‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 204 sur 352 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Fancan : Le Miroir du temps passé ; le Conseil de conscience de Richelieu ; Jérémie Ferrier: Le Caiholique d' Estât.

La première pièce qui voyait le jour au lendemain de l'apparition de VAdmonitio, était un pamphlet virulent, Le Miroir du temps passé ; ce renseignement nous est fourni par les adversaires de Richelieu chez lesquels nous aurons fréquemment l'occasion d'en puiser d'autres, et de plus d'importance. De par sa situation ecclésiastique et même politique, vu les dispositions de ses confrères du conseil, opposées aux siennes, Richelieu vit en effet dans un milieu hostile par essence à ses idées ; ses moindres pas et gestes sont surveillés, et il n'est pas étonnant que, malgré toutes ses précautions, les moyens et même le secret de sa diplomatie aient été parfois surpris par quelques personnes de son entourage ; nous en fournirons plus loin quelques exemples frappants ; déjà nous avons dit un mot de certaines complicités tacites avec ses adversaires ; le mot est peut-être un peu exagéré, mais il est permis de se demander si certains ménagements, en apparence inexplicables, de ces derniers n'ont pas été dus autant à la connaissance de sa pensée intime et des ressorts cachés de sa politique qu'à la considération qu'ils conservaient, dans l'intérêt même de l'Eglise comme dans un intérêt personnel, pour un cardinal, en même temps homme d'Etat puissant, diplomate retors, et ennemi d'autant plus redoutable qu'il les avait joués.

Le Miroir du temps passé est donc le premier des coups de la riposte de Richelieu ; l'occasion était trop tentante avec VAdmonitio pour que Fancan n'ait pas pris la plume et ouvert le feu de sa pointe alerte, mordante et spirituelle ; il semble que Richelieu n'a eu qu'à dire un mot, à esquisser un geste, pour faire vociférer par les colporteurs des carrefours le titre d'un nouveau pamphlet subitement éclos à la chaleur de l'actualité ; Fancan n'est-il pas

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là à nouveau dans son rôle d'éclaireur, véritable combattant d'avant-garde, ou plutôt enfant perdu, allant comme autrefois au gré de son caprice et de sa fantaisie, distribuant les coups à droite et à gauche, sans regarder de trop près où ils portent, allant sans ménagements, et sans même la crainte d'atteindre quelquefois ses amis ?

Voilà l'impression que produit ce pamphlet à une première lecture, si on le prend isolément, et sans tenir compte des remarques générales qui précèdent. Fancan, fidèle à sa manière, ne s'est arrêté, en effet, à aucune considération d'ordre théologique, pas plus que dans le domaine de l'histoire il ne s'est élevé au-dessus des contingences ; dans le Miroir, il est resté l'homme de la boutade vive et de la répartie prompte ; son pamphlet n'est pas destiné au public d'élite capable de saisir les considérations supérieures de principes de V Admonilio ; son débit se fait sur le Pont-Neuf, avec les libelles du jour, sans lieu, sans date et sans nom, qui sont imprimés dans une cave et cherchent le succès dans le scandale ; le Miroir est de ceux-là qui l'obtiennent toujours, en dehors de leur valeur propre, plus recherchés et plus avidement lus que les autres, parce qu'à la faveur de l'anonymat, ils osent tout et ne reculent pas devant les personnalités qui leur donnent l'attrait du vécu, de l'actualité et de l'anecdote dans ce qu'elle a de plus humain et de moins élevé.

Et pourtant, à bien l'examiner, le Miroir, malgré ses apparences de fantaisie indépendante et primesautière et de caprice désordonné, obéit à un plan d'une telle unité qu'on ne peut moins faire que d'y reconnaître la tactique que nous avons signalée plus haut ; dans le fond, il est une œuvre réfléchie, ou plutôt disciplinée ; un mot qui semble une anomalie lorsqu'on parle de Fancan, mais qui prend sa véritable signification si l'on y reconnaît que Richelieu a utilisé, cette fois au mieux de ses desseins, la plume de Fancan, cet instrument merveilleux, pour entraîner l'opinion publique,

Fancan se gardait bien de réfuter directement VAdmonibio, qu'il ne citait qu'incidemment, en accolant son titre aux Mysteria^ et cet artifice seul de réunir ensemble un pamphlet déjà ancien de six mois et presque oublié avec celui qui était d'actualité et seul

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