‹ Autour de la plume du cardinal de RichelieuChapitre 349 sur 352 · Tallemant, Hist. y t. IV, p · texte numérisé non relu

Tallemant, Hist. y t. IV, p

4. Scena Europea personis suis instructa sine fuco et morsu, Publico bono vulgafa, Genevœ, 1629, p. 13.

5. Abrégé de la vie du Gard, de Richelieu. Div. pièces..., Anvers, 1643, p.

sants que de surprendre sous la plume de Richelieu, à la fin de sa vie, ce dernier témoin de ses anciennes relations amicales avec son plus terrible ennemi.

Bien qu'il soit posthume et sorte, pour ce motif, du cadre de cette étude, nous devons, pour ne pas la laisser incomplète, ajouter quelques mots sur le véritable couronnement de l'œuvre écrite, colossale dans sa \:axiÊtfi, qui a rempli presque toute la vie de Richelieu et dont nous avons essayé d'esquisser quelques traits. L'ouvrage est anonyme, mais la critique l'a restitué depuis longtemps à son véritable auteur dont il est l'œuvre maîtresse. Nous avons nommé le Testament politique ; il ne représente pas seulement le fruit de l'expérience de Richelieu exposé d'une façon magistrale ; il résume sa pensée intime la plus secrète ; il est le reflet de la lutte de toute sa vie avec ses ennemis, avec son entourage, avec le roi, avec lui-même ; l'on y retrouve le germe de ses aspirations, la genèse de ses idées, la trace de ses déceptions, de ses rancœurs, de ses triomphes, de ses faiblesses, de ses remords. Ce que nous avons dit ailleurs de sa rivalité latente avec le roi, et ici, dans des chapitres antérieurs, de ses premièrespréoccupations dans son diocèse, des influences initiales qui ont pesé sur sa ligne de conduite, de la complexité de son caractère, de sa lutte sourde et ininterrompue avec Fancan, l'un de ses collaborateurs les plus précieux, en sont des exemples typiques et frappants ; une recherche minutieuse plus spéciale en ferait certainement découvrir d'autres. Dans le même ordre d'idées, les références isolées que nous avons empruntées au Testament pour justifier notre attribution ou partielle ou totale à Richelieu de tel ou tel factum, montrent assez qu'il existe un lien étroit entre cet ouvrage et l'œuvre éparse où il a égrené ses énergies et les ressources de sa diplomatie subtile, suivant les nécessités de l'heure. En réalité, le Testament politique peut en être regardé comme la résultante finale, constituant une véritable genèse psychologique, une sorte de confession, où l'homme d'Etat seul est resté. Richelieu s'est efforcé d'y dissimuler sa personnalité, comme dans l'œuvre volante qui lui en a fourni les matériaux, ce qui achève de les rapprocher, mais encore plus que, dans celle-ci, il s'y est trahi par la lucidité,

la hauteur de vue^, et l'autorité avec lesquelles il a généralisé des cas d'espèce. Si les Mémoires sont un monument destiné à la postérité pour la glorification de sa politique et constituent à ce point de vue un document capital pour l'histoire, le Testament politique occupe à côté d'eux une place à part autrement importante en ce qui concerne l'auteur lui-même ; les premiers émanent probablementdirectement et exclusivement de lui, pour la partieantérieure à son arrivée définitive au pouvoir en 1624, mais pour le reste, il n'en a été que « le maître ouvrier » ; leur valeur à côté du second n'est que celle d'une narration où sa figure apparaît comme noyée dans les contingences historiques et souvent même déformée par suite de considérations d'espèce ; le Testament politique y tout entier de sa main, en est, au contraire, la sj^^nthèse philosophique. C'est là qu'il faut rechercher l'essence du génie multiple de Richelieu passé au creuset de la vie, le fond de sa pensée au crible d'un jugement trempé par ses épreuves, ses déboires, ses succès, ses combats. Ce dernier mot nous ramène à la figure qui ouvre notre travail : Richelieu a lutté toute sa vie, mais principalement jusqu'en 1635 qui marque la fin de la période aiguë de sa carrière de polémiste ; n'est-ce pas à cette date qui a vu le début de l'élaboration des Mémoires qu'il faut placer aussi celui du Testament politique ? Les deux œuvres ne correspondentelles pas à lin même ordre d'idées en se complétant ? Tels ou tels documents de ses archives ont pu lui servir pour ce dernier comme pour ceux-là, surtout ceux qui ont trait à des renseignements d'ordre numérique, mais en général pour le Testament politique, qui est, avant tout, une œuvre de synthèse didactique, sa mémoire merveilleuse lui a suffi, lui permettant de revivre le passé pour en dégager les leçons de l'avenir, avec la sérénité impartiale et la puissance de déduction que donne la vision intense du vécu, affranchie des passions du moment. Dans ce bréviaire de l'homme d'Etat, Richelieu s'est peinttout entier, bien qu'en s'imposantl'abstraction de lui-même, en affinantencore davantage sa plume dans un effort suprême pour assurer la continuation de son œuvre, avec cette forme à la fois lumineuse et concise qui est son empreinte ; nous avons eu fréquemment l'occasion de la constater et elle nous a servi de pierre de touche pour l'examen d'une partie de son œuvre anonyme volante. Plus encore que dans les Mémoires, elle apparaît avec toute la supériorité de la maîtrise dans le

Testament politique, cette assise puissante dans le monument de la gloire des Lettres françaises du xvii'^ siècle, qui est en même temps, dans la fusion intime de ses éléments si variés, une assise du monument du génie incomparable de la race française que Richelieu a incarné.

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