‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 255 sur 352 · Considérations d'Estat, p · texte numérisé non relu

Considérations d'Estat, p

5, « Or, il se faut aussi souvenir d'une autre maxime, qui est non seulement « fondée en très-grandes raisons, mais encore approuvée par infinies expé- « riences ; que tant que nous aurons de quoy estre n considération par nos « propres forces, et par la puissance de notre Estât, nous serons toujours très « bien à Rome, et que ceste Cour sage et advisée par dessus toutes les autres, « sçaura bien accomoder ses iutérests aux nostres. » {Considérations d'Estat, p. 17. Richelieu en disait autant devant le roi, pour justifier son refus de céder aux instances de la cour de Rome en vue de se rapprocher de 1 Espagne... Le cardinal soutint courageusement... {Mémoires, t. II, p. 313). Le Testament poZiVique fournit la même considération. (T. Il, p. 33 et 34.)

a pas déplu de voir un tiers lui reprocher sa mansuétude enver les Jésuites, tout en donnant un corps aux sous-entendus mena-! çants du Catholique dtEstat ; sous ce rapport, en effet, les Considérations dEsial complétaient bien son œuvre d'intimidation des Jésuites, en montrant à ses adversaires les armes qu'il avait en réserve contre eux avec le Parlement, et elles ne le servaient pas moins en le justifiant par avance de toutes les mesures de rigueur possibles.

Quoi qu'il en soit, et ceci vient à l'appui de cette hypothèse, le fait est que l'ouvrage recevait une publicité quasi officielle par son insertion dans le Mercure français ; il n'3^ était point toutefois reproduit textuellement, car il eût été un désaveu du Catholique d'Estat, en ce qui concernait les Jésuites, mais en une courte analyse, où tout ce qui avait trait aux protestants avait été soigneusement éliminé '.

L'on s'explique cette précaution en lisant les dernières pages qui leur étaient consacrées ; et l'on comprend aussi pourquoi l'ouvrage n'a pu sortir du cabinet de Richelieu ; l'auteur reconnaissait que « cette malotrue Assemblée de la Rochelle avoit fait tout ce « qu'une cohue de fous et d'insensez pouvait faire ^ » ; comme le Catholique d'Estat, le Miroir du temps passé ^ et la France au désespoir *, il invoquait comme arguments en faveur de la paix avec les protestants la nécessité d'éviter une guerre civile, ruineuse pour la France épuisée, dangereuse en ce qu'elle la divisait et la laissait sans défense contre les ambitions envahissantes de l'Espagne qui l'y poussait par intérêt sous le manteau de la religion, avec l'aide des Jésuites ; tout cela, Fancan et Mathieu de Morgues l'avaient dit avec Richelieu, mais ils avaient été tous deux sur ce point d'une discrétion qui contraste avec leur violence sans frein contre les Jésuites, et ils n'avaient évoqué ni la sympathie, ni les obligations morales en faveur de ce rapprochement ; c'est ce que faisaient au contraire les Considérations d'Estat, en insistant à la fin sur l'attachement des protestants à la Couronne, et sur l'aide qu'ils avaient prêtée aux catholiques pendant la Ligue ^. Cela seul

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