‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 311 sur 352 · Ibid., no · texte numérisé non relu

Ibid., no

6. Quant à la vénalité de Fancan qui a élé regardée par quelques auteurs comme la cause de sa disgrâce, aucun document ne l'établit dans l Inventaire ; non seulement les pièces no 271, 437, 605 et suiv. ne montrent pas qu'il ait été à la solde d'un parti, mais les maniements de fonds qui lui étaient confiés pour en disposer prouvent qu'on se fiait à son désintéressement.

l, qu'il a toujours regarde cet instrument comme un ennemi. La façon dont il dépeint son caractère ne peut s'expliquer que par une fréquentation intéressée avec un homme qu'il ne pouvait estimer, et qui lui était odieux ; c'est le vieux levain qui déborde de l'union forcée de deux tempéraments d'essences incompatibles. Il a repris là toute la vie de son ancien agent; cette prolixité inaccoutumée chez lui qui se possède toujours, amène à penser qu'après l'arrestation de Fancan, non seulement il a appris par le menu tous les détails de ses dernières trahisons, mais aussi la vérité sur les compromissions dont il s'était rendu coupable en son nom et à son insu, et sur l'abus qu'il avait fait de sa confiance en outrepassant ses instructions au temps de sa faveur. Là, en revanche, rien ne laisse percer le dépit d'avoir été dupe ; il n'y a d'autre allusion à leurs anciens rapports que le souvenir donné aux services rendus dans la mention de « son inclination à exa- « gérer les récompenses... B

Que les langues se soient déliées au début, lorsque Fancan est devenu suspect de par ses idées, et que Richelieu ait appris alors que son ancien confident avait pris l'initiative d'intrigues qui dépassaient son mandat, rien de plus vraisemblable ; l'on peut en dire autant des idées religieuses de Fancan sur lesquelles il était suffisamment édifié, et des « libelles dangereux » au nombre desquels était en première ligne ce Catalogiis qu'il avait cru devoir désavouer. Mais il est évident que l'arrestation de Fancan était trop postérieure à VAdvis d\in théologien sans passion pour n'avoir pas été provoquée par un fait nouveau survenu après la publication de cet ouvrage, et séparé de lui par une assez longue accalmie due à l'indulgence du cardinal. Cette accalmie et cette indulgence sont indéniables, d'après le Testament politique lui-même; l'allusion au danger des esprits qui « retournent à leur vomissement » ne peut être plus claire, de même que l'aveu de son manque de perspicacité sur la possibilité de conversion sincère de ces esprits.

Il est bien difficile de rechercher le fait précis qui déterminait Richelieu à sévir ; d'après le réquisitoire dont le dire est confirmé par une pièce postérieure approuvée par Richelieu ^, on voit

1. U innocence justifiée 1631, p. 38, réimprimée dans le Recueil des dio.

pièces pour servir à l'histoire, 1635, p. 465.

que les médisances de Fancan contre le roi atteignaient aussi la reine par ricochet ; il est à présumer qu'avec sa tournure d'esprit quelque peu libertine, elles devaient avoir trait à la stérilité de celle-ci, et se relier à la passion du roi pour la chasse; elles avaient, et tout récemment, assez ému Richelieu pour qu'il en fît l'objet d'une phrase très intentionnelle de la Lettre déchiffrée ^ qui semble répondre au passage d'une ancienne pièce de Fancan, déjà supprimé lors de sa réimpression dans le Mercure. Mais le fait que, d'après Richelieu, le roi prenait en mains l'afïaire de Fancan et l'initiative de son châtiment 2, semblerait bien prouver que Richelieu n'a point voulu paraître sacrifier le pamphlétaire à une injure personnelle, et c'est là pourtant que se trouve, nous semble-t-il, la clef du mystère. Cette opinion a pour elle le Testament politique, qui, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, renferme la genèse du'duel entre Richelieu et Fancan seuls et dont un commentaire très simple conduit à la même conclusion.

Elle s'appuie d'abord sur un fait significatif qui permet de circonscrire le problème : l'arrestation de Fancan suivait de près la Lettre déchiff'rée; voilà les prémisses d'une hypothèse quelque peu hasardée, nous le reconnaissons, mais qui est tentante dans sa vraisemblance.

L'arbre généalogique du Cardinal publié par la Lettre déchiffrée ne comprenait rien moins que la descendance de Louis le Gros, dont les favoris successifs du roi, de la Vieuville et après lui de Luynes, avaient déjà cherché à se réclamer, comme par une sorte

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