‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 202 sur 352 · Mémoires, t. III, p. 1 et · texte numérisé non relu

Mémoires, t. III, p. 1 et

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a entrevu la vérité, et qu'elle ait assez rebuté les autres, pour qu'ils l'aient négligée, quelquefois trop délibérément.

Nationaliser le débat, telle va être, en résumé, la tactique générale invariable de Richelieu dans sa lutte contre VAdmoiiitio ; elle a pour lui le double avantage d'enlever ainsi à la polémique son caractère de principes, en face desquels il est mal placé comme ecclésiastique, et de rallier autour de sa politique toutes les énergies nationales devant lesquelles sa personnalité s'effacera.

Il la mettait d'abord en pratique par la forme extérieure de sa riposte; celle qu'avaient adoptée savamment ses adversaires, dans le furieux assaut donné contre lui au nom et sous le couvert des intérêts catholiques universels, en accusait bien le cachet voulu d'internationalisme ; de même que les Mysteria politica, VAdmoniiio paraissait d'abord en latin, la langue internationale de l'Eglise et des théologiens. Sauf de rares exceptions, du reste, les pamphlets de mêmes tendances qui les suivront paraîtront dans la même langue. Si les adversaires de Richelieu sont logiques avec eux-mêmes, car c'est la Catholicité tout entière qu'ils ont la prétention de représenter et de soulever contre lui, ce dernier ne l'est pas moins en refusant la lutte sur ce terrain, et en ne Tacceptant que sur le sol français ; dès le début, il annonce tacitement cette résolution en ne répondant à VAdmonitio qu'après sa diffusion dans la traduction française ^ comme il la déjà fait pour les Mysteria^ et il la précise encore en répondant en français ; c'est

1. « Et parce qu'ils avoieut esté mis et imprimez en François, par quelque «t trahistre, par quelque François né pour estre l'opprobre de sa natiou..., il a « esté fait comm nderaent d'escrire en noslre langue, pour traiter les choses a principales, dont ces pestes d'écrivains s'estoient voulus servir pour deschirer ^ la réputation du Roy, et essaj-er de débaucher les peuples. « Exawcn de l'Apologie du sieur Peletier pour les Pères Jésuites, Paris. 1625, p. 8 et 9. Ad Regem Christianissimum Adnwnitio, Adveriissement au Roy très chrestien, Francheville, 1625, in-4», d'après Hubault, op. cit., p. 22.

Après Ronsard, maître Guillaume raillait les « Latineurs » dans une boutade de haute graisse digne de Rabelais, que nous nous contentons de signaler au lecteur ami du genre (Foyage de M Guillaume en Vautre monde vers Henri le Grand, 1612, p. 31). Avant eux, Louis le Roy s'élevait dans une étude curieuse contre l'abus des langues « doctes et grammatiques communes à plusieurs pays, « esquelles sont traictez les affaires de la religion et les arts... » {Deux Oraisons françaises... l'une desîangues doctes et vulgaires.,. Paris, 1576.)

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pour lui un premier moyen de souligner l'origine étrangère de ses adversaires, de faire vibrer le sentiment de la dignité nationale froissée dune ingérence extérieure, tout en diminuant sa portée, et de créer ainsi un premier lien de solidarité entre sa politique et les éléments nationaux qu'il veut rallier autour d'elle, que d'user de la langue mère commune contre un détracteur sans patrie.

La conscience du roi est donc le premier objectif de Richelieu ; c'est à elle qu'est destiné le Catholique d'Estat, une consultation des sommités gallicanes de la théologie, bientôt suivie d'un corollaire d'ordre purement temporel, VAdvertissement à tous les Estats de l'Europe ; elle doit servir d'abord à convaincre le roi non seulement de l'équité de sa politique, au point de vue du droit naturel, mais de sa parfaite légitimité au point de vue religieux. Richelieu ira plus loin, en solidarisant le roi avec lui, au point de désigner ensuite lui-même cette thèse doctrinale comme « la réponse du roi à ÏAdmonilio » ; il la présentera comme un manifeste devant le Clergé et devant la Sorbonne saisis de la question, et elle va aussi et surtout lui permettre de rallier à lui, en les nationalisant, les jésuites, directeurs de la conscience du roi.

A ce titre d'abord, puis comme auteurs présumés de ï Admonitio d ont ils professent les idées, comme théologiens, comme partisans sur le terrain religieux de l'alliance espagnole, influents à la Cour, il est capital pour Richelieu de s'en faire des auxiliaires. Ce côté spécial de la polémique est particulièrement curieux, car elle est, en ce qui les concerne, un véritable duel ; il est d'autant plus passionnant que les deux adversaires ont plus de points communs : ils se connaissent de longue date et leur jeu n'a de secret ni pour l'un ni pour l'autre ; leurs armes sont les mêmes, et ils les ont déjà plus d'une fois mises mutuellement à leur service ; issus delà même école, avec les mêmes principes, nourris dans la scolastique, théologiens et controversistes consommés, se redoutant et se ménageant, à cause de leur force et de leur ennemi commun ; tous deux combatifs et armés pour la lutte, ne laissant jamais passer une accusation sans y répondre, dans leur susceptibilité accrue du sentiment profond de l'importance de leur mission ;

tous deux imbus de leur jouissance et jaloux de leur autorité, tenaces et inflexibles, quoique sachant s'accommoder, lorsqu'il le faut, aux nécessités du moment, avec la souplesse que donnent l'usage du monde, la connaissance de l'homme et la maîtrise de soi-même. Leurs points de contact vont plus loin et se retrouvent dans l'essence de leurs tempéraments ; tous deux tendent à la conquête des énergies intellectuelles de l'élite, et cette aspiration commune leur vaudra aussi le même sort en les rendant tous deux également impopulaires, et en les enveloppant comme d'un mystère dans la légende future habilement exploitée par l'ennemi commun. Ces considérations expliquent à la fois l'ardeur et la passion apportées de part et d'autre parles deux adversaires dans cette lutte, ainsi que leur similitude de tactique qiii se présentera avec une persistance remarquable.

Celle de Richelieu sera, au début, la même vis-à-vis d'eux que vis-à-vis du roi ; il les solidarisera avec sa propre politique en se servant contre eux du roi lui-même dont ils ont été les éducateurs et dont ils dirigent encore la conscience ; c'est au moyen de Louis XIII, derrière lequel il s'abrite, qu'il les obligera à renier les principes de leurs confrères étrangers et à devenir ainsi ses auxiliaires ; d'une part, il puisera ses arguments contre VAdmonitio dans l'arsenal des théologiens étrangers de leur Ordre dont ils ne peuvent méconnaître l'autorité ; de l'autre, avec les Alliances du Roy avec le Turc et autres, il leur opposera la doctrine d'un des leurs, leur compatriote, le P. Fronton du Duc.

En même temps qu'il leur prodigue des éloges, il leur fait sentir la valeur de son amitié en les menaçant, et il a pour cela sous la main les comparses nécessaires à ce rôle, avec leurs passions personnelles et leur talent de pamphlétaires ; dans le Miroir du temps passé avecFancan, dans \a France au désespoir a\ec Mathieu de Morgues, dans la Cassandre française, il les prend à partie directement et sans ménagements ; il réveille contre eux les passions populaires soulevées autrefois par l'assassinat de Henri IV, et auxquelles on ne faisait jamais un vain appel, en les traitant d' « Espagnols » \ et en leur imputant comme crime de lèse-

1. Us s en défendaient en affirmant que sur les 1.500 de l'Ordre qui existaient dans le royaume de France, il n'y en avait pas une douzaine qui eût jamais écrit ou pratiqué en Espagne, Garasse. Les recherches des recherches, Paris, 1622, p. 46.

nation leur politique d'internationalisme religieux qui avait le plus souvent servi, dans la pratique, les intérêts de l'Espagne ; il les traduit enfin à nouveau devant le parlement avec les Considérations iVEstat. Une maladresse d'un de leurs amis va lui permettre d'engager directement avec eux une lutte où il les obligera à se découvrir et les mettra en demeure de se prononcer ; bref, il les acculera dans cette voie jusqu'à obtenir d'eux un désaveu solennel qui brisera la force de leur faisceau et les ralliera à lui, en apparence tout au moins, en les annihilant, comme doctrine, devant l'opinion publique.

Richelieu les retrouvait aussi devant lui dans l'Assemblée du Clergé ; mais la lutte affectait là une physionomie particulière due à son allure presque exclusivement doctrinale, qui la faisait dégénérer en affaire d'Etat où il lui était facile d'avoir le dernier mot ; c'est là cependant que ses adversaires lui portaient les plus rudes coups en lui rappelant indirectement ses idées d'autrefois.

Leur rancœur se comprend aisément, à voir leur ancien protégé exploiter contre eux, devant l'opinion, toutes les ressources du parti protestant et au bénéfice de ce dernier. Nous reviendrons en son lieu sur le détail de cette partie de la polémique, mais sans anticiper; il convient de remarquer ici que Richelieu était accusé à tort de versatilité sur ce point.

Ses idées n'avaient point varié ; dans les Principaux points de la foy, il avait défen-dules jésuites contre les accusations des protestants relatives à la nationalité de leur général et à la solidarité de leur Ordre pour certains de leurs ouvrages condamnés au feu ^ ; aujourd'hui, devant le roi, il ne soutenait pas d'autre thèse, non plus pour défendre les jésuites français, mais pour les nationaliser malgré eux ^ : si pour les autres que le roi, il laissait sortir de son cabinet des libelles menaçants basés sur le danger national de cette solidarité, il était sûr de trouver avec ceux-ci un écho sympathique danslaSorbonne, dans le Parlement, dans la majeure partie du clergé gallican, et surtout dans le parti protestant tout entier.

1. Les principaux points de la foy de l'Eglise Catholique, Paris, 1618, p. 180 et 181.

2. Déjà en 1614, du Peiron, le frère du Cardinal, absolvait franchement de leur politique résolument nationale lesjésuites espagnols qui soutenaient les intérêts de leur prince, Apologie par les Pères Jésuites, Paris, 1614, p. 46.

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La paix avec ce dernier était l'une des parties essentielles du plan politique de Richelieu ; ce serait faire injure à la sincérité de ses convictions religieuses que de voir là autre chose qu'une nécessité pour lui dans cette campagne de presse qu'il laissait faire, à côté du Catholique (VEslat, contre les jésuites pour flatter les passions de ce parti ; une tactique analogue présidait à la publication du Discours au Roy sur la paix qu il a donnée à ses subjects de îa R. P. /?. , suivi de Y Advis salutaire au Roy sur les affaires présentes ; le premier n'envisageait que les bienfaits de la paix, et les avantages des voies delà douceur et de la persuasion sur une guerre civile ruineuse ; quanta l'autre, il accentuait encore plus la position prise par Richelieu contre les jésuites ; la façon dont il expliquait la guerre de 1621 contre les protestants, en l'attribuant à la fois à ceux-là et à l'ambition du favori qui l'avait fait entreprendre uniquement pour satisfaire ses intérêts privés avec la dépouille des vaincus, en dit assez sur son but.

Dans ses Mémoires, Richelieu d'habitude si sobre sur les mobiles qui le guident, a reconnu sa part directe et immédiate dans cette campagne, et il a éprouvé le besoin de s'en justifier; il lui fallait quelque courage pour employer de pareils moj^ens, et le mot assez significatif est de lui. Toute la page est à citer, car elle est une confession, et elle montre et quel empire il avait sur luimême pour jouer ce personnage, et quelle puissance de dissimulation patiente lui a été nécessaire pour accepter un rôle que tout démentait en lui : il écrivait au lendemain de la conclusion du traité de Paris avec les protestants :

« Il est bien juste de s'arrêterun peu ici à considérer la pruden- « ce et le courage que le cardinal a apportés en la conduite de ((. cette affaire.

« Il n'ignorait pointque, faisant faire la paix avec les huguenots « et leur témoignant quelque inclination à les favoriser auprès « du roi, il ne s'exposât à se mettre en mauvaise réputation « à Rome.

« Mais il ne pouvoit venir par autre voie aux fins de sa Ma- « jesté.

« Sa robe le rendoit suspect aux huguenots. Il étoit donc néces-

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« saire qu'il se conduisît en sorte qu'ils crussent qu'il leur étoit « favorable ; car, ce faisant, il a voit moyen d'attendre plus com- « modément le temps de les réduire aux termes où tous sujets doi- (( vent être en un état, c'est-à-dire de ne pouvoir faire aucun corps « séparé, et dépendre des volontés de leur souverain. »

« Ce lui étoit une chose fâcheuse à supporter, de se voir si in- « justement suspect à la cour romaine et à ceux qui affectent au- « tant le nom de zélés catholiques que l'effet ; mais il se résolvait « de prendre patience aux bruits qu'on faisait courir de lui d'au- « tant que s'il eût voulu s'en purger par effet, il n'eût pas trouvé « le compte de son maître ni celui du public ^ )) .

A côté des ouvrages que nous venons de citer, et dans la première phase de la polémique soulevée par VAdmonitio, s'en placent quelques autres que nous n'aborderons pas, comme étant d'une importance secondaire ; trois d'entre eux méritent cependant ici une mention comme se rattachant à cette polémique en s'adressant tous trois à la noblesse et parus à la même époque, vers la fin de novembre 1625.

A la suite de la rupture avec le légat, Richelieu avait repris, avec plus d'activité, les opérations militaires en Italie ^; de là, ce cri de guerre jeté à la noblesse qui ne vit que par Fépée, celui qui pouvait le plus l'émouvoir, etqui rappelle singulièrement le Soldai français^ de 1604 dirigé aussi contre l'Espagne : Y Espée courageuse des vrags Français (1625) écrite au lendemain de l'arrêt de lèse -majesté rendu par le Parlement d'Aix (14 novembre) contre la mémoire de Gouvernon, commandant la garnison deGavi, qui avait capitulé dans des conditions suspectes ^

A la même époque, peu après la levée du siège de Verrue (17 novembre), la Rcsponse d'un gentilhomme « corne aussi aux armes »,dans une même exhortation belliqueuse, où l'éloge de Lesdiguières est mélangé avec une intention manifeste à quelques

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