Florimond Rapine, op. cit., p. 59 et
disait judicieusement le Caloii français ^ même en n'envisageant qu'un des à-côté du problème, cette réforme aurait ébranlé l'Etat. La Noblesse vivait de la munificence royale ; ainsi que le faisait remarquer un de ses membres, dans un écrit des plus intéressants 2 ; si elle s'était petit à petit séparée de l'Eglise par ignorance et apathie, mais tout en gardant ses biens qu'elle devait à leur ancienne alliance et qu'elle s'était habituée à regarder comme héréditaires, si par les mêmes causes elle avait laissé passer à d'autres mains les offices de la justice, son autorité était si intimement liée à celle de la Royauté monarchique qu'elledevait, par principe, cherchera augmenter le fonds de son revenu au lieu d'en demander la diminution. Aussi Richelieu se gardait-il de prononcer ces mots fatidiques ; trois semaines auparavant, « au conseil de l'Entresolle », le président Jeannin, le seul qui, « de l'avis unanime de tous les assistants, sçut « conduire les affaires », en avait eu le courage, en signalant un déficit de un million de livres et en proposant de retrancherun quartier de ces pensions (1.100.000 livres) « qui estoient montées à une « somme si excessive, disait-il, qu'il faudrait avoir des Indes Orien- <( taies et Occidentales pour y subvenir ^ » ; Richelieu, au contraire, recommandait au roi « la libéralité mais bien ordonnée, et dis- « tribuée avec mesure et suivant la proportion qui doit exister entre » ce qui se donne et ce qu'on peut donner légitimement *... »
1. a Et que sera-ce quand l'extrême nécessité tous contraindra de leur retran- « cher ce qui leur a esté donné ? Ce royaume, Sire, est un Royaume de consé- « quence. Il se trouvera plus esbranlé du retranchement qu'il n'eust esté de sa « privation. Ce qui nous est donné pour un temps nous le possédons, et en <i usons comme si s'estoit pour jamais, et sur cela nous bâtissons nostre train « et noslre dispense, qu'il nous est par après très malaisé de réduire au pre- « mier estât quand ce moyen nous vient à manquer. » (Le Caton françois au .. Roy, 1614, p. 19.)
2 Discours d un gentilhomme françois à la Noblesse de France sur l'ouutrture de l'Assemblée des Etats généraux dans la ville de Paris, en ceste année IGPi. avec deux avertissements particuliers à MM. les Députez du Clergé et de la Noblesse, leU. in-8", 87 p.
3 A. Halphen, Journal inédit d'Arnaud d'Andilly (1614-1620y, Paris, 1857, p. :i2 et 3;i
4. Harangue prononcée en la salle du petit Bourbon, le XXIII février^ 16t5, ù la clôture des Estats tenus à Paris Par Réoérend P. en Dieu, messire Armand Jean du Plessis de Richelieu, Evesque de Luçon. A Paris, en la boutique de Nivelle, Chez Sébastien Cramoisy, rue Saint Jacques, aux Cigognes, MDCXV, Avec Privilège du Roy, p. 10,
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La libéralité, un mot lancé en toute connaissance de cause, dans cette cour qui n'ignore rien des tendances parcimonieuses
b du jeune roi ! Il a dû faire tressaillir d'aise les ambitieux et les mécontents, le parti le plus nombreux et le plus audacieux, et il a dû aussi sonner agréablement aux oreilles de la reine mère « magnifique de son naturel * » dont les habitudes de prodigalité désor-
^ donnée s étaient heurtées tant de fois aux principes de rigidité économique de Henri IV -. Bien avant Richelieu, Nicolas Pasquier moins diplomate en avait dit autant à la reine dans des termes moins mesurés ^, et après celui-ci, l'auteur d'un autre fac-
ttum, le mieux au courant des tendances et du caractère de Louis XIII, répétait le même conseil à sa mère *. Il y avait plus : parce début, Richelieusemettaitd'abord adroitement en relief, en rappelant ainsi discrètement à la cour le service qu'il lui avait rendu par sa médiation heureuse entre la Noblesse et le Tiers Etat dans le différend provoqué par quelques mots de Savaron, lun des orateurs principaux de ce dernier Ordre ; elle avait abouti à une explication de la part du Tiers jugée satisfaisante^, et ce souvenir ne pouvait être qu'agréable à la reine, eny mêlant le nom de son protégé, l'évéque de Luçon.
S'il paraissait flatter le Tiers, en associant le Clergé à ses revendications, n'était-ce pas aussi de la manière la plus habile, en prenant même en apparence sa protection, comme son Ordre l'avait déjà fait une fois, à l'ouverture de la session, dans un conflit de forme humiliant avec la Noblesse? Car il lui substituait le Clergé dans son rôle de protecteur du peuple, il attribuait simplement à son Ordre, sans la moindre allusion à l'accord inten'enu sur ce point, le mérite de l'initiative de cette sollicitude pour le peuple << dont l'Eglise qui est mère des pauvres et des affligez V doit avoir soin », et il revendiquait, aux dépens du Tiers, la défense du peuple (^ qui sont les minières de la France ».
Il allait plus loin, dans cette voie, car dans son discours, il ne prononçait pas une seule fois le nom du troisième Ordre, tout