Mémoires, t. II, p. 79 et
2. Harangue à la royne-mère du roy contre les filainles de Messieurs les Princes, faicte à Sa Majesté, sur les affaires de ce temps. Prononcée en présence de toute sa cour par Messirc A, I. D. P. D R. Evpsque de Luçon, au Cliasteau d'Angers, le 3 juillet 1620, à Paris, chez Isaac Mesnier, rue S. Jacques. 1620. Avec permission .
DU CAUDliNAL DE aiCIlJ.LI Et
« L'assurance de bon lieu » faite par Riclielieu du caractère conciliateur de la mission de Sardini n'était-elle pas précisément cet opuscule rarissime à l'encre à peine sèche? Que cette harangue ait été ou non prononcée par Richelieu devant la reine assistée de toute sa cour, la plaquette présente des particularités caractéristiques. La production en a été des plus hâtives, comme le prouvent les nombreuses incorrections d'orthographe, et les défauts décomposition^ : le travail d'impression, lui aussi, sent la fièvre de l'urgence; le papier mal collé ou trop humecté a été tiré au verso avant qu'un étendage suffisant n'ait séché l'encre du recto 2; quant au texte, les fautes y pullulent et surtout d'une façon typique dans la ponctuation .. il y a là une anomalie d'autant plus remarquable qu'on sait tout le soin apporté par Richelieu à la reproduction matérielle de son œuvre, et il est hors de doute que celleci n'est pas apocryphe avec la double signature du titre et de la fin de la Harangue...
Cette pièce a bien été imprimée à Paris pour le roi seul ^, afin de l'éclairer sur les sentiments de Richelieu et contrebalancer l'effet de la mission de Sardini; elle n'était pas moins destinée à passer sous les yeux de Luynes car, de même que le mot de guerre y a été soigneusement évité, il n'y est pas fait la moindre allusion au favori.
Sa date achève de préciser son objet : ainsi que le dit Richelieu, la mission de Sardini était le résultat de la venue des Princes à Angers, visite à laquelle Richelieu s'était opposé et qui avait provoqué la levée d'armes de Luynes ; de plus, par une coïncidence remarquable, cette même date était aussi celle de la lettre
l.Ala page 5 notamment, toutes les lignes sont brisées ainsi que les trois dernières de la page 4 ; la numération de la page 6 est marquée 4 par erreur, avec un caractère italique différent du reste de la pagination, une partie seulement des majuscules du texte est en italique (p 4 : Paix ; p. 7 : Madame ; p. 9 : Monarque].
2. Les pages 4 et 5, entre autres, ont déteint, pour ce motif, l'une sur l'autre
3. Le libraire dont le nom figure au litre de la Harangue, ce même Isaao Mesnier, publiait cette même année, en 1620, avec privilège daté du 21mai's, le Manifeste pour le public au Roy pour le bien de son Royaume et soulagement du peuple, un factum banal, sans valeur, sans couleur politique, certainement autorisépar le gouvernement, et destiné peut-être par son titre à donner le change aux curieux , le choix de ce libraire n'élait-il pas intentionnel, comme ua moyen détourné de faire parvenir la Harangue au roi ?
que le nonce Bentivoglio remettait pour la reine, le jour même de son départ, ^ à Du Perron, archevêque de Sens, président de la députation envoyée vers elle par le roi; cette lettre en faveur de la paix.était justifiée parles craintes du nonce devant la menace des Princes de solidariser la reine avec tout le protestantisme méridional -; Richelieu était certainement au courant de l'incident par le P. Joseph, qui lui servait d'intermédiaire auprès du nonce et lui transmettait de sa part les encouragements de la Curie 3. Si l'on rapproche de ce détail la part excessivement large faite aux intérêts ecclésiastiques dans la lettre apportée par Sardini et la communauté des vues de la missive du nonce et de la harangue imprimée, on voit, en passant, l'intérêt que présenterait l'étude approfondie de ce point pour l'histoire du chapeau de Richelieu.
Cette digression nous amène indirectement à examiner l'authenticité de loeuvre. D'après Avenel, * elle n'a pu être imprimée qu'avec l'assentiment de Richelieu, mais elle ne reproduit pas son discours qui aurait été arrangé avec cette tournure solennelle que n'avaient pas ses conseils à la reine. M. Hanotaux est aussi sceptique : « le 8 juillet, dit-il, Richelieu prononça devant la Reine « un discours qui serait le plus sage des avertissements, si l'on « pouvait se fier à une rédaction qui n'a été imprimée qu'après les « événements : « Madame, lui aurait-il dit... ^ ». Nous irons plus loin dans le même sens ; la rédaction dont Avenel a fait remarquer le ton guindé est-elle vraiment de Richelieu ? Rien ne l'y rappelle, même si on le rapproche des passages les plus ampoulés de la partie de sa paranétique qui nous a été conservée; les comparaisons sont prétentieuses, la forme alambiquée; l'on y sent bien un orateur d'Eglise, convaincu, mais sans le moindre de ces accents puissants qui révèlent comme une étincelle la personnalité de Richelieu. Il n'est qu'un homme, dans cette hypothèse que nous présentons avec toute réserve, auquel il serait permis de l'attribuer : c'est le P. Joseph, avisé lui aussi du voyage de Sardini et faisant impri-