‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 336 sur 352 · Epîtrc lim. au Roj', Div. pièces,.., Anvers · texte numérisé non relu

Epîtrc lim. au Roj', Div. pièces,.., Anvers

DU CAIIDINAL DE lUCHBLIEU 481

pour ce dernier ^ ce qui prouve qu'en la circonstance la manœuvre habituelle de Richelieu réussissait une fois de plus.

Si la personnalité de Mathieu de Morgues domine et remplit cette période, car celle de Chanteloube disparaît à côté d'elle, il ne faut pas faire à son imagination l'honneur d'avoir été l'initiatrice de toutes les accusations qu'il portait contre Richelieu ; les pamphlets latins de 1625 et 1626 lui étaient une mine assez riche pour les déhuts du Cardinal, et il faut y joindre des réminiscences personnelles qu'il serait trop long d'énumérer ici ; citons seulement, pour sa particularité, ce souvenir du fameux banquet « excessif » de 40,000 livres, en l'honneur du mariage d'Angleterre qui avait fait jadis, de la part d'un jésuite, l'un de ses anciens ennemis, le sujet d'un sermon retentissant, et qu'il invoquait, maintenant, dans un accès d'indignation outrée contre son ancien maître^. Il en est de même d'un emprunt qu'il faisait à VAdvis cViin théologien sans passion pour provoquer les foudres du Saint-Siège contre celui en faveur duquel il les avait autrefois réclamées ^^ Avant ces deux époques, il avait déjà, sous la dictée de Richelieu lui-même, dénoncé dans les Véritez Chrestiennes la main-mise de Luynes, le favori d'alors, sur l'esprit du roi, sur les gouvernements et les places, ainsi que son ambition menaçante. Plus près enfin, le Cogneux, dans le Manifeste de Monsieur, ay ait dressé un véritable réquisitoire contre lingratitude de Richelieu, sa puissance toujours croissante dangereuse pour le roi, sa tactique pour le séparer de sa mère et de son frère, en creusant entre eux un fossé de haine, ses prétentions significatives à une origine de race royale, ses titres accumulés pour lui assurer une autorité suprême indépendante, ses richesses considérables si rapidement acquises, ses précautions pour les mettre à l'abri d'un revers de Fortune ; de Morgues mettait certainement tout cela à profit, et le paraphrasait avec sa faconde désordonnée, et un relief autre-

1. Advertissement de Nicocleon à CUonoille, 1632, p. 43. Div. pièces..., Anvers,

2. Très-humble Remon&irance au Roy, 1631, p. 50 et 54. Div. pièces.. , Anvers, 1643.

3. Charitable Remonstrance de Caton Chrestien, 1631, p. 13. Div. pièces, Anvers, 1643. Aduis d un théologien sans passion. Rec. de div. pièces..., 1635.

ment saisissant dans sa brutalité sans frein, mais où il innovait» c'était en prenant pour thèmes la magnificence, la dépense exagérée et les bénéfices illicites de Richelieu mis en regard de la misère du peuple et des charges de la guerre due à ses ambitions, son luxe et le faste de son train, la puissance de sa maison militaire, injurieux pour le roi.

Ailleurs, nous avons montré combien ce dernier point surtout avait exercé la verve du pamphlétaire, et quelle arme terrible il était entre ses mains, autant pour attiser la rivalité du roi et de Richelieu particulièrement aiguë sur ce sujet, que pour frapper sans répit ce dernier dans ses terreurs secrètes et continues de complot, en lui rappelant à satiété dans quelle atmosphère de haines il vivait, malgré son entourage artificiel de flatteurs intéressés ^. Mais c'est surtout sur le chapitre de sa santé que Mathieu de Morgues l'atteignait le plus sûrement, et qu'il s'est élevé, dans sa passion, à la hauteur du tragique ; il est peu de pamphlet où avec une obstination farouche, ils ne reviennent pas, ces avertissements sinistres sur les infirmités douloureuses et répugnantes avec lesquelles Richelieu lutte désespérément, sans répit, et qu'il dissimule avec tant de soin et au public et à ses familiers, et sur leur issue fatale et prochaine ; dans une obsession féroce, il lui montre sous toutes ses faces la fin de ses ambitions, la ruine de ses projets, l'anéantissement de son œuvre poursuivie avec une rigueur inflexible comme s'il se croyait immortel ; à la pitié insultante, il joint même l'ironie macabre, en lui rappelant qu'ils sont tous deux du même âge ^, mais qu'un jour son Recueil à lui-même a sera publié à Paris avec le grand scel de France -^ ». L'on dirait d'un bourreau impitoyable penché après la torture sur sa victime, et suivant sur le rictus de son visage décomposé les progrès d'une lente agonie ; de Morgues a déployé là tout son art de prédicateur ^: exercé à remuer l'âme des foules par l'évocation du sentiment le plus profondément humain. Nous avons parlé d'esquisses ; dans le carton, ce sont les plus émouvantes, et par leur nature qui provoque la pitié, et par l'impression qu'elles donnent du vécu. Plus que les autres, en effet, elles ont été prises sur le vif; comme on

Page 1