Traité du devoir et de la vie des évesques, p
3. « Cette vertu est nécessaire à toutes sortes de personnes, maïs particulière- « menl à ceux qui ont le gouvernement ; car c'est la charge d'un Prince d*or- « donner et de conduire les hommes à ses fins par les voyes et moyens qui sont « les plus propres ; ce qui ne peut convenir qu'à un homme sage et prudent. « La nature a donné des yeux aux animaux pour les conduire. Un Prince dans « un Estât et un Evesque dans son diocèse, sont comme les yeux qui con- « duisentles membres de l'Eglise selon la règle de la Loy divine... Cette vertu « de Prudence est si nécessaire à ceux qui manient les affaires publiques que « Salomon ne demanda à Dieu que celte vertu lorsqu'il luy jîromist de luy « accorder tout ce qu'il souhaitterait, parce que sans elle il ne pouvoit gouver- « ner son peuple et le maintenir dans son devoir... Nous voyous dans l'Escriture « saincte que cette vertu est préférée à la valeur, car il est certain que pour « exécuter quelque grande affaire, la prudence est plus utile que toute sorte de « puissance et de valeur D. {Traité du devoir et de la vie de» évesques, p. 61 el suiv.)
sure, et qu'il signale lui aussi comme indispensable aux gouvernants dans la partie de son Testament politique consacrée à la capacité nécessaire à un conseiller d'Etat * ; il en fait montre à chaque page dans ce corps de doctrine où il a énuméré tous les abus, et où sa hardiesse toute-puissante recule devant la difficulté de leur suppression, préférant encore la conservation de l'état des choses existantes à un bouleversement qui serait pire, et devant lequel sa conscience se cabre. Il s'avoue « arrêté » par des questions de droits mi-religieux mi-laïques relatifs à la présentation aux cures - ; pour celle qui a trait à la réformation des monastères qui lui tenait tant au cœur, « celui qui fait ce qu'il peut avec (( prudence pour une bonne fin, dit-il, fait ce qu'il doit, et satisfait « à ce que Dieu demande de ses soins... les choses tempérées « sont d'ordinaire stables et permanentes, mais il faut une force « extraordinaire pour faire subsister ce qui semble forcer la nature » '■^ et il termine en faisant appel à « la prudence '^ du roi ».
Pour le relèvement de la noblesse, il avoue son impuissance à présenter « un expédient général propre aux fins qu'il propose », et avec son esprit positif, il « supprime toutes les pensées de « beaucoup d'autres choses qu'on pourrait mettre en avant à cette (( fin, après avoir considéré qu'ainsi qu'il seroit fort aisé de les « écrire, il seroit fort difficile et peut-être impossible de les pra- « tiquer » ^. Lorsqu'il aborde la vénalité des charges, qu'il réprouve énergiquement « et qui seroit », dit il, « un crime au « nouvel établissement d'une République, la prudence ne permet « pas d'agir de même pied en une monarchie dont les imperfec- (( tions ont passé en habitude, et dont le désordre fait (non sans « utilité) partie de l'ordre de l'Etat. Il faut, en ce cas, succomber « à sa faiblesse... ^ ».
« Les désordres qui ont été établis par des nécessités pu- <( bliques, et qui se sont fortifiés par des raisons d'Etat, ne se « peuvent réformer qu'avec le temps. Il en faut ramener douce- « ment les esprits, et ne point passer d'une extrémité à l'autre.