‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 295 sur 352 · Avenel, Lettres..., t. II, p · texte numérisé non relu

Avenel, Lettres..., t. II, p

Cet incident, de même que la lettre de Mathieu de Morgues, fournit sur P'ancan des indices précieux qui nous serviront tout à l'heure ; pour l'instant, il ne faut en retenir que la façon méticuleuse dont Richelieu préparait l'opinion publique à son évolution.

Le réquisitoire énergique contre la Rochelle, qui servait de préface à son Discours, avait été une première satisfaction donnée par Richelieu au parti catholique ; il l'accentuait encore, vis-àvis de Rome, dans l'affaire des réguliers, en faisant donner un arrêt royal définitif contre l'Université et le Parlement ^ ; d'un autre côté, l'orientation nouvelle de son cabinet avait, pour but de mettre fin à la polémique. Dans ce dernier ordre d'idée, l'affaire de Dryon, qui se résumait en un désaveu de VAdvis sahilairc, n'avait d'autre valeur que celle d'un acte négatif à publicité restreinte ; Richelieu estimait-il que ce n'était point suffisant et prenait-il lui-même l'initiative d'un geste décisif? Celui-ci lui était-il, au contraire, sinon imposé, au moins suggéré, comme devant mettre le sceau, dans un apaisement définitif, à la cessation de la polémique et à la réconciliation avec le nonce ? Les archives du Vatican et de Venise détiennent peut-être les éléments, inconnus pour nous, d'une réponse à cette question ; toujours estil que Richelieu choisissait l'œuvre la plus acerbe qui avait creusé le fossé le plus profond entre lui et la diplomatie espagnole et papale, l'ouvrage le plus violent du chef de son cabinet, de l'homme qui personnifiait à lui seul la lutte contre Rome et contre les Jésuites, c'est-à-dire le C atalo g us, ei il le condamnait publiquement en désavouant en lui les excès de ses libellistes, par un factum spécial, VAdvis d'un théologien sans passion.

Ce désaveu n'occupe qu'une très faible partie de l'ouvrage, mais en réalité il le domine, et il en est même au fond le sujet essentiel, car l'auteur le prépare dès le début, avec sa justification des intempérances de plume que l'on pouvait reprocher aux écrivains qui avaient fait campagne en faveur du cardinal ; ceux-ci n'avaient fait, en résumé, que défendre leur maître contre des attaques

1, Abbé Puyol, Edmond Richer, Pnris, 1876, l. H, p. 327, 2 novemb. 1626.

ignominieuses qui avaient été jusqu'à prêcher contre lui l'assassinat ^ ; il énumérait les principaux de ces pamphlets et en indiquait les origines puisées en partie dans les indications de la lettre de Morgues que nous avons citée ; la question politique venait ensuite, mais la politique extérieure seule, avec la justification de l'opposition du gouvernement à une ligue catholique allemande. Après un panégyrique de Richelieu, où sa dignité ecclésiastique était mise en relief, VAdvis menaçait des foudres de Rome les auteurs des libelles et finalement, comme conclusion, jetait par-dessus bord le Catalogiis ; du rapprochement de la menace de Rome et de ce désaveu, l'on déduit sans hésitation le but secret de l'ouvrage ; il faut lire tout entier le passage où Richelieu convient que «le railleurindiscret », auteur dupamphlet, avait été trop loin, bien que ne faisant que suivre l'exemple de ses adversaires : « Je confesse que ce Railleur indiscrel, avec son « Catalogue des Livres, a irrité vos mauvaises humeurs : mais (( vous aviez desjà provoqué les siennes . Il a eu tort d'offenser « dans ses énigmes, quelques conseillers des princes voisins, !( comme si les Ministres de notre Estât ne pouvoient estre ver- « tueux, si ceux d'Espagne ou de Flandre n'estoient vicieux (ce <( que nous ne croyons pas). Nous recognoissons au contraire, et « expérimentons tous les jours, qu'ils servent prudemment et '( généreusement leurs Maistres. Souffrez aussi (s'il vous plaist) « que les nostres servent leur roy avec fidélité et courage, puisque « les vostres leur en donnent l'exemple. Mais ne leur prescrivez « pas vos imaginations, pour règles de leur conduite, et ne ra- « massez pas toutes les injures des comédiens grecs et latins, s'ils « ne se gouvernent pas selon vostre fantaisie. Si vous continuez « à le faire, vous affermirez davantage leur résolution, de peur « qu'il ne semble s'estre relaschez pour vos injures ^ »...

Pour écrire VAdvis d'un théologien sans passion 3, Richelieu

1. Advis d'un théologien sans passion. Rec. de div. pièces..,, 1635, p 665 el 666. Sapiens francus, 1626, Quest. XXXII p. 18.

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