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et le caractère quasi-officiel du nouvel ouvrage; autant le premier est satirique et mordant, sans ménagements, avec la fougue fantaisiste du pamphlet, autant le Catholique d' Estât, tout autant passionné, est sérieux, mesuré dans son énergie et savant, empruntant sa force non plus au ridicule ou à la verve, mais à la dialectique et aux autorités doctrinales et historiques ; c'est la véritable thèse d'un théologien controversiste, avec le ton de l'autorité que donne le pouvoir et l'emploi fréquent du procédé classique d'argumentation scolastique. Aussi le Catholique d'Estat va-t-il tout de suite dominer le débat ; autour de lui et comme à son ombre, viendront se grouper toutes les autres productions de son parti, de même qu'il sera le point de mire de toutes les attaques postérieures ; de là l'intérêt puissant qui s'attache aux moindres détails qui le concernent, sans parler de celui que soulève son origine, question que nous allons examiner la première.
Le Catholique d'Estat * a été attribué à trois auteurs : Jérémie Ferrier, ancien ministre protestant de Nîmes converti, Jean Sirmond et le P. Joseph. La première de ces attributions semble a priori la plus vraisemblable, la tradition l'a consacrée ^, et le fait que l'ouvrage porte sur son titre le nom de Ferrier lui donne une place indiscutable ; aussi pour ces motifs même, ne l'examinerons-nous qu'en dernier lieu, après celles de Sirmond et du P. Joseph, qui nous donneront fréquemment l'occasion de l'envisager.
Adrien Baillet, le premier, a mis en avant, sans aucune preuve, le nom de Jean Sirmond ^ ; cette opinion, simplement citée par Moreri, Bayle et le P. Lelong, a été reprise et adoptée par Kerviler ''s dont nous discuterons les arguments.
1. V. pour la bibliographie de cet ouvrage, Le P. Joseph polémiste, par l'abbé Dedouvres, Paris, 1895, app. VIII, p. 582,
2. L. De\a\and, Quelques collaborateurs de Richelieu, Rapports et notices sur ledit, des Mém. de Richelieu, Paris, 1914, t. II, p. 117. Notons ici qu'elle n'a pas été suivie par le Catalogue général de laBihl.nat. qui donne seulement à Ferrier le Catalogus librorum, à torf, croyons-nous.
3. Les jugemens des savons sur les principaux ouvrages des auteurs, 1722, t. IV, p. 554.
4. La presse politique sous Richelieu et l académicien Jean Sirmond. Paris, 1876, p. 21 et suiv.
Jean Sirmoiid, dit-il, a écrit sous différents pseudonj^mes, Pimandre, des Montagnes, Sabin, etc..., il se peut donc qu'il ait pris celui de Ferrier pour le Catholique d' Estât; on peut y répondre que ce n'était point un pseudonyme, mais le nom d'un auteur vivant qu'il connaissait et fréquentait', et qu'il n'aurait certainement pas osé l'emprunter, ainsi que le note très judicieusement Hubault 2.
Le P. Lelong fait remarquer que le titre et la préface de l'ouvrage portent l'un Du Ferrier, l'autre Ferrier ; Kerviler en tire un argument en faveur de sa thèse, et nous l'adoptons comme lui, mais avec une conclusion différente que nous exposerons plus loin ; qu'il nous suffise de noter ici qu'avant le P. Lelong, les contemporains avaient déjà signalé ce détail curieux, insignifiant en apparence, mais en réalité d'une certaine importance, que nous expliquerons en son lieu.
Nous n'en dirons pas autant d'un autre qui repose sur une base bien fragile ; d'après Kerviler, Sirmond serait aussi l'auteur de la Lettre déchiffrée qui répondait à la Vie du Cardinal de Richelieu par Rémy du Ferron, ce qui peut donner à penser, dit-il, qu'il est aussi l'auteur du Catholique d'Estat, le livre originaire du débat ; outre que c'est une supposition toute gratuite, il suffit de comparer les deux ouvrages pour constater aisément qu'ils sortent de deux mains différentes.
Le style du Catholique d'Estat présente d'après lui, ce qui est exact, beaucoup d'analogies avec la Défense du Roi et de ses ministres, qui est attribué à Sirmond ; Ferrier, étant mort avant la publication de ce dernier ouvrage, ne peut être l'auteur du Ca//ïOlique d'Estat. Cette constatation prouverait non point que ces deux ouvrages ont une même origine à laquelle Ferrier serait étranger, mais que le dernier a servi de modèle pourl'autre, etelle n'autoriserait point, en tout cas, leur attribution à Sirmond.
Le Catholique d'Estat est, en effet, de 1631, c'est-à-dire de six ans postérieur à la période qui nous occupe ; cet espace de temps permet à la rigueur d'admettre avec Kerviler que, dans l'intervalle, le talent de Sirmond a pu se modifier assez pour qu'il ait « trouvé sa véritable voie littéraire » dans la controverse poli-
1 Abbé de Marolles, Mémoires, Amsterdam, 1755, l. I, p. 104. 2. G Hubault, op. cil., p. 55.
tique ; mais l'on ne peut en dire autant du Catholique d'Estat comparé au Discours au roy ^ qui avait paru un an auparavant et qui est son œuvre indiscutée ; l'écart entre les deux œuvres est trop considérable comme idées, comme logique, comme st3de ; cette dernière est l'œuvre d'un mauvais rhéteur, alors que le Catholique d' Estai donne l'impression d'un dialecticien vigoureux et exercé, autant que maître de sa langue qu'il domine comme son sujet.
Enfin, Kerviler reconnaît que les nombreuses citations théologiques du Catholique d'Estat permettraient d'attribuer l'ouvrage à Ferrier, mais l'on peut supposer, ajoute-t-il, que le P. Jacques Sirmond ne fut pas étranger à la publication de l'ouvrage, et qu'il a pu aider à son neveu. La première partie de l'observation est très juste, mais il faut se refuser à admettre la seconde ; le P. Sirmond est alors l'un des jésuites les plus actifs et le plus en vue, et pour qui a suivi la genèse du Catholique d'Estat et connaît la solidarité inébranlable de cet Ordre qui fait sa force, il est inadmissible que l'un de ses membres ait prêté la main d'une façon aussi active et efficace que secrète, à une œuvre qui allait contre ses idées de doctrine, et que jugeait sévèrement, quelques années plus tard, un de leurs confrères, dans une lettre rendue publique 2.
Plusieurs circonstances ont pu servir de base à cette attribution : l'une de ses explications les plus séduisantes au premier abord est tirée de la situation de Jean Sirmond qui était alors attaché à la légation du Cardinal Barberini à Paris, grâce aux relations que son oncle le jésuite avait eues à Rome avec la famille du légat ; ce poste l'avait mis évidemment à même d'apprendre certaines particularités intimes qu'il communiqua peu discrètementà des tiers, si ce n'est même à Richelieu lui-même ; la divulgation de ces renseignements mis à profit dans une brochure contre les jésuites 3, ^^ sans que l'on cherchât à en dissimuler la source, a peut-être été l'origine du bruit rapporté par Baillet, et qu'il a été de l'intérêt
1. Discours au roy sur V exceUence de ses vertus incomparables, et de ses actions héroïques. Divisé en deux parties Première partie, à Paris, i624 ; la seconde partie ne vit jamais le jour.
2. Lettre du P. Caussin, Jésuite, Confesseur de Louis XIII, à Monseigneur le Cardinal de Richelieu. Abbé Dedouvres, op. cit., p 273.
3. Examen de l'apologie du Sieur Peletier pour les Pères Jésuites, Paris, 1625, p. 21.
d un parti ou d'un homme de répandre ^ Ainsi que nous le verrons bientôt, la Déjeme du roi étant postérieure à la mort de Ferrier, il était indispensable d'expliquer pour les contemporains la similitude existant entre cet ouvrage et le Catholique d'Eshit, et le nom de Sirmond venait à propos pour masquer le subterfuge qui avait fait emprunter celui de Ferrier.
L'abbé Dedouvres a consacré une volumineuse thèse aux ouvrages de polémique qu'il attribue au P. Joseph et dans lesquels il fait rentrer le Catholique d' Es lai ; dans la seconde partie de son travail affectée à la preuve positive'^, il a étudié successivement le P. Joseph comme homme, penseur et écrivain ; il a expliqué les sympathies de l'auteur pour Henri III par ses obligations personnelles et les relations de sa famille avec la famille royale, son intérêt pour Jacques et sa pitié pour le malheur de la schismatique Angleterre, par son voyage à Londres en 1598 avec son parent Hurault de Maisse envoyé comme ambassadeur extraordinaire auprès de la reine Elisabeth, ses observations sur la simplicité des religieux en politique par son ancienne situation de provincial des Capucins et sa promotion récente à la direction des Missions étrangères, ses conseils de douceur pour la conversion des hérétiques et sa passion de l'apostolat par ses sentiments connus à cet égard, son éloge de la belle conduite du roi par le témoignage qu'il en pouvait donner, ayant suiti l'expédition de 1621 contre les huguenots du Midi, ses paroles d'enthousiasme pour la croisade contre les musulmans par ses espérances longtemps nourries de ce côté. Pour le penseur, il retrouve dans les (Envres spirituelles les mêmes idées sur les causes secondes et sur la guerre (jUfc dans le Catholique d'Estat, et le Supplément à l Histoire de Lepré-Balain lui fournit même le principe politique du secret du Conseil. En étudiant l'écrivain, il signale dans l'œuvre indiscutée du P. Joseph des pensées et des images existant dans le Catholique d'Estat ; son argumentation se termine par quatre comparaisons dont la similitude, portant cette fois exclusivement sur le style et non plus sur la doctrine, lui paraîtabsolument concluante ; il en fait de môme pour les références, et il complète sa démons-
1. Cette opinion était ancienne : un exemplaire du Cailiolique d Estât, V^ édit., du cabinet Pécard Catal. n> 190, porte sur la garde la mention ms. du temps : « Par Jean Sirmond, né à Riom. »