De la Porte, Mémoires, Genève, 1756, p. 96 et
trêve. De Morgues avait eu le dernier mot dans la première avec ses Reparties à la Response sur la très-humble Remonstrance ; cet ouvrage en marque le point culminant en même temps que la fin ; le procès et l'exécution de Marillac avait donné lieu de part et d'autre à de nouvelles injures ;et dans ses Reparties, de Morgues dénombrait la meute des «cinq assassins » acharnés après lui. Le plus ménagé était le P. Sansy ; le P. Joseph étaittraité de « moine « émancipé» avant de l'être un peu plus tard de «moine luthérien» ; Jean Sirmond « d'avocat sans droit et sans cause qui écrit pour « dîner » et Guron de « charlatan gouverneur de Salines » ; quant au second, « un qui a porté la torche dans Paris, et brûlé le jour « la hart au col », l'allusion transparente probablement pour les contemporains, ne nous donne d'autre indice sur sa personnalité que de nous apprendre qu'ilétaitde très-humble originel
Une tentative d'accommodement entre le roi et la reine mère arrêtait les hostilités pendant près d'un an ; de Morgues retenait quatorze mois par devers lui la Vérité défendue, une réponse qu'il avait faite aux Observations sur la vie et condamnation du Mareschal de Marillac, parues en 1633, et ne la publiait qu'après l'apparition d'un gros volume préfacé par l'auteur de ce dernier libelle, Hay du Chastelet, dont le nom apparaît ici pour la première fois. Les écrivains que Richelieu avait eus jusque-là à son service, dans cette polémique, n'étaient que des pamphlétaires d'occasion ; Guron était un maladroit comparse, Baudierun historien consciencieux, le P. Sansy, un bon secrétaire, plus diplomate qu'écrivain, le P. Joseph, un prédicateur fougueux, plus rompu aux considérations politiques ou à l'appstolat religieux qu'à la rouerie du libelle, Jean Sirmond enfin, un styliste trop rhéteur pour compromettre sa plume dans le fiel d'une polémique incisive. De Morgues les avait traités tous, y compris Balzac, celui-ci dans une rapide escarmouche sans suite, avec dédain et une méprisante supériorité ; « ce qui nous console, écrivait-il au Cardinal en 1633, est la
1. Reparties à la Response à la très-hamhle Remonstrance, 1633. Div. pièces..., Anvers, 1644, vol. 111, p. 176.
« faiblesse des hommes que vous employez * » ; l'opinion publique qui marquait les points ratifiait son jugement sur eux ; « les gens « d'esprit, lui disait-il ailleurs, jugeaientqu 'ils ne gagnaient pas le « procez par escrit^ ». Richelieu l'avait compris certainement, lui aussi, comme le premier de ces gens d'esprit, et il avait dû plus d'une fois regretter de n'avoir plus un Fancan à ses ordres, lui qui « pardonnait plutôt à ses écrivains la malice que la sottise ^ » ; il trouvait enfin par qui le remplacer avec cet Hay du Chastelet ; à en croire de Morgues qui le présentait au public dans un portrait qui est tout à lire *, le nouveau pamphlétaire avait un passé qui était pour son maître un sûr garant de sa valeur spéciale, aussi bien que d'un dévouement absolu et d'une obéissance aveugle. Non seulement, il aurait été exercé à la satire, à la médisance, et au manque de scrupules, car Bautru le chargeait de pièces méchantes contre la reine mère, et le président de Bellièvre le taxait de subornation de témoins et de faux contre d'anciens bienfaiteurs^, mais il aurait même été tiré de prison par son nouveau maître.
Nous n'examinerons pas ici ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans tous ces dires ; mais il est permis de se demander si Richelieu, instruit par l'expérience de Fancan, n'avait point choisi un pareil instrument, non seulement parce qu'il n'avait rien à en redouter, mais parce qu'il détournait ainsi de lui l'orage en fournissant un aliment à la dent aiguisée de Mathieu de Morgues ; ce calcul n'a rien d'invraisemblable dans sa diplomatie subtile et profonde, et ce dernier donnait dans le panneau en reprochant dès les premières lignes à son nouvel adversaire d'avoir jadis cl fait une prose contre le Cardinal et la Dame de Combalet ^.. . », et en le marquant plus loin, par un de ces mots terribles d'ironie que lui inspirait la perspicacité de la haine : « Nous avons peur d'offenser le Cardinal en « l'accouplant avec lui... »
1. Reparties sur la Response à la très humble Remonstrance an i^oy, 1633. Div. pièces..., Anvers, 1643, p. 27.
2. i a Vérité défendue, 1635, p. 3. Div. pièces. Anvers, 1643.
3. Vrais et bons aduis de François Fidèle, 1631, p. 48. Div. pièces..., Anvers,