‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 235 sur 352 · Ibid., p. 44 et · texte numérisé non relu

Ibid., p. 44 et

?y. Ibid..p.U,

4 Censure de l examen de V Apologie des Pères Jésuites en ce qui touche les Ministres convertis à la Religion catholique, 1626.

surprend l'impression d'un polémiste qui a baissé le ton devant un adversaire intangible, inconnu jusque-là et subitement démasqué, en même temps qu'il s'ingénie à abandonner honorablement la lice.

Pelletier avait-il été, sans le savoir, trop bon satirique, avec sa réflexion inopportune sur le « mauvais style » du Catholique d'Estat, et sa remarque finale sur l'équivoque à laquelle pouvait prêter le nom de du Ferrier ? C'est fort possible, et il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'il eût payé d'une disgrâce auprès de ses anciens amis sa trop franche et dangereuse perspicacité comme semblerait le prouver un passager de sa lettre à M. de Bérulle ^, où il parlait de « l'indigne traitement qu'il recevait de ceux que « la révérence du caractère lui fait taire ». Ces derniers mots d'amertume permettent de supposer qu'il avait été sacrifié au ressentiment du cardinal par ses protecteurs dont il avait été l'instrument trop zélé, et ce détail, malgré sa faibb valeur hypothétique, vient s'ajouter encore aux arguments que nous avons donnés en faveur de l'attribution an Catholique cï Ei^ial à Richelieu.

Une polémique pareille, où jouaient tant de facteurs, ne pou-

1. La Promotion de M. de Beriille au Cardinalat, Paris, chez A. Bacot,rue des Carmes, iu-S", 15 p., datée du 15 septembre 1627. Pelletier félicitait le nouveau cardinal « d avoir rallié dans la France le corps des Jésuites, comme un « fort bastion pour l'opposer aux plus rudes et plus fascheux ennemys de la « Religion » et le suppliait à la fia de lui continuer l'honneur de ses bonnes « grâces afin, disait-il, « que si j ay perdu votre ancien amy, ceste lumière de « l'Eglise, le grand Cardinal du Perron mon support, je trouve en vous quel- « que consolation de l'indigne traitement que Je reçois de ceux que la révérence du « caractère me fait taire, et lesquels nont eu aucune commisération de me voir « blanchy et vieilly en servant le public selon mon faible talent. » Pelletier en avait fait tout autant, quelques années plus tôt, pour le cardinal de Richelieu {Lettre à Monseig. l'Illustrissime Cardinal de Richelieu sur sa promotion au Cardinalat, Paris, Ant Estienne, 1622, Catal. Pécard, n" 956.) V. dans Avenel, la lettre de remerciement de ce dernier, Lettres, t I, p. 738. M. G. Fagniez (Le P. Joseph et Richelieu, t. I, p. 97) a signalé en passant le rôle de Pelletier, dont l'attitude équivoque est précisée par la publicité qu il aidait à donner au Jugement de 1 évesque de Chartres. {Déclaration de MM. les Cardinaux, archevesques, evesques, et autres ecclésiastiques, députez en l' Assemblée générale dn Clergé de France tenue d Paris, touchant certains libelles faicts contre le Roy et son Estât, trad. du latin de M. Veocsque de Chartres, par le sieur Pelletier, Paris, Ant. Estienne, 1625.)

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vait se dérouler sans toutes les complications possibles dues au bouillonnement des intérêts et des passions de toutes sortes qu'elle soulevait ; l'une d'elles se produisait dès le début, et dans des circonstances si bizarres qu'elle mérite une étude spéciale ; sa place ici est justifiée par ses rapports étroits avec la lutte de Riclielieu et des jésuites.

Quelques jours avant la publication du Catholique d' Estai j avait paru un ouvrage volumineux répliquant à V Admonitio^ sous le titre de Responce an libelle intitulé Admonitio ; il faisait l'objet de l'avertissement suivant de V Imprimeur au lecteur imprimé en tête du Catholique d' Estât ; nous le donnons intégralement, vu son importance : « Je vous puis asseurer que la responce précipitée « publiée le 10 du présent mois encore qu'elle soit dattée du (( 18 octobre, n'a jamais esté veûe ny cognûe, non plus que son « autheur, à l'autheur de celle-cy, qui m'avoit donné sa copie il y « a plus d'un mois tout entier. S'il y a de la rencontre, comme il « est visible qu'il y en a, la faute n'en est pas à nous, mais à ceux « qui, par je ne scay quelle voye, ont mis le nez dans la nostre. « Le lecteur en jugera luy mesme par la comparaison. J'ay laissé « la haste et la honte à ceux qui l'ont voulu avoir. »

Les deux ouvrages avaient donc paru à cinq jours d'intervalle, et à ne tenir compte que de ce fait, l'on pouvait taxer de plagiat le Catholique d' Estât ; l'avis de l'imprimeur avait évidemment pour premier but d'expliquer la possibilité de plagiat par l'auteur de la Responce, celui-ci ayant pu avoir connaissance du manuscrit du Catholique d'Estat chez l'imprimeur où il était déposé depuis un mois. D'autre part, la remarque que la Responce était postdatée, et avait paru en réalité le 10 et non pas le 18 octobre, semble au

1. Responce au libelle intitulé Admonition à Louis XIII, roy de France, s. I., 1625, petit ia-8o, 148 p. et 5 p. non chiff. pour l'épître liminaire au roy, signée C. G. et datée du 18 octobre 1625. (Bibl. nat.. L. B., 136, 2.388 ) La Bibl. nat. possède sous les nos suivants, une deuxième édition qui ne diffère de celleci que par le titre et les fleurons, et une troisième dont les titre et dédicace portent le nom de Ferrier. G. Hubault, Depoliticis in Richelium lingua latinâ libellis, Saint-Cloud, 1857, p. 114, en mentionne une quatrième sous le titre « Response au libelle intitulé Avertissement au roy trés-chrestien, à Paris, chez Charles Ulpeau, demeurant au bout du pont Saint-Michel, à la tournée des Augustins, à l'image Saint Jacques, 1625, in-4'' de 148 p. Suivant cet auteur dont nous n'avons pu vérifier le dire, l'épître liminaire est signée J. G. (?) et datée du 18 octobre 1625 comme les précédentes, et la permission, imprimée sur la dernicrr page, datée du 23 octobre de la même année.

contraire infirmer ] accusation de plagiat portée contre cet ouvrage, puisqu'elle augmente encore son antériorité ; mais elle est là pour expliquer la précipitation anormale avec laquelle a été faite la Responce, précipitation qui !ui est reprochée dès le début. L'on voit aussitôt tout ce que cet avis renferme d'invraisemblable; en premier lieu, si l'on prend comme exacts ses renseignements numériques, et dans les limites extrêmes, l'on constate, en rapprochant les dates, que c'est du 23 septembre au 10 octobre, c està-dire dans Tespace de 18 jours au maximum, que cet « auteur inconnu » (une autre invraisemblance) a pu se procurer, « on ne sait par qu'elle voye > , le manuscrit du Catholique d! Estât, le lire, s'en inspirer pour composer son ouvrage de 148 pages, le faire imprimer, et le livrer au public I

11 ne faut guère, suivant toute apparence, accorder plus de créance à la seconde allégation, cette accusation de postdate portée contre l'auteur de la Responce, car elle est non seulement toute gratuite, mais encore démentie par les faits. Ainsi que cet auteur le déclare, il avait tout intérêt à faire paraître le premier une réfutation de VAdmonitio, et par suite à antidater son livre plutôt qu'à le postdater ; il s'en fait gloire du reste, et dissimule peu le motif qui l'a guidé à prendre la défense du roi auquel il dédie son livre et dont il attend sa récompense. Comment admettre que dans ces conditions, il ait reculé lui-même la date véritable de la publication de son livre, ce qui l'exposait à perdre le bénéfice de son effort hàtif que constat^, d'autre part, le Catholique d'Estat lui-même ?

L'auteur de ce dernier ouvrage, au contraire, avait tout intérêt à ne point passer pour plagiaire, et par suite à établir que la Responce n'était qu'un plagiat maladroit et précipité ; cette préoccupation qui le conduit à une explication aussi bizarre, permet de conclure que la vérité était précisément l'inverse de ce qu'il cherchait à prouver et que, s'il y avait eu plagiat, c'était au détriment de la Responce, que le Catholique d'Estat semble donc, a priori et sans plus, avoir connue et utilisée.

Il y avait, en effet, plus que « de la rencontre » entre les deux ouvrages, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer, pour ce point, à la thèse fort documentée de l'abbé Dedouvres qui s'est ser\i, entre autres, de cet argument, pour les attribuer au même auteur ; mais, en revanche, que de dissemblances profondes tarit

dans le fonds que dans la forme ! Ce sont bien les mêmes points traités, et dans le même ordre, les mêmes faits historiques présentés comme arguments, mais le plus souvent avec une interprétation et des vues absolument différentes . Alors que le Catholique dEslat incrimine l'Ordre des jésuites, sous main, il est vrai, mais d'une façon rendue plus frappante par le soin qu'il apporte à mettre hors de cause les Pères français, l'un des traits saillants de la Responce est, au contraire, d'en rejeter toute la responsabilité sur Boucher ^ ; ce parti pris évident d'absoudre l'Ordre règne d'un bout à l'autre de l'ouvrage ; si Eudemon Johannes est cité, en passant et à la fin, c'est pour être déchargé de l'accusation portée contre lui par une plaisanterie quelque peu forcée ^ ; l'auteur rattache bien VAdmonitio à l'influence persistante de la Ligue, mais en général, et sans aucune allusion à rOrdre fameux ; il était fatalement entraîné, en touchant à cette question, à aborder la doctrine épineuse de la souveraineté des rois qui leur était reprochée ; mais il ne le faisait qu'incidemment, sous la forme la moins agressive possible, en mentionnant seulement, sans insister, et comme un détail déjà oublié et sans importance, « les vieux haillons de Mariana et autres ennemis jurez de nos roys ^ », sans prononcer leur nom, même une seule fois, et en se retranchant prudemment, et en termes vagues, pour défendre la couronne à ce sujet, derrière l'autorité de la Sorbonne et du Parlement.

Il serait trop long de suivre, en les comparant, ces deux ouvrages, pour relever les divergences existant entre eux sur la plupart des points de détail ; nous ne le ferons que pour deux parties typiques, celles qui ont trait au Saint Père et au cardinal de Richelieu, et qui ont déjà arrêté notre attention à l'examen du Catholique d'Estat. La formule de soumission anticipée au Saint- Père dont nous avons signalé, dans ce dernier ouvrage, la dignité alliée à une déférence respectueuse, est ici d une humilité contrainte et empruntée qui sonne mal ^. Quant au cardinal de Richelieu, ce qui le touche prouve qu'il a été complètement étranger à

1. Responce au libelle intitulé Admonition à Louis XIII Roy de France^ 1625, p. 3, 4, 7, 16, 18, 19. 33, 44 48, 49, 50, 95, 100, 139, 141.

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