‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 313 sur 352 · B.N. Ms. Fonds fr. 6651, f · texte numérisé non relu

B.N. Ms. Fonds fr. 6651, f

« un serpent dans son sein sans s'exposer au hasard d'en être pic([ué ! »

Il nous reste, pour en finir avec Fancan, à revenir encore une fois sur 1-a thèse de Gele}'^ ; cet auteur a reconstitué l'histoire de la disgrâce de Fancan d'après les dires de Mathieu de Morgues auxquels il a accordé une confiance imméritée ; comme nous le verrons plus tard dans l'examen de la polémique postérieure de ce dernier avec Richelieu, lors de sa rupture avec la reine mère, tous les moj'Cns lui étaient bons contre son adversaire, et cette première considération rend a priori son témoignage suspect. Mais il y a plus : si de Morgues a parlé de Fancan et a défendu sa mémoire, l'initiative n'est point venue de lui ; dans son premier pamphlet, la Tres-humble Remonstrance au Roy, il ne prononce pas son nom; ilfaut qu'on lui reproche l'amitié de Fancan, un athée <( convaincu d'avoir toujours favorisé les intérêts de l'hérésie dedans et dehors dans le Royaume contre le roy » ^ pour qu'il proteste, en affirmant les convictions religieuses de Fancan, comme il l'avait déjà fait dans la France au désespoir, et qu'il accuse Richelieu d'avoir sacrifié aux rancunes du P. Joseph, « son « familier et confident de 10 ans, emploj'é par luy en plusieurs « négociations de très grande importance, frère de l'Intendant de « ses affaires, fait abbé et archidiacre d'une église cathédrale à sa « prière... - » Ailleurs, de Morgues changera un peu de thèse ; avec ses amis, il attribuera la suppression de Fancan au désir de Richelieu de s'assurer le silence d'un homme qui connaît tous ses secrets ^ mais tout cela sonne faux dans sa bouche ; le prédicateur pamphlétaire ne savait point dissimuler; il a toujours étalé sans réserves toute sa pensée] du moment, même la moins raisonnée ; ses accents sont aussi sincères que passionnés ; or.

1. Response au libelle intitulé ; Très-humble Remonstrance..., Rec. de div. pièces pour servir à i'Hist., Ib35, p. 598.

2. Reparties sur la Response à la Remonstrance au Rog. Div. pièces pour la défense de la Reyiie mère... Anvers, 1644, t. II, p. 151.

3 Charitable Remonstrance de Caton chrestien, 1631, p. 66. Div. pièces pour la déiensc delà Reyne-nière... Anvers, 1643, t. I. Vrais et bons advis de François Fidèle, 1631. Div. pièces, etc.. Anvers, 1643, t. I, p. 28. Lettre escrile an roy par Monsieur et par lui envoyée à MM. du Parlement..., 1631, p. 44.

pour Fancan, il n'en a jamais trouvé de véritables exprimant une sj'mpathie quelconque ; il le défend même avec tiédeur, sans lui témoigner d'un intérêt spécial, sans plus s'arrêter sur lui que sur les autres prétendues victimes du Cardinal. Son ancien chef dans le cabinet de Richelieu est toujours Monsieur de Fancan^ dont il a suivi les inspirations, pour complaire au Cardinal, chez lequel il l'a connu et qui « les a liez, dit-il, d'intelligence et d'amitié pour son service ». Il y a même dans ces mots comme une sorte de rancœur au souvenir de ces rapports quasi forcés et de cette manière de servage ; nous y reviendrons plus loin, mais il nous faut insister ici sur la nature des rapports de Fancan et de Mathieu de Morgues, rapports presque hiérarchiques et où la sympathie n'était pour rien, pour faire ressortir la fragilité de la thèse de Geley uniquement basée sur les dires de ce dernier. A les lire soigneusement sans être prévenus, l'on dirait de deux personnages qui ont vécu côte à côte, mais chacun d'eux dans des sphères différentes, sans points de contact intimes. Leur collaboration avec Richelieu a été d'ordre différent, sans aucun doute, et Mathieu de Morgues a occupé, dans le cabinet même, une position subalterne, si on le compare à Fancan ; mais, il a eu les mêmes idées que ce dernier, il n'a pas ignoré l'incident du Ca/a/05'iis, il a connu la portée de ce pamphlet, puisqu'il en a écrit le désaveu, et qu'il en a subi, d'après lui, les conséquences auprès du nonce, sur la dénonciation du cardinal de Richelieu lui-même, qui voulait empêcher sa nomination à l'évêché de Toulon. Or, il a toujours gardé le silence sur cet incident, et pour cause ; les écrivains de Richelieu, dans leurs ripostes, ont fait comme lui, mais pour des motifs différents ; s'il ne leur convenait point de réveiller un spuvenir désagréable à Richelieu, il ne lui convenait point davantage de rappeler qu'il avait été compromis avec Fancan.

UAdvis du théologien sans passions, été sa rançon ; et quoi qu'on ait dit de sa cupidité qui y aurait fait joindre la promesse de l'évêché de Toulon, il est à présumer que lorsqu'il a écrit cette fois sans intermédiaire, sous la dictée de Richelieu, le blâme infligé avec toute sorte de ménagements à « l'indiscret railleur » qui avait été son chef immédiat pendant quatre ans, il croyait que celui-ci avait, lui aussi, fait taire ses rancunes personnelles, pour suivre leur maître commun, dans ses nouveaux desseins.

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