‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 294 sur 352 · Avencl, Lettres..., t. II, p · texte numérisé non relu

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DU CARDINAL DE UrCHEHEl 419

de la cour de Rome ; c'est dans ce sens qu'il fallait remonter le courant de l'opinion publique, et il utilisait encore pour cela les services de ses deux écrivains, Mathieu de Morgues et Fancan.

Ce dernier le servait autrement bien que l'autre avec son génie d'intrigues, et nous en arrivons avec lui à l'un des épisodes les plus curieux de cette période de l'histoire de la plume du cardinal. De Morgues avait sacrifié Marcel aux nouvelles exigences du maître ; Fancan en faisait autant avec Dryon ; ce dernier était l'auteur de deux factums signalés plus haut, en faveur de la paix avec les protestants, factums écrits à la demande de Fancan ; sur la dénonciation de celui-ci ^, encore moins motivée que celle de Morgues, il était arrêté et mis à la Bastille malgré ses protestations ; mais elles étaient compromettantes, et le Mercure français les donnait au public, savamment dénaturées, pour lui faire savoir que d'après son propre aveu, Dryon était seulement l'auteur du premier factum, le seul avouable, qu'il reproduisait à la suite, débarrassé de tout ce qui pouvait paraître injurieux ou blessantet pour la cour de Rome et pour les protestants, et capable de continuer à envenimer la polémique.

Grâce à la loquacité désordonnée de Dryon, dont se plaignait le chevalier du Guet, trop consciencieux pour rien omettre, l'on peut voir le dessous de cette comédie en comparant le procèsverbal authentique de cette arrestation à celui qu'en donnait le Mercure français. Bien que le nom de Fancan fût laissé en blanc dans la relation officielle, le public averti le devinait facilement ; il était ainsi mis au courant de l'inimitié de Dryon et de Fancan, ce qui absolvait ce dernier de toute immixtion dans le Discours au roy, aussi modéré vis-à-vis des Jésuites que le Catholique (ïEstat et dont la responsabilité incombait tout entière au Conseil du roi qui l'avait approuvé ; en août 1626, Richelieu n'avait-il pas, en effet, aussi tout intérêt à faire savoir qu'il avait d'autres porte-paroles que Fancan, et cela par la publicité donnée au nom du véritable auteur du Discours ? Quant à VAdvis salutaire, la déclaration (inexacte du reste) de Drj^on qu'il n'avait rien écrit après le Discours, permettait à Richelieu de se défendre d'y avoir eu la moindre part, aussi bien que son cabinet, et elle empêchait, en tout cas, que l'opinion ne s'égarât sur eux.

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