Le Miroir, p. 19 el
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passionnant, prouve assez que Richelieu avait passé par là ; nous l'avons déjà signalé dans ses Mémoires et aurons encore l'occasion de le faire dans le Calholique d'Estal.
Le pamphlétaire remontait plus haut pour montrer que de tout temps les religieux avaient, plus ou moins innocemment, dans leur candeur professionnelle, servi de jouet aux politique^; pour employer leur influence confessionnelle à favoriser des intérêts temporels. La Ligue lui fournissait sur ce sujet un développement facile qui lui permettait de réduire VAcImonitio à ur simple épisode, dans une série ininterrompue, et de faire disparaître sa véritable signification, par un paradoxe d'autant plu5 séduisant qu'il s'appuj^ait sur toutes les passions populaires.
Le Miroir du temps pnssé était en effet, sous ce rapport, un( véritable thèse destinée à ce public inférieur comme culture, qu juge souverainement avec ce qu'il aj^pelle son gros bon sens, e détermine ces courants d'opinion irrésistible qui creusent lente ment le lit de la légende historique. Cet élément, s'il avait fait 1; Ligue, ne l'avait pas comprise, ce qui arrive généralement pou tous les grands événements dits populaires, et dans le souvenir; peu près exclusif de ses maux, il prenait naïvement l'effet pour 1 ; cause, en rendant les Ordres religieux responsables de ce mouve ment presque unanime pour une idée, alors qu'en réalité il n'avaient fait que lui donner un corps et le symboliser, car tou les prédicateurs de la Ligue sortaient du peuple, et se sont borné à épouser des passions qui répondaient à leurs croj^ances corn munes.
Dans ces quelques pages peu raisonnées mais amusantes Fancan avait exercé facilement sa verve caustique contre le religieux, en continuant sur un nouveau terrain le procès popn laire des « bons pères » commencé par Rabelais ; il les montra usant du manteau de la religion pour assouvir leurs passion politiques en faveur de l'Espagne contre la France, et il assaisoi nait son dire de nombre d'anecdotes ou d'allusions transparente aux événements récents ; le plus de noms possible et de conten porains semblait s'}' accumuler à plaisir ; bien que le plus gran nombre fût emprunté à l'Ordre des jésuites, le maître raillen qu'était Fancan ne s'était pas laissé surpasser dans le sarcasra< et il n'épargnait personne dans sa critique du zèle religieux maf quant les intrigues politiques ; les Capucins eux-mêmes n'élaiei
pas plus ménagés que les autres, et ils semblaient cités de préférence. On connaît de reste les relations d'amitié étroite et la connexité de vues entre Richelieu et le P. Joseph, mais l'on n'a parlé des dissentiments existants entre ce dernier et Fancan que d'une façon dubitative, et sur la foi de Mathieu de Morgues ^ ; le Miroir nous apprend que ce dernier n'était coupable que de médisance. Les Capucins étaient nommés et pris à partie dès les premières lignes de la préface et raillés de servir de jouets à plus habiles qu'eux. Si le cardinal, pour donner le change et ne point paraître attaquer seulement les Jésuites, avait livré tous les religieux sans exception à la dent cruelle du pamphlétaire, il faut reconnaître que celui-ci en avait usé largement, et comme toujours avec esprit : après avoir parlé de « ces bons Loyolistes plus simples que bons « simples auxquels la cabale extérieure fait arracher à tous propos « Liliuni pour Lolium... comme font, » ajoutait-il, « beaucoup « de simples capucins qui s'entremeslent des affaires d'Estat, et (( qui gastent tout en pensant bien opérer, d'autant qu'ils suivent « les instructions de ceux qui sont plus matois qu'eux, lesquels ne « leur disent le Tu aiitem des menées, se servant de leur simpli- « cité pour faire leurs coups, comme fait le singe des pattes du « chat pour tirer les chastaignes du feu ^ ».
L'auteur pouvait se défendre d'avoir fait là toute allusion au P. Joseph et soutenir que par ces mots il visait uniquement le P.Ignace, capucin, comme le faisait après lui, intentionnellement peut-être, le Catholique d'Estat ^ ; mais n'était-ce point manifestement le confident et l'auxiliaire de Richelieu qu'il désignait plus loin en parlant « de tant de mojaies que l'on voit fré- « quenter les Cours et être préférés aux jésuites pour négo- « cier ^ » .
Si là encore le doute était possible, ce n'était plus le cas lorsqu'il évoquait « le désastreux voyage d'outre-mer de S. Louys contre les infidèles », en le comparant aux « guerres zélées » du roi, et en le présentant comme une « accortise de quelques-uns « de ce temps-là, qui estoient bien aises, comme on pourroit « estre à cette henre, d'embarquer pieusement ce prince en une