Ibid., CXXIII, p
5. « Les scrupules viennent de la complexion naturelle delà personne, comme d'une trop grande tristesse meslée avec la crainte. Quand ils procèdent de ce principe, il faut avoir soin de purger la mélancholie et autres humeurs, par l'advis d'un bon médecin. » (P. Jean François de Reims, Le Directeur pacifique des consciences, Paris, 1634, p. 14.)
tère ombrageux et déliant, de sa tournure d'esprit, curieux à l'excès et ne négligeant aucun détail. Grâce à la rigidité de sa ligne de conduite une fois arrêtée, il arrive à cacher cette infirmité qui l'honore et dont l'a raillé un adversaire contemporain ^ perspicace sans le savoir, mais après combien de réflexions et de cavillations qui trahissent cet état d'âme. On l'a appelé « raisonneur à cause du roi » ^ aussi scrupuleux que lui ; s'il est raisonneur, c'est avant tout pour lui-même, et ces deux hommes se sont encore là rencontrés ; ils sont pour lui, autant que pour le roi, ces longs mémoires où aucun argument, aucune considération n'est om.is, où chacun d'eux est évalué d'une façon presque mathématique, et comme pesé dans une balance d'une sensibilité parfaite, à tel point que la conclusion se dégage d'elle-même de l'exposé avec une précision qui en fait des modèles de raisonnement.
Dans l'action, Richelieu n'hésite point et ne se départ point de la ligne que lui a tracée cette étude préliminaire ; mais, par cela même, il est là d'autant plus lent et circonspect qu'il en comprend plus toute l'importance ; c'est par ce côté qu'il sent le danger du scrupule qu'il redoute autant et plus pour lui que pour les autres, c'est dans cette étude, qui va irrévocablement fixer sa voie, qu'il craint de se laisser influencer par des considérations d'ordre secondaire, et d'imiter les « gens si fins qui subtilisent sur toutes choses » 3, qu'il a peur d'être « trop raisonnant », un mot de Bossuet qui peint bien cet état d'âme ^. Peut-être pressent-il dans les entraves qu'elle lui apporte, les écueils de cette casuistique alambiquée qui verse dans l'angustianisme etvers laquelle le poussent obscurément son éducation première théologique, et ses études scholastiques autant que son souci naturel du détail et le sentiment de sa responsabilité accru par celui de sa valeur. Elle le travaille certainement de ses doutes, et lorsque ce « raffineur » traite minutieusement, point par point, tous les éléments d'une question, il nous montre son propre travail psychologique dans la lutte de ses énergies actives avec une conscience timorée^; son
1. Appendix ad Catalogiim librorum mystico-politicorum, p. 4.
2. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, Paris, 1854, l. VII, p. 195.