‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 150 sur 352 · G. Fagniez, op. cit., 1. 1, p. 83 et · texte numérisé non relu

G. Fagniez, op. cit., 1. 1, p. 83 et

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suivant l'expression de M. Pavie qui le lui attribue formellement ' ; si l'on y constate, d'après cet historien, quelque exagération du souci de se faire pardonner par ses adversaires la suppression de leur manifeste, il faut reconnaître, par contre, contrairement à ses autres conclusions, que l'on y retrouve, sinon l'autorité, au moins une bonne partie des idées du Testament politique. En tout cas, et d'abord, Richelieu n'y oubliait aucun des principes qu'il avait développés aux Etats de 1614, et il le signait, en quelque sorte, à la fois comme écrivain par la similitude de l'exorde, et comme prélat par l'importance qu'il y donnait aux intérêts religieux, et à la représentation du Clergé par priorité dans les quatre Conseils dont il proposait l'établissement au roi; la préoccupation de la réforme ecclésiastique y occupe même une telle place, que si on la rapproche d'une remarque du même ordre que nous avons faite plus haut, elle jette une lueur singulière sur ses ambitions déjà tendues vers le chapeau; nous n'insisterons pas davantage sur ce point intéressant que nous nous contentons de signaler simplement ici.

Examiné dans son ensemble, ce manifeste est un projet complet et remarquable de constitution politique établi avec une unité de vues qui décèle l'œuvre d'un seul homme ; il est la résultante de considérations longuement mûries ; et cette remarque s'ajoute à celle que nous avons faite plus haut sur l'invraisemblance de sa composition rapide, à la suite d'une circonstance imprévue, comme il résulterait de ce dire de Richelieu que « deux lettres se dressent par le commandement de la reine » sur sa résolution subite « d'écrire au roi, pour « arrêter les progrès des armes de ses ennemis ou pour faire « voir à tout le monde la justice des siennes, » Là encore, Richelieu a été un profond railleur en parlant d'un « simple avis » ; ces quelques pages ou l'homme d'Etat a condensé les fruits de ses méditations, se relient intimement à ses longues heures de cellule d'Avignon qui lui ont laissé du temps et pour la religion et pour la politique; nous l'avons saisi arrivant dans la première jusqu'au bord du cloître dans un accès de mysticisme anormal

1. E. Pavie, op- cit., p 322. Une forte présomption d'ordre matériel résulte du fait de l'existence d'une copie de ce manifeste dans l'Extrait dis papiers trouvés au cabinet du S"" Langlois, frère de Fancan, et homme d'affaires de Richelieu. (Bib. Nat. Fonds fr. Ms, 6651, f" 99, verso.)

pour un esprit positif comme le sien ; quoi de plus logique aussi que de surprendre, dans ce loisir forcé de l'exil, son esprit d'homme d'Etat cristallisant ses réflexions autour de ses principes, dans la forme concrète qui est son idéal. Ceci n'est pas seulement unehj'pothèse ; dans son Mémoire à M. le Comte ^, qu'Avenel place en Mars 1619, et dont il se faisait précéder auprès delà reine mère à son départ d'Avignon, l'on voit sa hâte fébrile à travailler à nouveau pourla chose publique, comme sortant mieux trempé de sa retraite et apportant dans ce but des éléments nouveaux : « Chercher tous bons moyens pour approcher le roi et « aider à ses bonnes intentions pour accroistre la dignité de son « règne... Promptement veoir le roy et par le mécontentement du (( gouvernement s'y faire place... » Voilà qui relie le Manifeste d'Angers au Testament politique ; les deux œuvres certes ne sont pas comparables, car celle-ci est l'aboutissement didactique de toute la vie de Richelieu, par l'autorité et la sagesse de l'expérience, avec les convictions raisonnées, les désillusions et les amertumes de la pratique ; mais la première en renferme sinon tous les germes, au moins quelques-uns, et l'examen de certains détails du Manifeste cV Angers est à ce point de vue d'un haut intérêt.

Nous ne pouvons ici qu'effleurer cette question dont l'étude amènerait à un travail considérable sur la genèse des idées de Richelieu, mais il suffira de signaler l'identité de le plupart des vues du Manifeste avec la façon dont elles sont exposées dans les Mémoires et dans le Testament politique.

Le manifeste propose d'établir auprès du roi quatre conseils pour leur rapporter toutes les affaires de l'Etat ; c'est précisément le même nombre de conseillers d'Etat que Richelieu recommande au roi dans le Testament politique 2, après avoir émis la même idée devant lui en 1624, lorsqu'il prenait possession du pouvoir^ : pour le choix des Prélats appelés au conseil ecclésiastique,

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