Delavaud, op. cil., p
marcation absolue entre le C3'cle précédent et cette nouveîîe période que Ton pourrait appeler didactique ; antérieurement à sa publication, Richelieu avait déjà composé lui-même * et fait composer des récits historiques ou des relations tendancieuses par les personnages mêlés aux événements. D'autre part, l'on a vu aussi que le Recueil n'avait pas mis fin à la polémique du second cycle principalement soutenue par Mathieu de Morgues ; on peut néanmoins le considérer en réalité pour plusieurs raisons comme fermant la période de la vie de Richelieu qui a fait l'objet de ce travail et inaugurant la dernière phase que nous ne faisons que signaler. Ainsi que Ta fait remarquer M. Delavaud, sa date coïncide très vraisemblablement avec le début de l'élaboration des Mémoires, et il faut, à notre avis, y ajouter une autre considération d'un grand poids : à cette même époque correspond la création de l'Académie française, ce groupement d'énergies intellectuelles certainement destiné, dans l'esprit de Richelieu, à coordonner dans un même but leurs productions, et à lui fournir une pépinière d'écrivains, aux efforts disciplinés, ce qui lui permettait aussi de se prémunir contre toute défection possible avec des éléments isolés ; le souvenir de Fancan et l'exemple plus récent de Mathieu de Morgues n'étaient-ils pas là pour l'éclairer sur ce point? Ce que Ton a vu de Richelieu dans le premier cycle fait exclure Tidée qu'il ait jamais pu envisager de destiner à une guerre de pamphlets une phalange de publicistes comme ceux qu'il réunissait ; un Cabinet pareil ne pouvait à priori lui fournir aucun élément comparable à ceux dont il avait usé dans la première phase de son pouvoir, alors qu'il avait à tenir tête à la fois aux auteurs de ÏAdmonilio et au parti protestant ; il pouvait alors utiliser des énergies indépendantes qui lui étaient hostiles sur bien des points et contre lesquelles il avait même à se défendre dans sa politique de bascule délicate, mais ce lui était des auxiliaires précieux par leur valeur au niveau de leur esprit d'initiative ; il ne peut plus
1. Oa lui attribue sans conteste la Relation fidèle de ce qui s^est passé en Italie en l'année 1630, publiée en 1631 et insérée dans le Recueil de div. pièces... de 1635, p. 186-212, de même que la Relation de ce qui s'est passé depuis quelque temps en Italie fjonr le fait de Pignerol 1631. (Delavaud, op. cit., p. 130 et 131.) Dans une lettre de la même époque, écrite à Le Masle, 12 avril 1631, il lui donne des instructions minutieuses pour l'impression, en vue de la publicité, de documents relatifs à la rébellion du frère du roi, et notamment de la Lettre de Monsieur au roy. Avenel, Lettres.., t. IV, p. 133.
AUTOUR DE I-A PLUIUE
s'en rencontrer dans cette pléiade disciplinée qui l'entoure maintenant, et qui forme le faisceau compact dont il a besoin pour son nouveau dessein.
Il semble même qu'il faille remonter plus haut que le Recueil pour en retrouver le germe dans son esprit : l'idée lui en est certainement venue, sinon au lendemain de la journée des dupes, au moins au moment où il a pu, avec quelques raisons, se croire resté définitivement seul maître de la situation, après la retraite de la reine mère qui consacrait sa victoire, ^ et avant que Mathieu de Morgues n'eût encore jeté, du fond des Flandres, sa clameur furibonde ; celle-ci en a pu retarder l'exécution, mais ce nouveau plan était sans doute déjà arrêté par lui et c'est ainsi que l'on peut expliquer toute une série de faits se rencontrant à la même époque. Le plus important et le plus typique est la création en 1631 de la Gazette de France, ce recueil périodique « de libelles diffamatoires « avec permission » - (un mot ironique de Mathieu de Morgues), directement inspirée par lui, et où il s'attache la collaboration royale ^ ; la même année, paraissent des relations des affaires dltalie qui lui sont dues en propre fort probablement, et dont l'une est insérée dans le Recueil, en même temps que la Seconde Savoisienne ; en 1631 également, Silhon publie le premier volume du Ministre d' Estât avec le véritable usage de la politique moderne, pour montrer que le Cardinal réalise l'idéal de l'homme d'Etat ; dans le même ordre d'idée, Sirmond écrit à cette date La vie du cardinal d^Amboise, un sujet qui sera repris par Michel Baudier en 1634* et Guron, l'Histoire du temps, sorte d'ébauche des Mémoires ^ ; il est même permis de voir un vague et premier essai d'Académie dans ce groupement d'écrivains que Richelieu avait réunis pour répondre aux pamphlets de Mathieu de Morgues, Sancy,
1. P. Griffet, Traité de différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité deVhisloire, Liège, 1770, p. 192-194. A. Monteil, Traité de matériaux manuscrits, Paris, 1836, t. II, p. 249.
'2. Jugement sur la Préface .., p. 28.
3. L. Battiffol, Louis XIII journaliste {Revue de Paris, déc. 1896).
4. Hist. de l Administration du Card. d'Amboise, grand ministre d'Estat en France... Paris, 1634. — Le caractère tendancieux de l'ouvrage est encore précisé par la suite que lui donnait l'auteur l'année suivante avec son Hist. de VAdministration du Card. Ximenes, grand ministre d'Estat en Espagne, où se voyent les effets d'uneprudente et courageuse conduite avec une excellente probité.., Paris, Cramoisy, 1635,