Ibid., p. 22 et suiv
3. « Les meilleures actions sont mauvaises à deux sortes d'esprits, aux malins « qui imputent tout à mal par l'excès de leur malice, et à ceux qui sont sujets « aux soupçons, qui expliquent tout en mal par leur faiblesse. Il n'y a point « d'homme au monde, qui pour vertueux qu il soit, passe pour innocent dans « l'esprit d'un maître, qui n'examinant pas les choses par soi-même ouvriroit « les oreilles aux calomnies.
<I Comme il n'y a que deux voies à résister au vice, ou celle de la fuite, ou « celle du combat ; il n'y en a ainsi que deux pour résister à l'impression que « font les calomnies ; l'une consiste à les rejetter tout à fait sans les entendre ; « l'autre à examiner si soigneusement ce qui est rapporté, qu'on en avère la vérité ou le mensonge.
« Pour éviter tous inconvéniens, se garantir des artifices dont les méchans « esprits se peuvent servir pour perdre les plus gens de bien, et ne se priver '< pas des moj'ens de découvrir les mauvois déportemens de ceux qui servent j « mal, le Prince doit tenir pour calomnies tout ce qu'on lui veut dire à l'oreille « seulement, et en celte considération il doit refuser de l'entendre, et si qaeï-
Une fois reléguée à Compiègne, la reine mère, si elle était gênante pour Richelieu, ne constituait plus un danger pour lui; en revanche, le duc d'Orléans devenait le centre de ralliement des ennemis du premier ministre, et engageait à son sujet avec le roi un échange de lettres acrimonieuses rendues publiques; celle qui était adressée au Parlement, et dont Le Cogneux était l'auteur, développait, en les précisant, tous les griefs qui lui étaient reprochés ; aussi lui donnait-on le nom de manifeste.
Cette lettre ne provoquait pas moins de cinq répliques se suivant d'assez près; deux d'entre elles, les premières en date, et dues à un même auteur, d'après son propre aveu *, rappellent un nom que nous avons déjà vu figurer dans la polémique de VAdmonitio, et qui, s'il faut en croire Mathieu de Morgues, ne serait qu'un autre Guron ; à en juger par leur lecture, et d'après l'opinion d'un contemporain qui n'en parlait que d'après le premier des deux factums, la plume de ce « barbouilleux de papier » était bien de la même famille que celle de son homonyme et parent qui répondait en 1625 à YAdmonitio, car il « en était », ajoutait-il, « si malheureux et méprisé que les colporteurs étaient con- « traints de donner ses œuvres aux merciers du Palais pour «n- « velloper leurs bagatelles. » On citait principalement son pamphlet contre Le Cogneux comme « le plus mal fait de tous 2» ; si le personnage mis en scène par ce contemporain disait vrai en aflQ.rmant que Richelieu les avait fait faire ainsi que les trois autres ^ (Y Entretien des Champs Elisées, le Coup d' Estât et la Vie du Cardi-
u qu'un veut soutenir en présence de ceux qu'il accuse, ce qu il veut mettre en « avant contr'eux, alors on le peut écouter, à condition d'une bonne récom- « pense, s'il dit quelque chose importante au Public qui se trouve véritable, et « d'une grande punition, si son accusation est fausse, ou non considérable et im- « portante, quand même elle serait vraie. >> (Test, polit. I" Part., Sect. VII, p. 303 et 304.)
1. L' Innocence justifiée en l'administration des affaires adressée au Roy, 1631 P 3.
Ce titre est à rapprocher de celui de l'ouvrage dElie Pitard, répondant en 1618 à l'Epître des quatre ministres de Charenton : L'Innocence deffendue. Les deux auteurs étaient Poitevins.
2. Conversation de M^ Guillaume avec la Princesse de Conty, 1631, p. 50 et 51. D:v. pièces pour la défense de la Reyne-mère..., Anvers, 1643.
nal cTAmboise), il faut reconnaître que cette fois, Richelieu n'avait pas été heureux dans son choix d'écrivain, ou que son cabinet avait bien dégénéré. Guron n'avait été guère mieux inspiré dans son Discours au roy touchant les libelles, et dans son Innocence justifiéCy que jadis son cousin dans sa Response à lAdmonilio, car on le traitait maintenant de sot,comme autrefois l'autre « d'idiot'». Cette fois encore, ce n'était pas sans raison ; dans son Discours au rot/, l'auteur s'élevait contre la discussion des actes royaux, quels qu'ils fussent 2, et expliquait les faveurs accordées à Le Cogneux comme un mo^^en précipité et maladroit de désunir ainsi la reine mère et Monsieur dont il avait l'oreille •'''I Dans son Innocence justifiée, n'appu^ ait-il pas lourdement sur la terreur que Richelieu avait du roi, « s'abaissant le^plus qu'il peut, avec crainte « et respect auprès de V. M,, mesurant ce qu'il doit faire, plus « par vostre condition que par sa fortune-^ » ! Et plus loin, n'étaitce pas le pavé de l'ours que cette phrase où, à propos de la généalogie du Cardinal, il déclarait que « ce n'est pas d'aujourd'hui que « l'on a exagéré la naissance des grands personnages ^ » ?
Les deux factums étaient adressés au roi avec un cachet de courtisanerie intéressée qui rappelle singulièrement celui de la Response au libelle institulé admonitio; aussi, de Morgues avait-il beau jeu avec eux dans sa Remonstrancc de Caton chrestien où il les réfutait, en même temps que deux autres libelles, mais en les gardant pour la fin bien que publiés les premiers; il y joignait des invectives personnelles à l'adresse de l'auteur auquel il attribuait aussi « La première et seconde Savoisienne, VEntretien des Champs- « Elizées et autres œuvres du temps ^ ».
Il ne faut admettre que sous toutes réserves, comme nous le verrons plus loin, les assertions de Mathieu de Morgues, mais elles méritent de retenir l'attention, parce qu'elles sont toujours l'écho sincère d'un on-dit qui peut avoir sa valeur. Or, à lire entre les lignes de la réfutation qu'il faisait des deux libelles en question,