Deageant, Mémoires, Grenoble, 1668, p
manœuvres louches dont il était la dupe^ ; du reste le procédé rentre trop bien dans le génie d'intrigue peu scrupuleux de Fancan pour que le fait ne mérite pas toute créance.
Même suspect et convaincu d'abus de pouvoir, Fancan était trop utile à Richelieu pour qu'il se débarassât immédiatement de lui ; que ce soit en souvenir des services rendus, ou par simple calcul en prévision de ceux qu'il pouvait encore en attendre, il avait foi, ou feignait d'avoir foi en ses promesses. N'avait-il pas jusque-là du reste accepté, jusqu'à un certain point, de paraître sa dupe ? N'était-ce pas aussi la crainte de se déjuger trop brusquement qui l'empêchait de briser brutalement avec son auxiliaire de la veille, et donner raison à ses ennemis ? Autant d'hypothèses possibles, si le Testament politique n'était là pour convertir l'une d'elles en certitude. Fancan faisait des promesses, et Richelieu, avec une indulgente crédulité dont il s'est accusé, donnait dans le panneau; de Morgues, qui lui aussi avait intrigué avec Fancan contre leur maître commun, dans l'affaire du mariage de Monsieur, ne donnait-il pas aussi de son côté des gages de sa soumission, en consentant à écrire sous la dictée du cardinal dsLnsVAdvis d'un théologien sans passion, le blâme infligé au « railleur indiscret » dont il avait suivi fidèlement le mot d'ordre depuis quatre ans ? Richelieu n'avait donc pas de raisons pour ne pas croire à la sincérité de Fancan, et il passait l'éponge sur son passé. Une naïveté pareille de la part de Richelieu pourrait surprendre, s'il n'en avait fait l'aveu dans le Testament politique. Le fait est qu'il était vite et cruellement détrompé ; le pamphlétaire astucieux et retors était incorrigible, et «gardant sa malice dans le cœur, il n'avait reconnu sa faute que des lèvres » ; resté agressif, inquiet et mécontent, ennemi de tout joug, incapable de toute souplesse, comme de grandes vues, ayant gardé toute son audace accrue de l'influence acquise au maniement des intrigues sous le couvert de l'autorité de Richelieu, ayant conservé des habitudes d'indépendante initiative autorisée par la confiance du maître, incapable de mettre un frein à sa plume et