on presque autre chose dans tes escrils que sabots, « que souliers, que chausses, que sijringues, que clystères, que pots, que pintes, « que verres, qxi'escuelles, que marmites, qu.ulcères, que playes, que courts des « miracles, que petites maisons, que cabarets, que filouxt qn escornifleurs, que « charlatans, qu huissiers de la Samaritaine, que fils de putain, que crocheteurs « et que chaircutiers ? 'Premièreleltre de change de Sabin à Nicocleon, 1631, dans le Recueil de div. pièces pour servira l'histoire, 1635, p. 749.)

2. Lettre d'un vieux conseiller d' Estât à la Reyne-mère du Roy très chrestien. ^Pièces curieuses en suite de celles du S' de Saint-Germain, Anvers, 1644, t. II, roi. IV, p. 130.)'

2l0 AUTOUR DE LA PI.UMi;

précieux pour Richelieu qui a su jouer de son enthousiasme irréfléchi pour lui souffler des résolutions que l'autre faisait naïvement siennes en s'en attribuant le mérite ; la composition et la publication des Véritez n'est qu'un incident de cet ordre dans la suite de leurs rapports, mais qui est bien typique. Du reste, l'animosité de Luj'^nes contre l'aumônier de la reine est significative; ce factum lui valait d'être exclu seul de l'amnistie générale accordée aux domestiques de la reine dans le traité de 1620 postérieur à l'affaire du Pont-de-Gé ^ ; Richelieu le défendait énergiquement contre le favori, et cette sollicitude prouve assez les services que l'aumônier avait dû lui rendre, surtout inconsciemment ; l'endossement des Veritez était-il peut-être un de ceux-là, car leur modération apparente était autrement dangereuse pour le favori que la virulence passionnée et injurieuse du Conladin provençal, dont l'auteur présumé Ghanteloube n'était pas inquiété, peut-être à cause de son inimitié avec Richelieu ^

La tentative de Richelieu auprès du roi à la suite de l'affaire du duc du Maine avait échoué, et l'insuccès de la mission du duc de Montbazon avait clos l'incident et remis tout en état.

Il s'en présentait un autre à la suite de l'ambassade de du Perron et du président Jeannin, avec le soulèvement des Princes et leur ralliement à la cause de Marie de Médicis qui introduisaient auprès d'elle un facteur nouveau en faveur de la guerre ; Richelieu pliait devant lui, mais en laissant à la reine toute la responsabilité d'une rupture, et il manœuvrait pour qu'elle apparût comme acculée à cette nécessité après avoir épuisé tous les mo3'ens d'arriver à une solution pacifique.

Voilà les deux idées maîtresses qui l'ont inspiré dans la rédaction de cette partie de ses Mémoires qui est certainement de sa main tout entière ; il s'y montre dans un rôle trop effacé, étant donné son caractère, pour qu'il n'y ait point là un parti pris de se retrancher derrière la volonté de la reine mère qui venait de s'affirmer au roi et au public dans les Véritez chrcslieiuies. Il

1. E. Pavie, La guerre entre Louis XIII et Marie de Médicis, Angers, 1899, p. 578.

Page 1