Merc. franc, f. XI. p 12fi
d'après l'abbé Dedoiivres. Aucun des trois ouvrages ne présente les caractéristiques de Fancan et surtout son esprit sarcastique et mordant; s'il a pu, dans le premier, à l'encontre du P. Joseph, admettre l'égalité entre le protestantisme et le catholicisme pour ceux qui sont nés dans l'une ou l'autre de ces confessions, comme le fait remarquer M. Fagniez \ il est douteux qu'il soit l'auteur de ces recherches historiques trop sérieuses pour sa verve, et qui dénotent plus un érudit qu'un pamphlétaire. Mais si les auteurs en sont à chercher ailleurs, il n'est pas à dire pour cela qu'il n'y ait eu sa part, pour les raisons déjà exposées; en tout cas, s'il a mis là d'aventure sa plume au service du cardinal, ce n'a pas été sans un contrôle sérieux de celui-ci ; et il n'est pas moins hors de doute qu'il n'a pas été dans le secret de la tactique du cardinal, trop prévenu pour ne pas mesurer ses confidences à un pareil auxiliaire.
La polémique provoquée à la fois par le Véritable et par le Mysteria politica était de courte durée ; et le Mercure français où il faut puiser la trace des préoccupations du pouvoir donne naïvement la raison de l'accalmie qui la suivait : lors de la guerre commencée en mars 1625, par le duc de Savoie contre Gênes, les partisans d'Espagne font courir force livrets en Italie, nous apprend-il : « il ne s'en voit pas en France » ! Aussi Richelieu va-t-il laisser dormir la plume de ses tenants, tout au moins du côté de l'étranger, pour l'exercer sur le terrain nouveau où l'appelait provisoirement la rébellion protestante fomentée tout au début de 1625 par les ducs de Rohan et de Soubise.
Le succès des huguenots aux débuts de leur prise d'armes, l'accroissement de leur flotte par la main mise sur les vaisseaux du roi, le ralliement à leur appel des villes de la Rochelle, de Castres et de Montauban, malgré leur désaveu hypocrite, venaient surprendre Richelieu au moment où toutes ses forces lui étaient nécessaires pour poursuivre la conquête de la Valteline. « Cette ré- « volte, dit-il, venait si à contre-temps au roi en cette saison où il « avait tant d'affaires au dehors que la plupart de son conseil « étoient si éperdus que tantôt ils vouloient qu'on fît une paix
1, M. Fagniez, L'opinion publique au temps de Richelieu, p. 480.
« honteuse avec l'Espagne, tantôt qu'on accordât aux huguenots « plus qu'ils ne demandaient *. »
Le cardinal « regarde d'un cœur assuré toute cette tempête » ; le programme longuement justifié qu'il exposait au roi dans cette conjoncture difficile, s'il était fort net, était d'une exécution i difficile, car il ne consistait en rien moins qu'à « voir! promptement la fin des négociations sur la Valteline par une paix avantageuse et assurée » avec l'Espagne, afin que si elles ne pouvaient réussir, l'on « contentât les huguenots », pour se disposer « fortement » à la guerre contre celle-ci.
L'insuccès des négociations avec le légat sur la question de la Valteline lui dictait vite le parti à prendre, et les Manifestes des chefs de la révolte, les ducs de Soubise et de Rohan, lui en fournissaient l'occasion ; il fallait « contenter les protestants », mais sauvegarder en même temps l'avenir et la dignité royale, l'avenir en divisant le parti par la soumission volontaire de Soubise et de Rohan, la dignité royale enjoignant la menace à l'offre de paix. Richelieu 3" parvenait par une campagne de presse destinée aux protestants, et qu'il menait parallèlement à une campagne diplomatique auprès de Soubise par Bellujon, l'émissaire avoué du connétable, secrètement autorisé par Richelieu, auprès des villes fortes des religionnairespar Madiane et la Milletière, acquis au principe d'une conciliation.
La première seule nous occupe ; la partie la plus délicate était celle qui concernait les deux chefs, et il est hors de doute a priori, que pour celle-là Richelieu ne s'en est remis à pei^onne du soin de la mener à bien. Elle est dominée tout entière par les réponses aux deux Manifestes que nous avons cités, mais nous ne retiendrons que la première comme la plus importante et ayant servi de modèle à l'autre qui lui est de beaucoup inférieure, comme forme, hauteur d'idées et développement.
Les écueils étaient nombreux, et pour les éviter, il fallait un diplomate maître de sa langue comme Richelieu, de même qu'il fallait, pour joindre la séduction à la menace, pouvoir faire montre d'une autorité au moins égale à celle de Soubise, car l'auteur ne parlait rien moins qu'au nom du roi. Le Mercure français la reproduisait textuellement, il est vrai, mais avec la précaution dej