‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 19 sur 352 · Perroniana et Tliuana^ Col. Agrip., 1669. p · texte numérisé non relu

Perroniana et Tliuana^ Col. Agrip., 1669. p

4. Pierson, Hist. du règne de Henri IV, Paris, 1856, t. II, 2<' part., p. 468.

5. Emile Pasquier, Un curé de Paris pendant les guerres de religion, René Be" noist, le pape des Halles (1521-1608;, Paris, 1913, p. 312.

ecclésiastique *, en plus de la question purement sacramentelle.

De même que ce prélat qui professait pour le P. Louis de Grenade une estime toute particulière, Richelieu signale aux confesseurs, et pour leur propre étude et pour les recommander aux fidèles, les livres de dévotion de cet auteur, et principalement le Guide des pécheurs ^.

Ce choix presque exclusif est très significatif, car Louis de Grenade a précisément écrit un Traité du devoir et de la vie dés évêqueSy regardé comme son chef-d'œuvre, qui s'est naturellement imposé par son objet à Richelieu dès le début de sa carrière épiscopale ; cet ouvrage a exercé sur lui une influence qui doit se retrouver d'autant plus profonde dans son œuvre de l'évèché de Luçon, qu'on la constate sous sa plume, à la fin de sa vie, dans le Testament politique, assez vivace pour avoir résisté au temps et aux préoccupations de la vie politique. Que l'on compare, en effet, le traité du Dominicain avec la partie du Testament qui traite du choix des évêques, à propos de la Réformation de l'ordre ecclésiastique ; leurs points de contact nombreux prouvent que Richelieu a lu et relu ce traité, qu'il en a fait le sujet de ses études et de ses méditations, et même qu'il y a conformé sa ligne de conduite. Le P. de Grenade s'exprime ainsi au sujet de la naissance des prélats :

« Car je puis dire que la noblesse a cela de particulier qu'elle « annoblit en quelque façon toutes les autres vertus. Et si un « Poète a dit autrefois que la vertu estoit plus agréable dans une a belle personne nous pouvons dire à plus forte raison qu'elle est « beaucoup plus illustre lorsqu'elle se rencontre dans des per- «. sonnes que le sang et la splendeur de leurs maisons rendent « illustres. La vertu de ces personnes n'est pas seulement plus « illustre, elle est plus puissante que celle des autres, et plus « utile à l'Eglise. C'est ce que Salomon nous apprend. La Sagesse,

1. Signalons enlre autres la fameuse question des prérogatives des séculiers et des réguliers qui y font l'objet d'instructions minutieuses (Edit. de 1702, p. 8 à 11) ; celle là. notamment, aurait pu tenter Richelieu d'autant plus qu'il avait été à même de suivre à Rome les débats sur cette affaire à laquelle la situation spéciale des Jésuites en Angleterre avait donné un caiactère aigu et que Paul V avait résolue par des règlements disciplinaires qui donnèrent lieu à une longue polémique.

2. Instructions pour les confesseurs de saint Charles Borromée, Edit. de 1702, p. 73. — Briefue instruction^ f» 20. — Ordonnances synodales, f' 96, V**.

'<• dit-il, es/ ^liis iilile avec les richesses, et les hommes en tirent « un plus grand secours. La sagesse et Vargent nous protègent. Un « poète des plus ingénieux de l'antiquité dit à peu près la mesme « chose : M zs /oh/ devient affreux avec la pauvreté. C'est donc A une chose constante que les vertus d'un Evesque sont extrêi( mement fortifiées par sa noblesse et par ses biens. Car ce sont « des moyens qui luy facilitent les affaires les plus épineuses, et « qui le mettent en état de résister courageusement aux puis- « sauces séculières. Mais il se faut bien garder de considérer la « noblesse comme la seule qualité nécessaire à un Evesque ^..

« Pour avoir un Evêque à souhait, dit à son tour Richelieu, <( il le faudrait savant, plein de piété, de zèle et de bonne nais- « sance, parce que d'ordinaire l'autorité requise en telles charges « ne se trouve que dans les personnes de qualité. Mais étant dif- « fîcile de rencontrer toutes ces conditions en un même sujet, je « dirai hardiment que les bonnes mœurs qui, sans contredit, « doivent être considérées plus que toutes autres choses, étant « présupposée la qualité et l'autorité qui d'ordinaire est sa com- <( pagne, doivent être préférées à la plus grande science : aj^ant « souvent vu des gens doctes être fort mauvais Evêques, ou pour <( n'être pas propres à gouverner à cause de la bassesse de leur « extraction, ou pour vivre avec un ménage, qui ayant du rap- « port avec leur naissance, approche beaucoup de l'avarice ; au « lieu que la noblesse qui a de la vertu, a souvent un particulier « désir d'honneur et de gloire, qui produit les mêmes effets que le « zèle, causé par le pur amour de Dieu ; qu'elle vit d'ordinaire « avec lustre et libéralité conforme à telle charge ; et sçait mieux « la façon d'agir et de converser avec le monde.

« Il faut surtout qu'un évêque soit humble et charitable, qu'il « ait de la science et delà piété, un courage ferme et un zèle ar- « dent pour l'Eglise et pour le salut des âmes ^ »,

Comme on le voit, ce passage du Testament politique a été manifestement inspiré par la lecture du traité de Louis de Grenade, et Richelieu n'a fait que paraphraser les considérations de ce dernier, en y ajoutant, sous une forme impersonnelle, les réflexions dues

1. R. P. Louis de Grenade, Traité du devoir et de la vie des Evesques, Paris, 1670, p. 92 et 93.

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