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DU CAHDINAL DE UICHELIEU 237
dans une bonhommie grave qui sauvegarde la dignité royale. Dans saRemonstrance cm Roy qualifiée c d'injurieuse », Fancan s'écriait après avoir énuméré tous les biens et faveurs prodigués aux favoris : « L'on demande des raisons d'une si prodigieuse fortune ; « que peut-on dire autre chose sinon qu'ils en sont eux-mêmes « les artisans, et non pas vous, Sire, qui vous déchargez sur eux « de toutes les affaires du Royaume pour suivre le plaisir de la « Chasse, sans prendre garde que tandis que vous chassez on « vous chasse et tandis que vous volez, on vous vole... ^ »
Richelieu pensait tout autant de ces mesquines et absorbantes occupations royales qui étaient de notoriété publique, car, à l'époque où ces objurgations étaient livrées au public, il notait, pour la postérité, dans ses Mémoires : « Les affaires étaient en tel (( désordre que les affaires dépendaient du père et du fils; le roi « s'adonnait à la chasse, sembloit faire beaucoup quand il s'exemp- « toit des corvées du conseil... 2. Mais avec quelle discrétion respectueuse et quasi paternelle, le Remerciement faisait au roi les mêmes remonstrances que la Voix publique : « Au surplus, Sire, « la France vous conjure de continuer et embrasser le soing des « affaires de vostre royaume, afin qu'il ne s'y passe plus rien à « son inceu. Donnez quelques jours de la semaine à vos plaisirs « et quelques autres dans vos conseils... ^ » On voit que Richelieu laisse bien derrière lui les petits moyens de Fancan ; si l'on appelle ironie sa manière raffinée dans la mesure, il faut convenir que la verve caustique du pamphlétaire est jeu d'enfant à côté d'elle, car il la manie en traitant les sujets les plus épineux, sans un seul mot pouvant prêter à une interprétation malveillante. C'est ainsi que Richelieu trouvait le moyen de présenter la mesure énergique de Louis XIII contre La Vieuville de façon à amener une association d'idées avec le maréchal d'Ancre, et il allait jusqu'à prononcer le nom de Luynes « et ce qu'il en avait cuit à la France d'avoir suivy ses conseils '* ». Non seulement tous les favoris y passaient, mais le nouveau ministre faisait, par son silence même, un véritable coup d'Etat en ne soufflant mot de la reine mère qu'il éliminait
\ . Remonsirance au Roy importante à son Estât, RecueU de Luynes 1628, p.