E. Pavie, op. cit., p
DU CARDINAL DE RICIÎF.i! EU 213
reine mère, entre son champion, Mathieu de Morgues, et Richelieu ; ce silence s'explique difficilement de la part du premier, car si la Harangue était à la rigueur une preuve de l'attitude conciliatrice de Richelieu dans cette affaire, on pouvait aussi l'interpréter comme une manœuvre de lui pour mettre à couvert sa responsabilité personnelle, et dans la fougue de la polémique, de Morgues n'était pas homme, avec son caractère violent, à s'embarrasser des difficultés d'une interprétation ; il faudrait donc qu'il l'eût ignorée, ce qui est peu vraisemblable, ou qu'il eût tenu la plume pour Richelieu, ce qui l'est davantage. Quant à ce dernier, qui avait au contraire tout intérêt à l'invoquer plus tard, et à s'en faire un mérite auprès du roi, il est plus difficile de rechercher les causes qui l'ont porté à faire la nuit sur son œuvre. Plus haut, nous avons parlé du sentiment d'amour-propre du diplomate joué ; faut-il y joindre celui de l'écrivain pour une œuvre regardée comme inférieure et où il n'y avait de lui que son nom ? La crainte de se voir accusé de duplicité ou de trahison au milieu de ces négociations qui étaient le prélude certain d'une rupture ? Nous ne pouvons que poser des questions au sujet de cette pièce mystérieuse ; quoiqu'il en soit, et si on peut l'appeler un document public de polémique, c'est la dernière sur laquelle Richelieu met son nom ; dorénavant, si sa plume le découvre, ce sera malgré lui.