‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 159 sur 352 · Gc\ey,op. cit.. p · texte numérisé non relu

Gc\ey,op. cit.. p

3. G. Fagniez, L'opinion publique au temps Je Richelieu, p. 465 et 466 Nous penchons pour l'p.ltribution de cet ouvrage à Fancan, malgré les remarques peu justifiées de Gelej' sur son infériorité par rapport ;ui Discours politique et à La France riiournni'e : l'indépendance d'alliues invoqué par ic niciue auteur conire cette attribution représente 2)lutôt un aigunient en su faveur. Quant à la fiction piquante qui lui sert de cadre, et dont l'auteur aurait pu tirer meilh.ur i)arli. d'après M. Fagniez, on la relrouvn presque identique comme fond d'un épisode de La France mourante qui est l'œuvre incon (^^lable de Fancan, (Recueil dj Luynes, 1628, p. 524.) Ajoutons que son titre a pu être emprunté par Tau leur à un roman mystique singulier, en prose et vers, paru en 1617 : Les Révélations de l'hermite solitaire sur l'estat de la France, par Jean Chcnel, sieur de la Chappronaj'e.

w à la reine-mère afin qu'elle serve de trophée à la grandeur de « Luj'nes i, » Il y a loin de là à la thèse de Geley d'après laquelle Fancan aurait reçu mandat de l'évèque de Luçon d'engager une polémique à outrance contre Luynes ; l'historien lui-même n'a pu s'empêcher de constater combien l'indépendance d'allures du pamphlétaire vis-à-vis de son mandataire était étrange 2; il se demande, il est vrai, si ce trait contre son maître n'était pas une feinte destinée à déjouer les soupçons. Nous ne suivrons pas Geley dans une argumentation aussi pauvrement raffinée et trop fantaisiste. La vérité est tout autre; à ne considérer que les faits, et sans chercher des causes mystérieuses, l'on voit d'abord Fancan i gnorer jusque-là Richelieu en tant que personnalité politique supérieure ; il se contente simplement, au début, de l'aidera opposer la reine mère au roi avec ces conseils machiavéliques qui ont dû faire rire sous cape le jeune évêque. Dans sa réserve voulue et s on effacement joué, celui-ci ne lui est pas encore apparu comme l'homme capable de faire lui-même triompher ses idées, mais il a déjà exercé sur lui son influence et marqué son emprise. Fancan va y céder lentement, à son insu, mais sûrement et d'autant plus qu'il croitdominer Richelieu dont il ignoreles intentions et la longue patience ; il apportera dans son œuvre les illusions d'une initiative d'autant plus efficace que l'homme qu'il prend pour son protégé en respectera tous les écarts ; en poussant petit à petit vers le pouvoir le conseiller de la reine mère, il ne fait du reste que poursuivre une tactique en harmonie avec son tempérament agressif et réfractaire aux accommodements, avec son humeur inquiète et son caractère absolu et passionné; il sert Richelieu contre de Luynes comme il a servi de Luynes contre le maréchal d'Ancre, comme il menacera Richelieu lui-même plus plus tard...

Le processus de l'effort de Fancan en faveur de Richelieu se constate dans son œuvre ; on peut y suivre la progression de son enthousiasme qui n'est elle-même qu'un reflet de l'action de ce dernier. La chronique des favoris, placée par Geley aux premiers

1. La mcdiialion de Vhernute Valérien, Recueil de Luynes, 1628, p. 341. 2 Geley, op. cit., p. 100.

jours de février 1622 ^ montre que la mort de Luynes, légèrement antérieure 2, avait modifié quelque peu la nature des rapports de Fancan, son auteur incontesté, et de Richelieu; jusque-là le pamphlétaire lui a seulement reproché sa faiblesse: maintenant il le trouve trop contemporisateur à son gré et l'excite en lui rappelant qu'il « a été frustré du Cardinalat» par le favori disparu 3; mais Richelieu se tient toujours sur la réserve; c'est seulement après avoir reçu le chapeau * et alors qu'il n'a plus à craindre les effets d'une compromission avec Fancan qu'il change d'attitude vis-à-vis de lui, pas au point toutefois de se jeter entre ses bras et de se confier à lui ; sans se livrer davantage, il cause maintenant volontiers avec lui; ne faut-il point s'affirmer à ses 3^eux comme l'homme seul capable de faire triom* pher ses idées et qu'il faut pousser dans ce but ? Il serait intéressant de connaître exactement à quelle époque Richelieu prenait dans sa maison comme intendant son frère Vincent Langlois, un moyen de tenir le pamphlétaire à sa portée et de l'avoir sous la main ; il l'utilisait, en tout cas, avant 1620 comme secrétaire, ainsi que le prouvent quelques pièces de V Inventaire que nous avons déjà cité à propos du Manifeste d'Angers ; et c'est probablement à la même époque qu'il le « liait d'intelligence et d'amitié pour son service » avec Mathieu de Morgues, à en croire ce dernier ^, peutêtre uniquement dans le but de pouvoir éviter, par un intermédiaire, des relations directes trop compromettantes avec Fancan o.

1. M. Delavaud, op. cit., p. 92-101, a étudié longuement la question de lat- Iribution à Richelieu d'un ouvrage de la môiue époque, l'Histoire de Don Juan, deuxième roi de Castille, recueillie de divers auteurs, par le sieur de Cbaintreau, Paris, 1622 Comme il le fait très justement observer, les témoignages pour l'aflirmalive sont bien vagues, et la soi-disant lettre de Diego de Valera où l'on peut voir un réquisitoire contre Luynes, p. 40-69, édit. de lôiO, est d'un style alambiqué et relâché qui n'a rien de commun avec celui de Richelieu.

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