‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 184 sur 352 · Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. II, p

DU nARDTNAL DE RICHELIEU 263

l'attribuer à D. F., deux initiales transparentes pour les contemporains qui désignaient certainement Du Ferrier, Tancien ministre protestant converti ; ce nom reparaîtra plus tard dans une circonstance analogue à propos d'un ouvrage plus célèbre, dû en partie à Richelieu ; cet allonj mat, employé à nouveau dans des conditions presque identiques, est par lui-même une présomption assez forte, ajoutée à celles que nous venons de signaler, et un examen rapide de l'ouvrage fera conclure à la certitude ; la Response an Manifeste est bien due en majeure partie à Richelieu, et s'il n'est pas entièrement de sa plume seule, d'après la forme, il en a été assurément le « maître ouvrier ».

Soubise était un rebelle et un rebelle chef de faction qui avait pris les armes et jetait le cri de ralliement au parti protestant tout entier ; son adversaire représentant Tautorité roj^ale méconnue et attaquée, ne pouvait le traiter que comme tel, mais il lui fallait en même temps, et le séduire, et le rendre suspect à son propre parti resté encore indécis, dans sa grande majorité *, en le lui opposant. Aussi, avec combien de ménagements d'une subtilité pei-fide le traitait son contradicteur ?Les invectives qu'il employait s'adressaient non pas à Soubise lui-même, mais à l'écrivain du Manifeste, et cela avec une telle insistance 2, qu'il semble que l'allonymat de la Response SLii été employé intentionnellement, dans le but de paraître confier à un instrument subalterne la réplique à un factum que l'on se refusait ainsi à regarder comme l'expression exacte des idées de Soubise.

Richelieu faisait maintenant le procès politique du parti protestant, comme il en avait fait jadis le procès religieux dans lesP;'//icipaux points de la foy, mais avec quelle différence de ton, et quelle aisance dans sa diplomatie I L'unique trait commun avec ce dernier ouvrage se retrouve dans sa riposte à la mention de l'aide que les protestants avaient prêtée à Henri IV et que Soubise invoquait. « Les Huguenots ont servy le Roy de Navarre, mais fort peu le Roy Henri le Grand ^ », répliquait-il, et il leur reprochait à nouveau de l'avoir importuné par leurs procédés après l'avoir abandonné au siège d'Amiens et de méconnaître, en s'insurgeant contre

1. Déclaration du Roy sur les nouveaux mouvements du sieur de Soubise, vérifiée en Parlement le Î8^ février 1625, 1625, p. 38.

2. Response au Manifeste du Sieur de Soubise, p. 3, 6, 10, 12, 15, 22, 30.

Page 1