‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 182 sur 352 · La Cabale espagnole, p · texte numérisé non relu

La Cabale espagnole, p

publiés en latin, et Richelieu ne leur ripostait, comme il le faisait plus tard avec VAdmonitio, que lorsqu'ils étaient traduits et imprimés en français ^.

Le passage du Mercure français où se trouve ce renseignement donne la clef de la tactique du cardinal dans toutes les polémiques qui vont suivre ; elle peut se résumer en quelques mots : nationaliser le débat, tout en le retenant avec soin hors de la sphère des questions de principes religieux. Sa première manœuvre, dans ce but, consistait à mettre enjeu la personnalité royale; Richelieu faisait là un calcul personnel d'accord avec ses idées religieuses, et de ce côté il était bien armé ; avec son passé et sa dévotion bien connue, qu'avait à redouter le roi d'une accusation d'hérésie ou de sympathie pour le parti protestant ? Les Parallèles du Roy Saiid Louis et du Roy Louis XIII répondaient bien à la première partie de ce programme; l'ouvrage avait pour but de prouver que le roi avait déjà suivi l'exemple de saint Louis en accordant sa protection à l'Eglise ; et l'on y comparaît surtout Taffaire du Béarn avec les agissements de Charles-Quint, le bisaïeul du roi d'Espagne, et son frère l'empereur Ferdinand qui avaient tous deux favorisé l'implantation du protestantisme en Allemagne en accordant la paix aux Princes luthériens.

Les ouvrages qui suivaient complétaient le programme ; les considérations et rapprochements historiques en forment à peu près exclusivement le fond, et il faut admirer l'art avec lequel ces ripostes obéissent à une idée unique ; toutes, elles tendent à se cantonner dans le domaine des contingences, sans généraliser le débat comme principes. Tels étaient d'abord le Discours sur les affaires de la Valieline^, reproduit textuellement pr^r le Mercure

1. « Pour ce qu'aux Pays-Bas de l'obéissance d'Espagne, on fit traduire en « français et imprimer ces Mystères politiques afin de faire glisser dans l'esprit «t des peuples qui parlent français que le Roy Très Chrestien se portait à des « actions où il y alloit de la Conscience et de la Religion catholique (ce que « l'Autheur de ces Mystères politiques avoit mis au commencement de sa sept tième lettre...), un français ne pouvant supporter ces calomnies contre son « roy, fil un Extrait de plusieurs histoires anciennes et modernes, qu il intitulât: <' les Parallèles du Roy Saint Louis et du Roy Louis XIII, pour faire juge tout « le monde que sa Majesté Tres-Chrestienne estoit héritière delà Piété, Justice « et charité de Sainct Louys, aussi bien que de sa Couronne et de son nom. {Merc. franc, t. IX, p. 95.)

2. Discours sur les affaires de la Valteline et des Grisons, dédié an tout-puissant et Catholique Roy d'Espagne, 1625. Le même ouvrage existe en italien sous le titre : Discorso sopra le raggioni délia risoluzione fatta in Val Telina, contra la

français, après les Parallèles, puis le Grand mercy de la chrestienU au Roy *. Le premier, historique également et didactique, étail destiné à justifier la politique de la France à la suite des premiers succès de ses armes dans la Valteline, « en montrant, disait le Mercure, que les Espagnols font eux-mêmes ce qu'ils blâmenl aux autres 2». Le Grand Mercy, paru simultanément, le complétai! sous la forme d'un chant de triomphe à l'adresse du roi.

Si ces trois ouvrages ne présentent séparément en eux-mêmes, au point de vue spécial de cette étude, qu'un intérêt de second ordre, leur groupement prend au contraire une réelle importance en ce qu'il montre la méthode de Richelieu, qui est ici d'autant plus remarquable qu'elle s'applique à des productions d'un carac tère essentiellement éphémère. Nous le verrons la poursuivre jusqu'à la fin avec une persistance et un esprit de suite qui sont des traits de son génie ; elle se précisera même avec des contours plus arrêtés à mesure que nous avancerons dans ce travail, et elle nous sera un guide sûr pour classer dans l'unité d'un plan supérieur des œuvres isolées et correspondant en apparence aux simples circonstances du moment, alors qu'elles obéissent à la règle d'une tactique dont les grandes lignes vont se répéter avec une régularité typique.

Comme dans la phase précédente, il est assez difficile de mettre un nom sur ces pièces ; nous retrouvons encore ici ceux que nous avons déjà vus, deFancan, suivant Geley,duP. Joseph,!

tirannide degrisoniet Heretia^al Potentissima CathoUco Redi SpagnaD. Philippe Terzo.... In Parigi appvesso Joseppe Boiiillerot... MDCXXV, Con auctorità de\ superiori. Il existe une autre édition sous le même titre, et sans lieu d'impression, avecla rubrique Con gratia e privilégia imprimée en caractères de forme italienne Nous nous rangeons à l'avis de l'abbé Dedouvres, op. cit., p. 1G2, sui la supercherie de l'imprimeur affirmant que le livre avait été composé en 1620, Bien que la question présente peu d importance, il nous semble bien que lédition française a été la première, et qu'il faut voir dans l'assertion de l'imprimeur la présentant comme une traduction française, un simple subterfuge destiné à frapper l'esprit du lecteur : nous enverrons un autre exemple avec f-a Lettre déchiffrée. 1627 ; nous avons déjà signalé cette diffusion des idées à l'étranger avec la Cabale espagnole.

1. L abbé Dedouvres ^ op. cit., p. 193, place cette pièce entre la capitulation de Brida, 25 mai 1625, et la seconde invasion de la Valteline par les espagnols en juillet.

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