CHAPITRE XX
Le dernier Cabinet de Richelieu : la période didactique et les artisans des Mémoires. — Le Testament politique.
Les deux derniers cycles que nous venons de voir correspondent aux deux grandes périodes de l'histoire de la plume de Richelieu au pouvoir, envisagée comme arme de combat ; elle lui a servi pour asseoir son autorité, d'abord contre des ennemis politiques, ensuite contre la famille royale elle-même. Dans la première, il n'a eu d'autre préoccupation que de répondre aux attaques du moment et ne point perdre pied en face d'elles, sans regarder plus loin ; les productions que l'on a vu se succéder présentent de ce fait le caractère spécial d'œuvres hâtives et passagères, conçues dans le feu de la lutte, accommodées aux nécessités de l'heure présente sans souci du lendemain; elles portent toutes la marque d'une polémique d'actualité fiévreuse où il faut parer au plus pressé, rendre coup pour coup sans laisser souffler l'adversaire, dans l'ardeur passionnée d'une lutte où la moindre défaillance ou faute d'inertie compromettrait le [succès ; elles donnent l'impression des passes précipitées d'une joute où les combattants se relayent sans répit départ et d'autre, mais en obéissant souvent aux impulsions de leur idées personnelles, et en apportant les dangers de leur fougue indisciplinée à la cause qu'ils semblent défendre. Aussi, présentent-elles un intérêt supérieur par la confusion qu'elles jettent dans cette mêlée où Richelieu n'a pas seulement à parer les coups de ses ennemis, mais à surveiller l'ardeur officieuse compromettante de certains de ses tenants ; son tempérament combatif apparaît dans cette lutte d'une façon plus accentuée et plus complexe, et s'il est plus difficile d'y dégager sa personnalité, cette étude y gagne d'être plus captivante par ses côtés mystérieux et même par ses obscurités. La seconde phase change de caractère : les écrivains de Richelieu ne quittent plus
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des yeux sa bannière et leurs énergies sont disciplinées ; derrière eux. Ton sent toujours, à des degrés différents, l'intervention directe du maître, sans aucune de ces surprises qui déconcertent dans la période précédente ; mais la lutte y perd de plus en plus de son pittoresque et elle en arrive à la régularité presque banale d'une polémique quasi officielle, malgré l'âpreté qu'elle conserve.
Après elle, les ennemis de Richelieu ne désarment point, mais leurs coups ne sont plus aussi coordonnés : aussi, leurs productions éparses n'ont-elles plus de liens qui permettent de les grouper comme les précédentes ; elles apparaissent comme des œuvres isolées correspondant à des épisodes dont l'intérêt décroît avec le temps. Richelieu, le premier, aide à cette dissociation des efforts de ses adversaires par l'orientation nouvelle qu'il donne à la plume de ses écrivains. Soit qu'il juge les attaques de ses ennemis moins redoutables pour son pouvoir affermi définitivement par la soumission du duc d'Orléans^, soit qu'il ne sente plus en face de lui pour adversaire aucune personnalité de valeur, soit enfin que dans l'excès de leurs violences, les polémistes antérieurs aient épuisé l'arsenal des accusations dont ils pouvaient l'accabler et en soient réduits à des redites déjà rétorquées ^, Richelieu canalise dans une voie nouvelle les énergies de son cabinet ; il les emploie désormais à travailler pour la postérité, en leur inspirant des travaux destinés à préparer son histoire. La publication officielle en 1635 du Recueil des diverses pièces pour servir à VHistoire est son premier acte significatif dans ce sens ; l'importance de cet ouvrage à ce titre est assez prouvée par le caractère officiel de l'édition, par le soin avec lequel a été rédigée la Préface et avec lequel ont été revues les pièces qu'il voulait conserver et fixer ; leur choix est encore très significatif, car, même dans les pièces relatives à la politique étrangère, il ne s'y rencontre que celles où il est directement et personnellement intéressé, et dans cet ordre d'idées, l'absence de V Adverlissement à tous les Etats de l'Europe, ce corollaire du Catholique d'Estat, tout entier de sa main pourtant, y est particulièrementremarquable. Il serait exagéré toutefois de le regarder comme créant une ligne de dé-