‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 212 sur 352 · Op. cil., p. 2m à · texte numérisé non relu

Op. cil., p. 2m à

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tration en énumérant à l'appendice les similitudes de termes entre le Catholique d'Estal et les ouvrages qu il attribue au P. Joseph.

Nous ferons tout d'abord remarquer que pour ces derniers, le raisonnement employé est une pétition de principes, notamment en ce qui concerne le Vindiciœ tlwologiœ Ibero-polilicœ ; mais, ce point mis à part, tous les arguments de fonds employés par l'auteur à l'attribution de l'ouvrage au P Joseph ne pourraient-ils surabondamment s'appliquer, et mieux qu'à ce dernier, au cardinal de Richelieu? Le début de ces deux hommes dans le monde a été le même ; leur éducation scolastique et théologique s'est faite aux mêmes sources ; ils ont été intimement et passionnément associés à la même œuvre politique et religieuse ; leur vie a été en grande partie commune comme leurs idées ; tout cela n'expliquet-il point amplement ces similitudes de pensées ?

Ajoutons qu'il serait facile d'en retrouver d'analogues dans tous les ouvrages des théologiens de l'époque, y compris même les similitudes de figures et de termes ^.

En revanche, l'abbé Dedouvres apporte une contribution précieuse à notre thèse par l'énoncé d'une double objection à la sienne : comment un religieux qui a passé vingt cinq ans, soit à organiser une croisade contre les infidèles, soit à convertir les protestants, a-t-il jamais pu conseillera la France, et la guerre contre la catholique Espagne, etl'alliancedes ennemis de l'Eglise? Quelle que soit la façon ingénieuse dont il y réponde, elle n'en subsiste pas moins, et elle disparaît avec notre attribution, tout en la renforçant. Quant au rapprochement que le même auteur fait de l'opinion du P. Rapin sur le Mars Galliciis, dans son Histoire du jansénisme, avec celle du P. Joseph sur l'A ^monzVzo pour justifier la doctrine de ce dernier dans le Catholique d'Estat, il suffit de réfléchir à la différence des dates, et aux gages que Richelieu a donnés dans l'intervalle aux principes de l'Ordre des jésuites avec la prise de La Rochelle, la solution de l'affaire de Richer et la condai^juation de l'abbé de Saint-Gyran.

1. Pour ne prendre qu'un exemple relatif à ce dernier point, le mot « bon » employé dans l'expression « les bon pèies ■, que signale l'abbé Dedouvres dans le Catholique d'Estat, appendice IX, p 591, revient dans le Miroir du temps passé avec une fréquence ironique qui était relevée par les adversaires de Richelieu, Qiiœstiones quodlibeticœ tempori prœsenli accomodœ , . , , 1626, p. 12, Resolutiones magistrales..., 1626, p. 13.

Ce contemporain du P. Joseph, que l'abbé Dedouvres réclame, qui aurait partagé tous ses sentiments, toutes ses idées, pratiqué ses habitudes de stj^le, reproduit même des parties de ses écrits, ne peut être que le cardinal de Richelieu lui-même, dont le P. Joseph a été simplement l'un des conseillers, avec le P. Berulle entre autres.

Passant maintenant à l'examen de l'attribution du Catholique cCEstat à Ferrier, nous constatons d'abord que pour les contemporains, en apparence tout au moins, elle ne présentait aucun doute ; l'auteur avéré aux yeux de tous, et même de certains familiers du cardinal, comme Mathieu de Morgues ^, était bien Jérémie Ferrier, l'ancien ministre protestant converti, dont le nom figurait au titre età la fin de la préface. En réalité, sa part, ou à peu près, se bornait là, et son nom ne servait qu'à masquer non point celui de Jean Sirmond ou du P. Joseph, mais celui du cardinal de Richelieu lui-même et de son Conseil de conscience.

Un premier argument moral d'un grand poids découle tout d'abord de l'importance de l'ouvrage ; plus haut, nous nous sommes étendus sur la gravité de l'accusation portée contre le cardinal, ^ans des circonstances particulièrement délicates, et sur l'effet qu'elle avait produit sur lui. On l'attaquait dans sa personne, sa situation, sa politique, dans ses convictions religieuses, dans sa dignité ecclésiastique ; ses Mémoires reflètent son émotion et ses préoccupations intimes, lui qui est si sobre d'expansion personnelle ; est-il possible d'admettre qu'il ait confié à un tiers le soin d'y répondre, pour se justifier devant le roi et devant l'opinion catholique ? C'était un théologien (le mot revient dans le Catholique d Estât a\ec une fréquence significative) qui le prenait à partie, lui qui est avant tout un théologien , et il aurait laissé courir une autre plume que la sienne pour répliquer sur le même terrain, lui qui est dialecticien et controversiste par atavisme, par tempérament et par éducation, qui est rompu à la guerre de plume et qui s'y complaît, lui qui ne se confie à personne, se défiant de tout

1. Jugement sur la Préface et diverses pièces^ 1635, p. 29, 44- et 45, (Div. pièces pour la défense de la Reyne-Mère..., Anvers, 1643). L" Ambassadeur chimérique du Cardinal de Richelieu. \^lbid.., vol. IV, p. 143.)

et de toUvS, lui qui entre minutieusement dans ie détail de tout ce qui, à un degré quelconque, l'intéresse, lui ou l'Etat avec lequel il s'identifie, lui qui a écrit les Principaux points de la foy calholiqne, V Instruction du chrétien, et qui amasse les matériaux d'un important ouvrage de controverse contre les protestants, lui dont la vie est sj^nonj^me de lutte, et qui a en mains tous les éléments nécessaires à la justification de sa ligne de conduite, pour la forme comme pour le fonds, qui connaît mieux que personne les ressorts secrets de la politique et intérieure et extérieure ! Ce serait un non-sens, et la négation de cette personnalité puissante, que d'admettre qu'elle n'ait point pris une part directe, active et d'ardeur passionnée dans cette phase de la lutte, dont l'enjeu était son nom et le pouvoir si patiemment reconquis. Cette part se retrouve dans le Catholique d' Estât en partie et dans V Advertissement tout entier, un autre ouvrage qui le suivra de près ; elle ne se borne point là, mais le Catholique d' Estât reste l'œuvre maîtresse de cette période ; si elle marque le centre du cercle dans lequel aura lieu la mêlée, et si elle efface tous les autres ouvrages, ce n'est point tant à cause de sa forme et de sa valeur propre, que parce qu'elle livre la clef de la tactique du cardinal, et qu'elle explique surtout le jeu de ses comparses qui font pour lui l'office de rabatteurs, plus encore que de seconds.

Le Catholique d'Estat était une thèse à la fois politique et religieuse ; nous avons dit plus haut l'intérêt qu'avait Richelieu à relier intimement ces deux aspects ; aussi associait-il les Mysleria à VAdmonitio, avec un parti pris frappant ', pour dénoncer au roi les menées de l'Espagne, l'ennemie séculaire, recommençant sous une autre forme la lutte de Charles-Quint contre François P'' ; de ce côté, le terrain était préparé, car vis-à-vis de l'Espagne Louis XIII partageait avec son peuple une antipathie qu'il avait sucée avec le lait '^. Dans un réquisitoire véhément, l'auteur lui montrait cette puissance suscitant cette campagne de calomnies sous le couvert de la religion, tout en usant à son profit, au nom

1. Le Catholique d'Estat, 1625, p. 24, 142 143,175, 183, 189, 195

2. Héroard, Journal de Louis XII I, t. I, p 90, 123, 129. 246, 265, 313. 318, t. II. p. 38. 89, 107.

ALTOIU DE LA Pl.UME

(le la doctrine, des principes qu'elle invoquait avec l'Ac/mo/iz/zo contre la politique française ; ayant, par une guerre inhumaine d'extermination, réalisé par cupidité la conquête des Indes sous le prétexte des intérêts religieux, cherchant à pousser la France dans une guerre civile religieuse, et à la détacher de ses alliés pour l'amoindrir et l'assujettir, tout en aidant sous main le parti huguenot, suivant sa tradition diplomatique ; oubliant tous les sacrifices que le roi et la France avaient faits pour le catholicisme; a^ant elle-même recherché le mariage d'Angleterre qu'elle lui reprochait maintenant ; aj^ant fait litière avec Charles-Quint, vis-à-vis du Saint-Père, des sentiments de respect qu'elle accusait aujourd'hui Louis XIII de méconnaître ; sachant, lorsque son intérêt l'exigeait, transiger avec ces principes supérieurs qu'elle invoquait maintenant et experte dans l'art de mêler la religion à la politique; il mettait enfin en relief le danger pour l'Europe entière de cette ambition démesurée qui prenait, avec VAdmonitio, un théologien étranger et anonyme comme instrument.

L'Ecriture sainte et l'Histoire lui fournissaient les arguments de sa thèse politique, mais il y avait en plus la partie doctrinale, la plus délicate, car il ne s'agissait pas seulement de prouver la légitimité de la paix avec le parti protestant de l'intérieur, et des alliances avec les puissances protestantes ; la question de la Valteline arrivée à son point aigu pouvait amener la rupture avec la cour de Rome, et il fallait de ce côté répondre aux scrupules religieux de Louis XIII et s'assurer ses directeurs de conscience.

Les 3 septembre 1625, Richelieu écrivait de Limours au roi ^ pour lui conseiller « d'assembler un conseil extraordinaire des « premiers de son royaume, pour prendre leur avis sur les propose sitions du légat, avant d'en former sa résolution » ; et il justifiait la nécessité de cette détermination parla très grande importance de cette affaire en laquelle il allait de la paix de la chrétienté, de la réputation de la France, et de la conservation de ses alliés. Entre les personnes qualifiées qu'il suppliait le roi de convoquer à cet effet, il désignait quatre prélats députés par l'Assemblée du clergé : « au moins en recevroit-on ce profit,

1. Avenel, Lettres,.., t. II, p. 119 cl suiv. Mémoires, t. II, p. 477 el suiv.

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« ajoutait-il, que s'ils ne donnoient de l'argent, ils condamne- « roient les prétentions et le procédé de ceux qui conseillent (( M. le Légat.., ce qui remédieroit fortement aux mauvais bruits « que quelques personnes assez connues épandent tous les jours, t< que sa Majesté et son Conseil protègent ouvertement les héré- « tiques ».

Il serait trop difficile de rechercher le sentiment qui guidait Richelieu dans cette démarche, en contradiction apparente avec son caractère, qui a été relevée comme une anomalie * ; obéissaitil à un de ces scrupules que nous avons montrés comme l'un des côtés de son tempérament complexe, où les convictions religieuses équilibrent d'assez près en lui la raison d'Etat pour l'amener à dégager sa responsabilité devant lui-même ? Eprouve-t-il le besoin pour défendre sa politique de solidariser avec la Couronne toutes les forces vives qui l'entourent, et d'appuyer sa ligne de conduite de l'autorité du groupement de toutes les personnalités les plus marquantes du royaume, par leur valeur, leur situation et leur sentiment religieux? Est-ce un simple calcul, rentrant dans sa tactique, pour nationaliser le débat devant le roi, et avec le roi lui-même, en donnant une cohésion dans le même sens aux énergies qu'il a sous la main ? Veut-il simplement se couvrir ? L'on ne peut que constater le fait sans y répondre ; il est à noter cependant qu'il faisait valoir au roi en faveur de cette assemblée, qu'elle « lui apporteroit grand repos de conscience » et contribuerait aussi à lui assurer le concours dévoué de toute la nation, dans une parfaite communauté de sentiments 2.

D'après la relation qu'il en fit publier ^, Richelieu n'aurait

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