‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 213 sur 352 · G. Faguiez, Le P. Joseph et Richelieu, t I, p · texte numérisé non relu

G. Faguiez, Le P. Joseph et Richelieu, t I, p

2. « Que tous les sujets de Sa Majesté aj'ant eu l'honneur d'y avoir donné « leur avis en la personne des principaux qui seroienl appelés en ce conseil, et « étant par eux rendus capables de ses siuntes intentions et généreuses résolu- « lions, seroient d'autant plus affectionnés et obligés d'y contribuer et leur « bien et leur vie, sil en étoit besoin pour le service de Sa Majesté... » Mémoires, t. II, p. 478.

3. Résolution du Roy en son Conseil sur le déparlement du Légat^ 1625, 12 p Le titre qui incrimine le départ précipité du légat contraste avec le soin apporté dans cette relation à laisser décote sa personnalité; à ce point de vue, elle siuble la contre-partie de la série des fiictunis qui avaient préparé l'opinion, en célébrant la bienvenue de cette dépnlation extraordinaire qui mêlait directement et publiquement la cour de Komeà la question de la Valteline et au différend avec l'Espagne.

parlé que politique dans l'assemblée du 19 septembre, mais le P. Griffet l'a complétée * par un renseignement du plus haut intérêt ;le cardinaldelaValette,ami «toutdévoué»de Richelieu, qui prenait la parole après lui, invoquait en faveur de la continuation de la guerre l'avis du Conseil des théologiens de Rome réunis par le Pape pour l'éclairer sur la conduite à suivre.

Cet incident, reproduit par le Mercure français avec un laconisme significatif 2, est tj^pique ; à lire entre les lignes du P. Griffet bien informé, le cardinal de La Valette n'était que le porte-paroles de Richelieu, et à ce moment, ce dernier avait déjà , comme le pape, soumis au point de vue religieux la question à un conseil de conscience formé des principaux théologiens de Paris.

Le Catholique d'Eslat serait donc le produit de la consultation d'un conseil de conscience ; les circonstances qui avaient précédé l'assemblée du 19 septembre et l'incident bizarre du cardinal de La Valette que Richelieu a omis dans ses Mémoires, malgré son importance, concordent pour montrer combien le procédé de Ri chelieu était, au point de vue religieux, la contre-partie naturelle et logique de l'Assemblée demandée par lui au roi au point de vue politique.

Ce Conseil de conscience, du reste, Richelieu en érigera en principe la nécessité dans des circonstances absolument analogues ; dans son Testament politique, à la suite des considérations

1. (( Il (le cardinal de Richelieu), conclut qu'il estoit absolument nécessaire (( de continuer la guerre d'Italie, et de rejetter toutes les propositions d'acomo- (ï dément qui avoient été proposées parle légat. Le cardinal de La Valette qui « étoil tout dévoué au cardinal de Richelieu se déclara pareillement contre la « suspension d'armes, et pour appuyer son sentiment, il dit que pendant qu il « étoit à Rome, le pape consu/fa di'S théologiens pour savoir jusques à quel point « la religion lui permettoit de se relâcher dans ra''aire de la Valteline, et s'il « pouvoit souffrir en conscience que les habitans de cette vallée fussent remis « sous la domination des Grisons protestants. Ce cardinal ajouta que les « théologiens de Rome répondirent au pape, que non seulement il le pouvoit, « mais encore qu'il le devoit, parce que la religion prescrivoit l'obéissance aux « légitimes souverains, et qu'elle condamnoit l'injustice. Le cardinal de La « Valette couclût que l'intérêt de la religion catholique n'étoit qu'un prétexte « dont les Espagnols se servoient pour couvrir leurs desseins ambitieux, et « et qu'il valoit mieux continuer de leur faire la guerre sans ménagement que « d'accepter la paix à des conditions deshonorantes. » (P. Griffet, Hist, du régne de Louis XllI, Paris, 1758, l. I, p. 470).

2. « Monsieur le cardinal de La Valette a rendu témoignage de ce qu'il a veu « estant à Rome touchant la Valleline. » Mercure français, t. XI, p. 856.

sur la légitimité de la guerre, il recommande au roi, en dernière aiial^bc, et comme recours suprême, de soumettre l'examen de la justice de la cause qui lui met les armes en main (c'était le cas pour la Valteline) à des « Docteurs de capacité et probité requise » i. Or, le Testament politique, avant d'être écrit par Richelieu, a été vécu par lui ; il est le fruit de son expérience encore plus que de ses cavillations ; nous en avons donné ailleurs quelques exemples ; celui-ci en est un autre.

Ce que nous avons dit plus haut de l'immense intérêt que présentait pour Richelieu le Catholique d' Estât iendraii à la conclusion qu'il en est lui-même et exclusivement l'auteur ; et tout semblerait le confirmer, s'il n'y avait à Tencontre, en plus de l'idée qui a présidé en lui à la réunion de l'Assemblée du 19 septembre, la forme même de l'ouvrage.

Son étude, poussée dans le détail, fait reconnaître, en effet, qu'il est une œuvre collective ; sauf l'épître liminaire au roi, qui est d'une seule venue, il présente des décousus, une inégalité, et même des heurts dus, semble-t-il 2 première vue, à l'emploi trop hâtif de matériaux imparfaitement coordonnés, comme s'il était le résultat d'un assemblage de fragments d'origines diverses. Avant tout, il y manque, pour être de Richelieu seul, la forme traditionnelle et rigoureuse de la thèse d'école qu'il affectionne tant et qu'il a toujours employée dans ses mémoires au roi et dans ses œuvres achevées comme les Principaux points de foy et ses autres œuvres théologiques ; ses adversaires bien renseignés ne manquaient pas de le signaler ; une de leurs réponses les plus sérieuses et les plus modérées comme forme le relevait vertement, en insistant sur la difficulté de mettre un vrai titre sur « cette boutique de fripier, ce ramassis de bardes usées 2... »

De plus, le stjle est inégal, tantôt haché comme celui de Mathieu de Morgues, tantôt suivi avec incidentes, comme celui de Richelieu.

Nous en avons dit assez pour reconstituer la genèse du Catholique d'Estat.

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