Ibid. ., p
rieure, en 1631 , deux libelles opposés comme idées rappelaient la disgrâce du pamphlétaire en l'attribuant à la même cause ; l'un d'eux le signalait comme l'auteur d'un « escrit scandaleux publié contre l'honneur de Sa Sainteté, et dont le cardinal Spada, alors nonce du Pape, se serait plaint, et aurait demandé justice au roi, ce qui aurait donné lieu, disait-il, à la prison de Fancan, et il en prenait texte pour justifier Richelieu de sa rigueur contre le pamphlétaire * ; son témoignage a d'autant plus de poids que Richelieu lui-même le consacrait en faisant réimprimer in extenso cette pièce dans le Recueil documentaire de 1635, au caractère quasi officiel '^ ; le second pamphlet écrit contre Richelieu lui reprochait, au contraire, d'avoir fait faire à Fancan, « du temps des notables, un petit livret qui courut contre le cardinal de Spada, qui estoit alors nonce en France, où le pauvre cardinal de Bérulle et le garde des sceaux de Marillac n'estaient pas espagnez », non plus « que le pape d'aujourd'huy qu'il lui faisoit déchirer de toutes façons ^ ». Il s'agit évidemment du même ouvrage, que les amis et ennemis de Richelieu étaient unanimes à donner à Fancan, les premiers en lui en laissant à lui seul la responsabilité, les autres en la faisant remonter à Richelieu dont Fancan n'aurait été que l'instrument passif ; or cet ouvrage ne peut être que le Catalogiis, et comme fonds et comme date ; l'attention inquiète qu'apportait plus tard le cardinal Spada au désaveu de Richelieu achève de le confirmer, et il n'est pas jusqu'à ce détail de la plainte du nonce au roi dont nous ne verrons confirmer l'exactitude et par Richelieu lui-même *.
Le Catalogus pourrait servir de sous-titre à un nouveau cha-
1. L'Innocence justifiée en l'Administration des affaires. Adressée au Roy, 1631, p. 36-38.
2. Recueil de div. pièces pour servir à l histoire, 1635, p. 465.
3. Div. pièces pour la Défense de la Roy ne- Mère...., Anvers, 1644, t, IV.
4. L'Appendix ad Catalogum que nous verrons plus loin et qui répliquait au Catalogus posait nettement la question d origine : « Quot aureis Catalogus « librorum Mystico politicoruin venerit ? » Il la résolvait par quelques mots énigmatiques : « Rheniis apud Universitatis Bidelluni '),p. 7, tit. XXVIII. Nous ne pouvons que signaler ici cette allusion, sans pouvoir l'expliquer. F'aut-il en rapprocher un passage de la Responce à la Voix publique, écrite contre Fancan ,* qui conseillait de faire lire à l'auteur de la Voi.x publique « le traiclé fait par le Principal du Collège de Reims, de l'utilité de la calotte »? (p. 24}.
pitre d'histoire littéraire sur les catalogues de bibliothèques imaginaires ' ; il donnait le branle et provoquait toute une série de répliques sous In même forme que nous retrouverons en leur temps ; deux seulement suivaient immédiatement le Catalogus, la Virgidemia ^ et la Racematio Virgidemiœ, toutes deux venant de l'étranger, avec leurs allusions lourdes, confuses et inintelligibles, et sans autre intérêt que celui de leur forme à côté des trois autres libelles qui se suivaient et qui constituaient la véritable réplique au Catalogus, la Vila Illiistrissimiy le Jiibiliis confœderatoriim ou Nova iiovorum, et Ir. Qiiœstio polilica, d'après leur ordre d'apparition.
Avec le premier, surtout, ils représentent dans cette polémique la phase la plus aiguë et la plus féroce; ce n'était plus l'allusion plus ou moins dissimulée et humoristique, le sous-entendu plus ou moins discret ; les accusations ne sont plus maintenant perdues, comme des coups de griffe isolés, dans des considérations d'ordre politique ou peligieux; elles constituent, à partir de ce moment, le fonds unique et avoué de ces libelles ; c'est le pamphlet narratif à l'allure sérieuse, renchérissant sur tous ceux que l'on a vus, et s'ingéniant à accum.uler tout ce qu'il peut trouver de plus blessant et de plus cruel. Bien que chacun d'eux apporte à l'envi sa contribution dans cet assaut furieux donné contre Richelieu, nous ne les séparons point pour éviter des redites, en nous attachant à la Vita"^ qui en est le prototype et qu'ils citent tous en le complétant. Aussi les adversaires de Richelieu lui donnaient-
1. Journal de Vamateur de livres (sept. 1848 et janvier 1850). Citons comme contribution à cette étude quelques pages des Jeux de lincogneu attribué au Comte de Cramail,(Le Hertiou l'universel, 1630, p. 13).
2. Virgidemia in mystico-politicorum lihellorum auctorcm, 1626. Ce libelle, in-4o, 16 p., a comme sous-titre : Séries librorum vulgandoruni ; il est surtout dirigé contre les protestants, en faveur des Jésuites. Son dernier paragraphe (Prodibunt lioec prodeuntibus Charonticis raystico-politicis libellis ; anno eodem, nundinis iisdem, sed castiore bis calamo) semble annoncer l'ouvrage suivant Racemalio "^"irgiderniœ iiijsli o Biblio:he.cario Rabelorsio, 1626, in-4°, 18 p. ; comme le précédent, c'est le Catalogue satirique d'une bibliothèque imaginaire contre les calvinistes ; Hubault le signale. De pohticis.., p. 111.
3. Vita Illuslrissimi Domini Cardinalis Richelieu prœfecti intiwi Senatus Régis Galliarum. Auctore Remigio du Ferron Andtgavo ad instantiam quorumdam Principum et Aulicorum Regiorum édita. Aurelivs Apud Arnoldum Martz. MDCXXVI. Ce pamphlet avait peut-être été inspiré par l'annonce des 400 thèses sur la vie du Cardinal donnée par un pamphlet antérieur, Veritas odiosa (p. 30).
ils une publicité énorme, encore plus grande qu'à VAdmonitio; le pamphlet paraissait en français à Genève, Lyon et Amsterdam, en flamand à Leyde, en latin à Rouen, Orléans et Paris, et dans tous les formats, in-4°, in-S** et-12 * ; Francfort, à elle seule, en recevait plusieurs milliers d'exemplaires en quatre langues 2, et ils en partaient secrètement pour la Belgique, la Germanie, Venise, la Bohême, l'Autriche, la Pologne et l'Espagne ^.
La Vita retraçait toute l'histoire de Richelieu depuis sa naissance, en commençant par son origine « de noblesse vulgaire * », ses penchants abominables, son adolescence dissolue, passée au milieu de semi-hérétiques, le mûrissant pour tous les vices; elle le montrait faisant mourir son père de chagrin, exclu par son frère aîné de l'héritage paternel, devantl'évêché de Luçon à un marché honteux...
Un passage intéressant donnait quelques détails sur ses débuts comme orateur ^ ; mais il faut recourir à la Qiiœstio poUiica et au Jubilas pour y retrouver cette confession publique de ses fredaines de jeunesse dans un sermon sur l'enfant prodigue prêché
1. Quœstio politica an rectè Cardinàlis Richelius suaserit fieri pacem a Rege Gallîœ cum rebellibus Huguenottis, ut hélium transferatur in Palatinum adversus Hispanum, Lugduni, 1626, p. 8.