‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 201 sur 352 · Mémoires, t. Il, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. Il, p

le sentiment de sa dignité foulée sont au-dessus d'un tel désintéressement.

Richelieu ne l'a pas dévoilée, mais lorsque dans ses Mémoires, il a noté le succès de sa diplomatie comme le résultat d' « une conduite pleine d'industrie inaccoutumée » ^ il a dû savourer silencieusement le triomphe de sa plume, en pensant à cette trame inextricable qu'elle a tissée, et dont il est seul à connaître les fils. Voilà qui rend vraiment passionnante l'étude de cette intrigue dont les contemporains, comme la postérité, ont été les dupes, et en même temps l'explication de la réserve discrète presque unanime des historiens qui n'ont jamais qu'effleuré ce problème ; quelques côtés seulement en ont été étudiés isolément, ce qui ne pouvait manquer d'aboutir à des hypothèses peu satisfaisantes , basées, comme elles l'étaient, sur un examen incomplet. La pénurie de documents manuscrits contemporains les a-t-elle rebutés par avance ? Elle s'expliquerait aisément par le fait que Richelieu, pour lequel « le secret était l'âme des affaires », a dissimulé sa pensée à ses plus intimes, et que ses instruments, bien choisis, n'ont pu le trahir, étant tout dévoués ou inconscients. Le mystère n'a-t-il pas encore été accru par la complicité tacite, tout au moins partielle de ses adversaires, complicité qui est un des points les plus curieux de cette question, mais qui n'en épaissit pas moins les ténèbres ? N'est-ce point aussi et surtout parce que ces factums de toute nature ont été trop négligés ou même dédaignés, et insuffisamment étudiés, comme des documents d'un ordre inférieur, n'offrant ni l'attrait ni le piquant recherchés à priori et souvent d'une façon exagérée dans les sources manuscrites inédites ? Enfin, si certains d'entre eux qui tentaient davantage la curiosité, ont été plus étudiés, n'ont-ils pas été scrutés d'une façon trop exclusive, à un point de vue trop étroit, trop isolément, et souvent aussi sous l'empire d'une idée préconçue, dans la forme de thèses qui enlève à une étude de ce genre l'ampleur qui lui est nécessaire ?

Si l'on ajoute à cela l'ingéniosité du cardinal à égarer l'opinion sur la provenance et le but des libelles dont il a été l'auteur ou l'instigateur, l'on s'explique pourquoi cette question a été seulement effleurée, sans être approfondie, par quelque historien qui

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