‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 164 sur 352 · Mercure français, t. X, p · texte numérisé non relu

Mercure français, t. X, p

2. Ces pamphlets qui renlitnt dans la littérature populaire n'ont aucune pré lention politique : La Voix du Ciel quelque peu licencieuse, prélude par une fiction qui rappelle Les MnUlaiions de Vheiuiile Valérien ; elle est due sans doute à un libertin car l'auteur y fait défiler, enli-e les scandales du galant Bassompiere et de M^*" des Essars la figure du Père Garasse et son livre contre Théophile ; elle reparaissait sous un autre titre : Le jugement des Dieux porté contre la Vieuville révélé à un marchand Iwllandais^ 1624,

3. Response à la voix publique envoyée de la Cour^ 1624, p. 12.

4. « Le second qu'il piquotte sourdement et comme en passant est le Cardi- « nal de Richelieu lequel a emporté le bel éloge par dessus tous les prélats de a France qu'il est le plus accomply et le plus docle qui ait porté le chapeau de

« Cardinal, depuis un siècle entier. Aussi la Sorbonne l'a choisi pour son pro -

La défense de Vieuville arrivait en dernier lieu comme un horsd'œuvre sans importance, et elle était traitée brièvement et avec une mollesse presque indifférente qui contrastait avec l'exagération factice de la vigueur déployée contre Fancan à propos de Richelieu. La diatribe virulente contre les financiers qui suivait immédiatement avec une ironie qui n'était que trop claire, était bien là, du reste, pour empêcher toute équivoque ; en réalité, ce singulier pamphlet n'était pas plus en faveur de la Vieuville que dirigé contre Fancan ; il n'était qu'un prétexte pour dégager Richelieu de toute suspicion de connivence ou même de simples rapports avec ce dernier ; il y arrivait à la fois en présentant Richelieu comme l'une des victimes de sa malignité injurieuse, ce qui permettait de le classer hors de pair, et en mettant en relief et exagérant avec complaisance les traits que lui avait décochés le pamphlétaire au sujet de sa sympathie pour la faction espagnole.

Il est hors de doute que cefactum a été inspiré par Richelieu, et même qu'il lui doit tous ses éléments ; il a été en tout cas élaboré non seulement avec soin, mais mais avec les précautions nécessaires pour dissimuler au public sa véritable portée et lui donner les apparences d'une diatribe écrite sans calcul. Plus haut, nous avons déjà constaté le maquillage par Richelieu lui-même d'une de ses propres œuvres ; on en voit ici un second exemple,

i< tecteur et son appuy comme le plus éloquent en discours, le plus profond en « science, le plus doux en conversation et le plus parfait eu toute sa vie qu'il « soit jamais veu : de luy objecter qu'il s'arrête aux intérêts d Espagne^ cela est • si hors de toute apparence que c'est un crime impie que de vouloir douter de « l<i fidélité de ce prélat envers son Prince ; je ferois un livre entier de 1 obli- « gation que nous luy avons tous, des sages conseils et des bons avis que la « France a reçue de luy ; c'est un autre Nestor dont la sage prudence et l'ex- » périence née devant l'aage ont apporté à cet Estât un advancenienl qu'il est « plutôt permis d'admirer que de louer et de îu}'^ seul on peut dire véritablement « ce que le poète a dit autrefois d'Ascaïus, ante annos animiim gessil curamque i< uirilem ; car dès le plus tendre de ses ans il a donné de véritables marques « des vertus et de la prudence avec laquelle il gouverne maintenant une partie •-> de la Fraïice et diray avec vérité que si le Ciel voulait former un homme plus •' parfaict il semble que l'iafluence de tous ses astres n'y pourroit arriver ; « cai- il possède seul toutes les perf. clioiis qui sont infuses dans tous les autres « et déjà je conclus que notre calomniateur est un aveugle de douter de sa fidé- « lité et de croire qu'il voulust tremper dans les factions Espagnoles ; car cela « est autant esloigné de vraye semblance comme celuy qui a bast3- ce libelle in- « juiiiux est hors déraison. » Response à la Voix publique envoyée à la Cour, 1G24. p. 15 et 16.

Ce livret pèche par l'unité de forme, comme on le constate par une lecture attentive ; on y sent par intervalles une trivialité et une exagération de violence et de grossièreté dans les termes qui jurent dans la tenue générale ; à côté de ceux-ci, se trouve la note véritable due à une connaissance psj^chologique profonde de Fancan. Sous ce rapport, ce livret, à l'allure désordonnée en apparence, est un véritable réquisitoire, et si on le compare à l'accusation que Richelieu dressera trois ans plus tard contre Fancan dans ses Mémoires^ l'on est frappé de leur similitude ; le dangereux pamphlétaire, «■ cet auteur chimérique qui n'a « d'autre but que le désordre et le cahos » ^, n'est-il pas déjà condamné dans l'esprit du nouveau ministre d'Etat ?

Après ces considérations qui solutionnent le problème, il est superflu d'examiner l'opinion d'après laquelle la Response aurait été, avec la Voix publique, une comédie en deux actes concertée entre Richelieu et Fancan ^ ; loin de là, ce factum a même dû probablement marquer une ère nouvelle dans la nature de leurs rapports ; non point que le premier ait cessé d'utiliser à son profit la plume ou le génie d'intrigue de l'autre lorsque l'occasion s'en présentait, mais ce livret qui précisait leur situation respective a certainement reculé cette familiarité quelque peu audacieuse que l'on sent jusque-là dans l'œuvre du pamphlétaire.

Quand à l'attribution, s'il est indéniable que Fancan n'y a eu aucune part, et seule la façon dont les PP. Jésuites Seguiran et Arnouxy sont défendus ^ suffit a priori k écarter cette hypothèse, il ne semble pas que Richelieu en ait eu d'autre que celle que nous avons signalée plus haut, c'est-à-dire d'inspirateur ou même de correcteur, suivant son habitude, intéressé comme il l'était dans cette manœuvre.

En revanche, le Remerciement de la Voix publique au R:>y, la dernière pièce de cette pseudo-polémique est de Richelieu et de lui seul. Tout y dénonce sa main, et le fonds et la forme; elle n'est qu'un résumé du long réquisitoire que Richelieu a laissé dans ses

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