‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 338 sur 352 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

reproduction textuelle qu'il donnait de l'un des écrits de Richelieu contre lui en tête de sa réplique^un procédé contraire à son tempérament, ne rappelle-t-elle pas, et d'une manière plus rigoureuse encore, ce que son maître avait fait autrefois dans l'ouvrage cité plus haut, avec les ministres de Charenton ? Oui, de Morgues est bien l'élève de Richelieu, pour le procédé, comme pour la forme ; dans son œuvre, la polémique contre son ancien maître n'occupet-elle pas incontestablement la première et même unique place, comme si le jeu de sa lame s'était harmonisé de lui-même avec celui de son adversaire et élevé à sa hauteur ? C'est bien dans la maîtrise de ce dernier qu'il a puisé sa force. Peut-être même lui doit-il ainsi, par une ironie singulière du sort, d'avoir pu créer contre lui la légende, car il l'a créée avec ces esquisses dont nous avons parlé, tirées à des milliers d'exemplaires ; suspendues à l'angle de tous les carrefours de la rue, avec leur relief saisissant d'enluminures grossières, elles ont fixé dans la mémoire du passant, par une vision hâtive mais obsédante, une même impression à l'aide de formes diverses. « Parmi les peuples, les choses de peu « d'importance sont plus tôt remarquées que les grandes ^ », lui disait un jour de Morgues, avec la prescience de la haine ; car Richelieu est resté légendaire, et grâce à lui, par ses petits côtés ; elles sont restées accrochées comme aux premiers jours, aux carrefours populaires de l'Histoire, ces ébauches grossières du pamphlétaire, avec leur encre indélébile, leurs traits accusés, et leur relief sinistre. Elles cachent son génie essentiellement complexe et fait de nuances dans lequel se sont fondues toutes les qualités de l'esprit français ; elles recouvrent ce masque si fin dont la grimace douloureuse n'a jamais inspiré un mouvement de pitié ; ou plutôt, elles projettent leur ombre sur le véritable portrait placé trop haut pour la vision du vulgaire qui s'est ainsi vengé sur lui de sa terreur de l'inconnu, qui n'a jamais compris qu'obscurément ses forces vives, ne l'a jamais saisi se débattant contre lui-même, contre sa conscience, contre les souffrances physiques comme morales, contre toutes les ruines sociales, et les appétits féroces de son époque, chargé de l'opprobre d'une rigueur inflexible, jugé à la mesure des intérêts privés, et non des intérêts supérieurs de.

1. Response à la très-humble Remonstrance. Div. pièces pour la défense de la Reyne-jnére... Anvers IG-tH, t II. p. 53-139.

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